‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 61 sur 215 · n Fiuutoratores,iutscunUir poelu'.y) 4. Méprisable · texte numérisé non relu

n Fiuutoratores,iutscunUir poelu'.y) 4. Méprisable

l'étude et riraitation des anciens, dont les idiomes joints aux langages des métiers, des arts, de la guerre ou de la chasse, sont une source intarissable de rénovation : nous entrons ainsi dans la seconde partie de la Défense.

Je vous demande, vous autres, qui ne vous employez qu'aux translations, si ces tant fameux auteurs se fussent amusez à traduire, eussent-ils eslevé leur langue à rexcollence et hauteur, où nous la voyons maintenant? Ne pensez doncques, quelque diligence et industrie que vous puissiez mettre en cest endroit, faire tant que nostre langue encores ranpante à terre puisse hausser la teste et s'eslevcr sur pieds. Se compose donc celui qui voudra enrichir sa langue à l'imitation des meilleurs auteurs Grecs et Latins, et à toutes leurs plus grandes vertus, comme à un certain but, dirige la pointe de son style : car il n'y a point de doute que la plus grand part de l'artifice ne soit contenue en Timitation, et tout ainsi que ce fut le plus louable aux anciens de ])ien inventer, aussi est-ce le plus utile de bien imiter, mesmes à ceux, dont la langue n'est encor bien copieuse et riche. Mais entende celuy qui voudra imiter que ce n'est chose facile de l)ien suyvre les vertus d'un bon auteur et quasi comme se transformer en luy, veu que la nature mesmes aux choses qui paroissent tresscmblables, n'a sçeu tant faire, que par quelque note et différence, elles ne puissent estre discernées. Je dy cecy, pour ce qu'il y en a beaucoup en toutes langues, qui sans pénétrer aux plus cachées et intérieures parties de l'auteur, qu'ils se sont proposé, s'adaptent seulement au premier regard, et s'amusant à la beauté des mots, j^t^rdent la force des choses. Et certes, comme ce n'est j^oi'it chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d'une langue estrangere les sentences et les mots, et les approprier à la sienne : aussi est-ce chose grandement à reprendre, voire odieuse à tout lecteur de libérale nature, voir en une mesme langue une telle imitation, comme celle d'aucuns sçavans mesmes, qui s'estiment estre des meilleurs quand plus ils ressemblent un Heroët* ou un Marot. Je t'admoneste donq' (ô toy, qui desires l'accroissement de ta langue, et veux exceller en icelle) de non imiter à pie levé, comme n'agueres a dict quelqu'un, les jdIus fameux auteurs d'icelles, ainsi que font ordinairement la plupart de nos poètes françois, chose certes autant vicieuse, comme de nul proffit à nostre vulgaire : veu que ce n'est autre chose (ô grande libéralité!) sinon de luy donner ce qui estoit à lui. Je voudroy bien que nostre langue fust si riche d'exemples domestiques, que n'eussions besoing d'avoir recours aux estrangcrs. Mais si Virgile et Cicei'on se fussent contentez d'imiter ceux de leur langue, qu'ai:-

1. Heroet, poète français du xvi" si(j- dans les ordres et devint évoque ùe clc (1500-1568), ami de Marot ; il entra Digue.

royent les Latins outre Eiinie, ou Lucrèce, outre Crasse, ou Anthoine".'

[Déf. et Ilhistr. de la Lang. fr., liv. IL)

Avec cette question de Fimitation, nous sommes au cœur même de la doctrine de la Pléiade. Mais on remarquera qu'elle ne veut ]»as d'imitation dans la même langue : il suiTit d'emprun tcjr àjijic l a n gue é trangèr ^ lesjj^jilences et les mots, pour les appropriejJxTa nôTre. Il faut donc, à son avis, lire les meilleurs auteurs grecs ou romains, « sejransformant en eux, les dévorant et. après les avoir bien digérez, les coiiverlissant en sang et nourriture )>. Cette théorie deVimiutiitioii, du Bellay Ta d'ailleurs précisée dans sa. Préface de ÏOlive, où il conseille de se pénétrer, par la lecture, des grandes pensées des écrivains anciens, puis, en écrivant, de les laisser sortir de soi, sans y songer et sans le vouloir.

