Le cours
Chacun n"a pas les Muses en partage.
Et leur fureur tout estomach ne poind :
A qui le ciel a fait tel avantage,
Vainqueur des ans son nom ne mourra point.
Durable est «a gloire ; Toujours la mémoire Sans mourir le sviit :
Comme vent grand erre, Par mer et par terre S'escarte son bruit '.
C'est toy qui fais que j'aime les fontaines. Tout esloigné du vulgaire ignorant, Tirant mes pas par les roches hautaines. Après les tiens, que je vais adorant.
Tu es ma liesse Tu es ma déesse.
Tu es mes souhaits :
Si rien- je comijose.
Si rien je dispose, En moy tu le fais.
Dedans quel antre, en quel désert sauvage Me guides-tu ? et quel ruisseau sacré.
Fils d'un rocher, me sera doux breuvage. Pour mieux chanter ta louange à mon gré.^
Ça, page, ma lyre; Je veux faire bruire Ses languettes d'or 1 La divine grâce Des beaux vers d'Horace Me plait bien encore;
Mais tout soudain d'un haut style plus rare Je veux sonner le sang hectoréan ^
1. Sa renommée se répand. la trompette épique, pour chanter la
2. Je compose quelque chose (rem). race d'Hector. Ronsard montre ici l'in-j
3. C'est-à-dire : je veux emboucher teution d'écrire la Fianciade.
PIERRE DE RONSARD. i:il
Changeant le chant du Dircécn Pindare • Au phis haut bruit du chantre Smyrnéan-.
(Odes.) A Charles de Pisseleu^.
Doù vient cela, Pisseleu, que les hommes De leui- nature aiment le changement.
Et qu'on ne void en ce monde où nous sommes Un seul qui n'ait un divers jugement:'
L'un, esloigné des foudres de la guerre ', Veut par les champs son âge consumer A bien poitiir les mottes de sa terre Pour de Cerès les presens y semer;
L'autre au contiaire, ardant, aime les armes. Et ne sauroit en un lieu séjourner Sans bravement attaquer les allarmes'», Bien que jamais ne pense retourner.
Qui le palais, de langue mise en vente. Fait esclater devant un président.
Et qui, piqué d'avarice suivante, Franchit la mer de l'Inde à l'occident.
L'un de lamour adore l'inconstance; L'autre, plus sain, ne met l'esprit sinon Au bien public, aux choses d'importance. Cherchant par peine un perdurable nom.
L'un suit la cour et les faveurs ensemble. Si que sa teste au ciel semble toucher ; L'autre les fuit et est mort, ce luy semble. S'il void le roy de son toict approcher.
1. PiSDAi'.E, poète lyrique grec, m' sard, parce que quelqnes auteurs le font vers 520 avant notre ère. Nous avons naître à Smyrne, en Asie Mineure.
de lui quarante-cinq odes sur les vie- 3. Evêque de Condom.
toires OlympUiurs, Pylhiqiies, Islhmii/UfS, 4. Comparez Horace. Odes, I, i, et
Néméennes. Il était né près de Thèbes. Satires, I, I.
On donnait aux Tliébains le noai de 5. Allarmes redoublait la lettre l
Dircteiis , à cause de la fontaine de parce qu'il venait du cri de guerre alV
Dircé, voisine de leur ville, et dont le orme (aux aimes!;. Ce mot avait été
nom rappelait une de leurs reines. introduit en France à la suite des