‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 91 sur 215 · Saluer en ûtant le bonnet · texte numérisé non relu

Saluer en ûtant le bonnet

0 qu'il esl mal-aisé de forcer la nature! Tousjours quelque génie, ou l'influence dure D'un aslre nous invite à suivre malgré tous Le destin qu'en naissant il versa dessus nous.

Pour menace ou prière, ou courtoise rcqueste Que mon père me fist, il ne sceut de ma leste Oster la poésie; et plus il me tansoit, Plus à faire des vers la fureur me poussoit.

Je n'avois pas douze ans, qu'au profond des vallées, Dans les hautes forests des hommes reculées. Dans les antres secrets de frayeur tout couverts, Sans avoir soin de rien, je composois des vers; Echo me respondoit, et les simples Dryades, Faunes, Satyres, Pans, Napées', Oreades, Egipans- qui portoient des coi-nes sur le front, Et qui ballant sautoient comme les chèvres font, Et le gentil troupeau des fantastiques fées. Autour de moy dansoient à cottes dégratfées

(Les Poèmes.)

Le Voyage d'ArcueiP.

lo, compaings, n'oyez-vous De Daurat la voix sacrée

Qui recrée Tout le ciel d'un chant si doulx?,

Prestons doncq à ses '* merveilles

Nos aureilles :

L'entusiasme limousin Ne luy permet de rien dire

Sur sa lyre Qui ne soit divin, divin.

1. Sapées, d'nn mot grec signifiant guifi;uit chèvre et Pan (a!'ç, r.0:>), Pan vallon (vizT,), nymplies des bois et des aux pieds de bouc.

vallons.— 0/(i'a(te, d'un mot grec sigui- 3. La date de ce voyage est 1549.

fiant 7;io/i/ai//ie (ooc-:), nymplies des njou- Arcueil est un bourg situé à quelques

tagues. kilomètres au sud de Paris.

2. £(jipaiis, de deux mots grecs si- i. Celles de Daurat, le maître de

Ronsard.

lo, io, quel doux style

Se distile Parmy ses nombres ' divers !

Nul miel tant ne me recrée

Que m'agrée Le doux nectar de ses vers.

Quand je l'entends, il me semble

Que l'on m'emble Mon esprit d'un rapt soudain, Et que loing du peuple j'erre

Soûls la terre Avec l'ame du Thébain-,

Avecques l'âme d'Horace ;

Telle grâce Se distile de son miel Et de sa voix limousine,

Vrayment digne D'esti'e Serene-* du ciel.

Ha! Vesper, brunette estoile,

Qui d'un voile Partout embrunis les cieux.

Las! en ma faveur encore

Ne décore Sa grand' voûte de tes yeulx....

Quoy ! des astres la compaigne,

Tu dédaigne Mon prier, et sans séjour '' Devant l'heure tu tlamboycs

Et envoyés Soûls les ondes nostrejour?

Va, va, jalouse, chemine

Tu n'es digne, Ny tes estoiles, d'ouyr Une chanson si parfaicte

Qui n'cbt faicle Que pour les dieux esjouir.

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