‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 9 sur 215 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Les progrès furent si rapides, que bientôt un savant français, Guillaume Budé, mérita le titre de « restaurateur des études grecques ». Il ouvrit la voie à ces érudits, dont les immenses travaux de critique allaient mettre au premier rang, en Europe, les hellénistes français : Tissard, l'auteur du Liber gnomagyricv.s^ le premier livre grec imprimé en France (i5o8); Henri Estienne, le plus éminent représentant d'une illustre famille d'imprimeurs, et dont le Thésaurus Linguce Grœcœ accentua la renaissance de l'hellénisme en France.

A ce moment, du reste, en i53o, d'après les conseils de Budé, François I'^'' fonda, sur le modèle des Académies d'Italie, le Collège des trois langues ou Collège de France. Le grec, le latin, l'hébreu, y furent enseignés à côté de la médecine, des mathématiques, de la philosophie, de toutes les sciences, en un mot, qui cherchaient à se faire jour. Les hellénistes Budé et Danès, les latinistes Turnèbe et Lambin, enfin l'hébraïsant Vatable, virent accourir à leurs doctes leçons tous ceux qui avaient soif d'instruction et d'indépendance de pensée. En même temps, François l^^ faisait graver et fondre des caractères d'imprimerie, d'après les formes des types vénitiens d'Aide Manuce, afin de servir aux belles éditions publiées par les imprimeurs royaux; il achetait, pour la Bibliothèque royale, et faisait même éditer des manuscrits d'auteurs anciens, qu'il faisait venir d'Asie, de Grèce et d'Italie.

Dès lors, l'antiquité règne souverainement en France comme en Italie; la pensée, si longtemps engourdie, renaît à son souffle bienfaisant, et son évolution aboutit à ces deux résultats : le goût dans le domaine artistique et littéraire, le rationalisme dans le domaine philosophique.

Ce culte du goût et de l'art pour l'art, Vhumanisme, en un mot, avait pris naissance en Italie, et s'était développé en France, au contact des grandes œuvres du passé, dont on admirait la perfection de forme, qu'on cherchait ensuite à reproduire. L'humanisme, en effet, n'est pas la Renaissance ; il est un courant parallèle à cette dernière, mais tout à fait distinct. Tandis que la Renaissance ressuscite, en effet, les idées antiques, l'humanisme se contente

LA RENAISSANCE LITTERAIRE. xxi

d'imiter les procéde's de l'art gre'co-romain : il est un effort pour e'chapper au temps présent et pour se faire, en quelque sorte, une âme antique. Par cela même, il donne naissance à une littérature peu nationale, et il étouffe le tempérament propre de l'auteur sous une imitation quelquefois servile. Mais de quels avantages l'humanisme ne compense-t-il pas ces inconvénients! En évoquant sans cesse l'image des œuvres supérieures et parfaites, il donne à ceux qui le pratiquent l'amour de la grandeur et de la noblesse de forme; il engendre une littérature impersonnelle, en élargissant l'horizon de l'âme moderne, à laquelle il ouvre des perspectives sur le passé. Enfin, tandis que la Renaissance est une rupture violente avec le moyen âge et même avec le christianisme, l'humanisme vit en bonne intelligence avec ce dernier, parce qu'il concilie, en apparence du moins, deux termes opposés : une âme chrétienne et un art païen. Cette conciliation convenait merveilleusement à l'esprit français, volontiers éclectique, ennemi des doctrines extrêmes. L'humaniste aura deux hommes en lui : l'un, qui vit selon son temps, selon sa religion; l'autre, citoyen de la Grèce et de Rome, et de plus païen. Ces deux hommes réunis dans la même personne, y habiteront côte à côte, sans se gêner l'un l'autre, mais sans confondre leurs idées; le premier pensera et agira comme le veut l'existence de chaque jour; le second pensera et écrira comme un ancien l'aurait fait : de là viendra, au xvii° siècle, ce divorce complet, dans notre littérature, entre l'élément chrétien et la mythologie. L'esprit païen toutefois infiltrera quelques-unes de ses idées au travers des pensées les plus chrétiennes de nos humanistes.

L'autre conquête de la Renaissance, c'est le rationalisme en philosophie. Nous avons vu que les savants Florentins avaient apporté en France les doctrines néo-platoniciennes. Sous cette influence et sous celle de Ramus, le syllogisme fut bientôt battu en brèche. Dès lors, le péripatétisme d'Aristote dut renoncer à disputera Platon la domination des esprits. Luther et Calvin, les deux inspirateurs de la Réforme, virent dans le syllogisme un adversaire de la vérité,, et le combattirent avec ardeur. Enfin, bientôt, les

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