Id. (Orleantin, Angelot, Navarrin, Guisiu, Margot
PIERRE DE RONSARD. l(jr,
roriiio que du fond. Mais combien ce sentiment gagne-t-il en profondeur quand vient s'y ajouter le charme d'une émotion religieuse, comme dans la pièce sur la Forêt de Gastinc, ou d'un sentiment discrètement passionné, comme dans ces vers :
Nous vivrons et mourrons cnseniljle, et tous les jours Vieillissans nous verrons rajeunir nos amours i.
C'est surtout dans l'expression de l'amour que Ronsard poète lyrique nous parait avoir excellé. 11 a aimé très vivement, mais sans aveuglement douloureux, ce qui lui a permis de toujours voir clair dans son cœur, et de rendre avec précision et délicatesse les nuances sérieuses, ou rêveuses, ou pénibles de l'amour. A cet égard, la plupart de ses Sonnet)^, de ses Élégies, de ses Odes sont de véritables chefsd'œuvre, de délicieuses variations sur le thème éternel de la jeunesse qui passe et qu'il faut cueillir en hâte. Que d'images souples et variées, quelle mélancolie pénétrante dans l'ode immortelle à Cassandre :
Puisqu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.
Quelle tendresse et quelle vague tristesse en même temps, sont répandues dans le sonnet si connu à Hélène :
•Je seray sous la terre, et, fantosme sans os. Par les ombres myrteux je prendray mon rej^os : Vous serez au foyer une vieille accroupie.
Regrettant mon amour et vostre fier desdain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'huy les roses de la vie.
Ce sont précisément ces teintes de demi-tristesse de plus en plus fréquentes dans l'œuvre de Jionsard, à mesure que les années passent en accroissant la mélancolie de son caractère, qui font le charme de ses plus belles œuvres lyriques