‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 46 sur 215 · Marot aime cette forme enjouée · texte numérisé non relu

Marot aime cette forme enjouée

Repentez-vous'.

Ayez bon cueur et contenez vos larmes.

Que vous avez pour les Adieux^ rendues :

Las! mieulx vaudroit les avoir espandues

Dessus les pieds dvi Christ, les essuyans

De vos cheveux, et vos péchés fuyans.

Par repenlance, avecques Madeleine.

Qu'attendez-vous.'' — Quand on est hors d'haleine,

La force fault"\ Quand vous serez hors d'âge.

Et que vos nerfs sembleront un cordage''.

Plus de vos yeux larmoyer ne pourrez ;

Car sans humeur seiches vous demourrez.

Et quand vos yeulx pourroient pleurer encores.

Où prendrez vous les cheveux qu'avez ores"^

Pour essuyer les pieds du Roi des cieulx".^

{Eintres.)

Deux Cœurs en un.

De deux cueurs ungl >'oz constellations". Aussi l'accord de nos conditions Le veult et dit. Chascun de nous ensemble En mainte chose, en effet, se ressemble : Tous deux aymons gens pleins d'honnesteté. Tous deux aymons honneur et netteté.

Tous deux aymons a d'aulcun ne mcsdire. Tous deux aymons ung meilleur propos dire; Tous deux aymons a nous trouver en lieux Où ne sont point gens mélancolieux ; Tous deux aymons la musique chanter, Tous deux aymons les livres fréquenter.

1. Ce fragment est adressé à certaines 3. Fouit, fait défaut.

granrles dames qui n'avaient point par- 4. C'est-à-dire quand la vieillesse

donné à Marot une pièce satirique ano- viendra.

iiyme et intitulée Atlitu.r aux Dames de 5. Ores : à cette heure (ad horam).

Paris. Cette pièce avait provoqué de 6. L'ironie contenue et discrète de ce

telles protestations, que Marot dut passage est le véritable triomphe de

quitter la Cour. l'esprit de ilarot.

2. La pièce satirique intitulée .Arfi'eifa: 7. Utrumqui' noxtrum... consentit asaux Dames de Paris. Toy. note précé- trum (Hou.vce).

dente.

CLÉMENT MAKOT. 45

Pluslôt sera montaigne sans vallée' Pluslùl la mer on voirra dessalée, El pluslôt Seine enconlrc mont ira- Que de Ion cueur le mien se partira''.

Ballade de frère Lubin*.

Pour couryr en poste a la ville

Vingt fois, cent fois, ne sçay combien :

Pour faire quelque chose vile,

Frère Lubin le fera bien ;

Mais d'avoir honneste entrelien,

Ou mener vye salutaire.

C'est a faire a ung bon cbrestien :

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour mettre (comme ung homme habile).

Le bien d'autruy avec le sien,

Et vous laisser sans croix ne pile-'.

Frère Lubin le fera bien.

On a beau dire, je le lien.

Et le presser de satisfaire.

Jamais ne vous en rendra rien :

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour desbaucher par ung doux style Quelque fille de bon maintien, Point ne fault de vieille subtile :

Frère Lubin le fera bien.

Il presche en théologien.

Mais pour boire de belle eau clèi'e, Faicles la boire a nol-re chien :

Frère Lubin ne le peut faire.

Envoy.

Pour faire plus losl mal que bien.

Frère Lubin le fera bien :

Et si c'est quelque bonne afîaire, Fière Lubin ne le peut faire.

(Ballades.)

1. Voy. Virgile, Églofj. I, v. CO. moines mendiants par les anciens sati-

Page 1