C'est en suivant les règles de cette sage imitation qu'on pourra arriver à introduire dans la langue un certain nombre

de mots nécessaires, de « vocables non vulgaires, avec

modestie toutesfois, analogie et jugement de l'oreille », et qu'on pourra, de même, rajeunir « des motz purement françois », en glanant, dans « tous ces vieux romans et poètes francoys, mil autres bons motz que nous avons perduz par notre négligence ».

Malheureusement, la Défense ne s'en tiendra pas à cette modération, et nous surprendrons même, tout à l'heure, une contradiction évidente, entre la première partie, où il est dit expressément qu'il faut s'exprimer en français, et un passage fougueux et violent, écrit peut-être sous l'inspiration de Daurat, et dans lequel le manifeste déclare qu'il faut étudier les anciens, puis les piller pour enrichir les ouvrages français.

Transformation des genres. — Nous n'insisterons pas, du reste, sur cette contradiction, qui reparait, avec insistance, dans la conclusion du livre : il nous suffira d'indiquer que le passage en question est précisément celui où la Défense recommande d'employer la langue, ainsi outillée, à de nobles ouvrages. Cet endroit est d'une importance e.xtréme; car, sous couleur d'indiquer quels genres doit lire le poète français, il fait le procès des Jean de Meung, des Marot, et trace, en une page très enthousiaste, le programme même des genres dans lesquels s'exercera la Pléiade :

M. La jûoésie de la Renaissance. 5

Ly donques, et roly premièrement, i'cuillete de main nocturne et journelle' les exemjjlaires Grecz et Latins, puis me laisse toutes ces vieilles poësies l'rançoises aux Jeux Floraux de Toulouze, et au Puy de Rouan : comme Rondeaux, Ballades, Virclaiz, Chants Royaulx, Chansons et autres telles épiceries-, qui corrompent le goust de nostre Langue et ne servent sinon à porter tesmoignage de nostre ignorance. Jette-toy à ces plaisans Epigrammes, non jioint comme font aujourd'huy un tas de faiseurs de comptes nouveaux qui en un dixain sont contens n'avoir rien dict qui vaille aux neuf premiers vers pourveu qu'au dixiesme il y ait le petit mot pour rire : mais à l'imitation d'un Martial, ou de quelque autre bien approuvé, si la lasciveté ne te plaist, mesle le proufitable avec le doux. Distile avecques un stile coulant et non scabreux, ces pitoyables élégies, à l'exemple d'un Ovide, d'un Tibule, et d'un Properce. y entremeslant quelquefois de ces fables anciennes, non petit ornement de poésie. Chante moy ces Odes, incogneuës encor' de la Muse Françoise d'un Luc 3 bien accordé au son de la Lyre Grecque et Romaine, et qu'il n'y ait vers où n'aparoisse quelque vestige de rare et antique cruditiom JEt, quant à ce, te fourniront de matière îes'roïïânges des Dieux et des hommes vertueux, le discours fatal des choses mondaines, la solicitude des jeunes hommes, comme l'amour, les vins libres et toute bonne chère. Sur toutes choses, prens garde que ce genre de poëme soit eloingné du vulgaire, enrichy et illustré de mots propres et ejîithetes non oysifs, orné de graves sentences et Aarié de toutes manières de couleurs et ornementz poétiques ; non comme un , Laissez la verde couleur. Amour avecq' Psychés, 0 combien est heureuse'' ; et autres telz ouvrages, mieux dignes d'estre nommez Chansons vulgaires qu'Odes, ou vers lyriques. Quant aux Epistrcs, ce n'est un poème qui puisse grandement enrichir nostre vulgaire, pource qu'elles sont volontiers de choses familières et domestiques, si tu ne les voulois faire à l'imitation d'Elégies, comme Ovide; ou scntentieuses et graves, comme Horace. Autant te dy-je des Satyres, que les François, je ne sçay comment, ont appelées Cocs à l'Asne, esquelz je te conseille aussi peu t'exercer comme je te veux estre aliéné de mal dire : si tu ne voulois, à l'exemple des anciens, en vers Heroiqucs (c'est à dire de x à xj et non seulement de viij à ix) soubs le nom de Satyre, et non de ccste inepte appellation de Coq-à-l'Asne, taxer modestement les vices de ton temps et pardonner aux noms des personnes vicieuses. Tu as pour cecy Horace, qui, selon Quintilian,

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