A la frontière de mon pays. ou accompagne le chant
De myrte, de lierre, ou d'une amorce vaine T'alleclier tout un jour au bord d'une fontaine. Ou dedans un vieil antre, à fin d'y reposer Ton cerveau mal-rassis, et béant composer Des vers qui te feront, comme pleins de manie, Appeller un bon fol en toute compagnie?
« Laisse ce froid mestier c[ui ne pousse en avant Geluy qui par sus tous y est le plus sçavant; Mais, avec sa fureur qu'il appelle divine. Tout sot se laisse errer accueilly de famine. Homère, que tu tiens si souvent en tes mains. Que dans ton cerveau creux comme un dieu tu te peins. N'eut jamais un liard; si bien que sa vielle. Et sa Muse, qu'on dit qui eut la voix si belle. Ne le sceurent nourrir, et falloit que sa faim D'huis en huis mendiast le misérable pain.
« Laisse-moy, pauvre sot, ceste science folle; Hante-moy les palais, caresse-mov Bartolle', Et d'une voix dorée au milieu d'un parquet Aux despens d'un pauvre liommc exerce ton caquet. Et fumeux et sueux, d'une bouche tonnante. Devant un président inets-moy ta langue en vente; On peut par ce moyen aux richesses monter. Et se faire du peuple en tous lieux bonneter^.
« Ou bien embrasse-moy l'argenteuse science Dont le sage Hippocrate eut tant d'expérience. Grand honneur de son isle-^ encor' que son mestier Soit venu d'Apollon, il s'est fait héritier Des biens et des honneurs, et à la poésie. Sa sœur, n'a rien laissé c|u'une lyre moisie.
« Ou bien si le désir généreux et hardy, En t'eschautrant le sang, ne rend accouardy Ton cœur à mespriser les périls de la terre, Pren les armes au poing, et va suivi-e la guerre. Et d'une belle playe en l'estomac ouvert. Meurs dessus un rem2:)art de poudre tout couvert; Par si noble moyen souvent on devient riche. Car envers les soldats un bon prince n'est chiche. »
1. Batthole (1313-1356), juriscùu- 3. Hippocrate était né dans l'île de suite italien très renommé. Cos, vers 460 avant notre ère.