BuRCKHARDT, 3'' partie, ch. rv
LA RENAISSANCE LITTERAIRE. xv
vert, et qui sait du grec ! Aussitôt Boccace va le chercher à Venise, le ramène chez lui et lui fait commencer une traduction latine d'Homère, dont il annonce, jour par jour, pour ainsi dire, les progrès à son ami, et dont il s'occupe lui-même à faire des copies. Enfin, après des démarches près du se'nat de Florence, les deux humanistes parviennent à faire créer une chaire de grec à l'Université de cette ville, en i36o. Dès lors, Florence devient un véritable centre intellectuel et comme le creuset où sont en fusion les éléments divers qui composeront la Renaissance.
L'érudition hellénique se concentra en effet à Florence, à dater de ce moment. Assurément elle ne se généralisa pas comme la connaissance du latin; mais un événement important vint lui donner une impulsion considérable : ce fut la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, Pour échapper aux conséquences désastreuses de cet événement, des savants grecs passèrent en Italie, où ils apportèrent avec eux un grand nombre de manuscrits des ouvrages anciens. Quels trésors inconnus ces exilés allaient révéler à ce monde impatient de revenir aux jours de divine jeunesse dont les œuvres de la Grèce conservaient l'empreinte !
Le docte Emmanuel Chrysoloras succède alors dans la chaire de grec de Florence à Léonce Pilate : il y commente les doctrines de son maître Gémiste Pléthon, le dernier des néo-platoniciens, et celles de Platon lui-même, dont Marsile Ficin et ses disciples restaureront le culte. En même temps, Laurent de Médicis renvoyait en Orient l'un de ces exilés, Jean Lascaris, qui devait rapporter à Florence deux cents nouveaux manuscrits grecs. D'autres, comme Jean Argyropoulos, Démétrius Chalcondyle et ses fils, puis Andronikos Callistos, contribuaient, chacun pour leur part, à répandre l'étude du grec dans la Péninsule; enfin, dans une chaire de l'Université de Ferrare , Théodore Gaza rédigeait son Introduction à la Grammaire grecque.
Une découverte, considérable par sa portée et ses conséquences, était venue, sur ces entrefaites, favoriser l'éclosion de la pensée et la diffusion des écrits : l'imprimerie, inventée en Allemagne vers 1440, allait donner à la