Homère, ainsi designé par Ron- guerres d'Italie
Le pèlerin à l'ombre se délasse, Ou d'un sommeil le travail adoucit, Ou, réveillé, avec la pleine tasse Des jours d'esté la longueur accourcit.
Qui devant l'aube accourt triste à la porte Du conseiller, et là, faisant maint tour, Le sac au poing, attend que Monsieur sorte Pour luy donner humblement le bon-jour.
Icy cestuy de la sage nature Les faits divers remasche en y pensant. Et cestuy-là, par la linéature Des mains, prédit le malheur menaçant.
L'un, allumant ses vains fourneaux, se fonde Dessus la pieiTe incertaine', et combien Que l'invoqué Mercure ne responde, Soufle en deux mois le meilleur de son bien.
L'un grave en bronze, et dans le marbre à force Veut le labeur de nature inîiter; Des corps errans l'astrologue s'elforce Oser par art le chemin limiter.
Mais tels estais inconstants de la vie Ne m'ont point pieu, et me suis tellement Esloigné d'eux que je n'eus onc envie D'abaisser l'œil pour les voir seulement.
L'honneur sans plus du verd laurier m'agrée ; Par luy je hay le vulgaire odieux.
Voilà pourquoy Euterpe- la sacrée M'a de mortel fait compagnon des dieux.
La belle m'aime et par ses bois m'amuse ; Elle me suit, et, cjuand je veux sonner. De m'accorder ses flûtes ne refuse.
Ne de m'apprendre à bien les entonner ;
Car elle m'a de l'eau de ses fontaines Pour prestrc bien baptisé de sa main, Me faisant part du haut honneur d'Athènes Et du sçavoir de l'antique Romain.
(Odes.)
1. La pierre philosophale cherclu'e 2. Euh-rpc, l'uiis des neuf .Muses par les alchimistes. présidait i\ la Musique.
A Odet de CoUigny*.
Mais d'où vient cela, mon Odet?
Si de fortune par la rue Quelque courtisan je salue Ou de la voix, ou du bonnet,
Ou dun clin d'oeil tant seulement, De la teste, ou d'un autre geste.
Soudain par serment il proteste Qu'il est à mon commandement^.
Soit qu'il me treuve chez le roy , Soit qu'il en sorte ou qu'il y vienne, Il met sa main dedans la mienne, Et jure qu'il est tout à moy
Mais quand une affaire de soin Me presse à luy faire requeste.
Tout soudain il tourne la teste.
Et me délaisse à mon besoin;
Et si je veux ou l'aborder Ou l'accoster en quelque sorte.
Mon courtisan passe une porte.
Et ne daigne me regarder;
Et plus je ne luy suis cognu, JSy mes vers ny ma poésie, jNon plus qu'un estranger d'Asie Ou quelqu'un d'Afrique venu.
Mais vous, mon support gracieux.
Mon appuy, mon prélat que j'aime-*, Mille fois plus ny que moi-mesme, >'y que mon cœur, ny que mes yeux,
Vous ne me faictes pas ainsi :
Car si quelque affaire me presse.
Librement à vous je m'addresse.
Qui de mon fait ' avez souci.
1. Le même à qui Rabelais a ilcdié le .3. Odet de Coligny était cardir.iil de JV' livre de son œuvre. Châtillon.
'2. A mes ordres. 4. Mou affaire.
Vous avez soin de mon honneur, Et voulez que mon bien prospère, M'aimaut tout ainsi qu'un doux père, Et non comme un rude seigneur.
Sans me promettre ces grands monts Ny ces grands' mei'S d'or ondoyantes; Car telles bourdes impudantes Sont indignes des Cliastillons.
La raison, Prélat, je l'entens, C'est que vous estes véritable.
Et non courtisan variable.
Qui sert' aux faveurs et au temps.
(Odes.)
A la fontaine Sellerie.
O fontaine Bellerie-!
Belle déesse chérie De nos nymphes, quand ton eau Les cache au fond de ta source.
Fuyantes le satyreau Qui les pourchasse à la course Juscju'au bord de ton ruisseau.
Tu es la nymphe éternelle De ma terre paternelle.
Pour ce, en ce pré verdelet, Voy ton poète qui t'orne D'un petit chevreau de lait.
A qui Tune et l'autre corne Sortent du front nouvelct.
Tousjours l'esté je repose Près ton onde, où je compose.
Caché sous tes saules vers.
Je ne sçay quoy qui ta gloire Envoira par l'univers, Commandant à la mémoire Que tu vives par mes vers.
L'ardeur de la canicule Jamais tes rives ne brûle,
]. Qui obéit à. 2. Comparez Horace, Oden, III, xiu.
Tellement qu'en toutes pars.
Ton ombre est cspaisse et drue Aux pasteurs venans des parcs, Aux bœufs las de la charrue Et au bestial espars.
lo, tu seras sans cesse Des fontaines la princesse, Moy célébrant le conduit Du rocher percé qui darde Avec un enroué bruit ^^'cau de ta source jazarde, Qui trepillante se suit'.
(Odes.)
A la forêt de Gastine.
Couché sous tes ombrages vers,
Gastine, je te chante Autant que les Grecs par leurs vers
La forest d'Erymanthe :
Car, malin, celer je ne puis
A la race future De combien obligé je suis
A ta belle verdure.
Toy qui, sous Tabry de tes bois,
Ravy d'esprit m'amuses ; Toy qui fais qu'à toutes les fois
Me respondent les Muses ; Toy par qui de l'importun soin
Tout franc je me délivre, Lorsqu'en toy je me pers bien loin.
Parlant avec un livre.
Tes bocages soient tousjours pleins
D'amoureuses brigades - De Satyres et de Sylvains,
La crainte des Naiades !
1. Le rythme de cette pièce est de mure redoublé, d'un effet très harmo-
l'inventiou de Ronsard. La troisième nieux. rime masculine du dernier vers de 2. Troupes^ compagnies, chaque stance produit comme un mur-
i:36 LA POESIE DE LA RENAISSANCE.
En toy habite désormais
Des Muses le collège, El ton bois ne sente jamais
La flamme sacrilège!
(Odes.)
Chanson à boire.
Pour boire, dessus l'herbe tendre Je veux, sous un laurier m'estendre, Et veux qu'Amour d'un petit brin Ou de lin, ou de cheneviere, Trousse au flanc sa robe légère.
Et my-nud me verse du vin'.
L'incertaine vie de l'homme De jour en jour se roule comme Aux rives se roulent les flots.
Et, après notre heui'e dernière.
Rien de nous ne reste en la bière Que je ne sçay quels petits os.
Je ne veux, selon la coustume, Que d'encens ma tombe on parfume, Ny qu'on y verse des odeurs; Mais, tandis que je suis en vie, J'ay de me parfumer envie Et de me couronner de fleurs.
Vieillesse.
(Odes.)
Ma douce jouvence est passée-, Ma première force est cassée, J'ay la dent noire et le chef blanc; Mes nerfs sont dissous, et mes veines.
Tant j'ay le corps froid, ne sont pleines Que d'une eau lousse en lieu de sang.
1. V. ANACnÉON, IV : « Sous le tendre vieillesse s'étend sur mon front, et mes
myrte, sous le lotus verdoj'ant, j'ai cheveux sont devenus blancs..,. Hor-
plaisir à m'étendre et à boire. Qu'Amour, rible est le gouffre du Tartare; il est
relevant par un lien sa tunique, vienne pénible d'y descendre, car nul chemin
me présenter la coupe ! » ne permet d'en revenir. »