‹ La poésie des OttomansChapitre 10 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ANS doute rimagination des peuples n'a pas manqué d'être vivevement frappée de l'élévation des Ghaznévides et des Seldjoucides, et parmi les princes qui contribuèrent à leur grandeur on remarque plus d'un souverain capable de faire une impression sur les esprits. Même le dernier des Seldjoucides persans, Sandjar, dont le règne fut illustré par un grand nombre de poètes, reçut des peuples de r Orient le surnom de second Alexandre. Mais les renseignements sur ces époques lointaines sont trop incomplets pour qu'on puisse retrouver la trace que ces hommes éminents lais-

sèrent dans l'âme des nations. Il n'en est pas de même des Ottomans. Nous savons positivement que Fimaginacion populaire a placé autour de leur berceau assez de merveilles pour qu'on pût croire que leur grandeur était le résultat d'une intervention particulière de la Providence.

Dans un de ses voyages, un humble vassal du sultan seldjoucide Alaeddin, Ertogroul, qui ne soupçonnait nullement le brillant destin réservé à sa race, demanda l'hospitalité à un saint personnage, 2élé pour la gloire de l'Éternel. Quand l'heure du sommeil fut arrivée, celui-ci tira un livre d'une armoire et le plaça sur le meuble le plus élevé de l'appartement. Interrogé par son hôte sur le contenu du volume qui inspirait un tel respect, il lui dit qu'il renfermait la parole d'Allah, révélée à son prophète. Dès que tout le monde se fut retiré, Ertogroul saisit le livre saint, et il passa la nuit à le lire. Enfin cédant à la fatigue, il s'endormit. Le matin est l'heure la plus propice à ces songes prophétiques dont furent favorisés les patriarches, ancêtres des Hébreux. Ertogroul eut alors une apparition surnaturelle, et une voix lui dit : « Puisque tu as lu ma parole avec un tel respect, tes enfants et les enfants de tes enfants seront honorés de généra-

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tion en génération. » Il importe peu qu'on ait attribué ce songe à Ertogroul ou à Osman*, il a le caractère primitif qui convient à des hommes livrés à la vie nomade.

La légende épique se développe e.t prend un caractère plus littéraire quand paraît sur la scène le fils d'Ertogroul que les Ottomans considèrent comme le premier de leurs sultans. Osman P*" avait tout ce qu'il fallait pour passionner un peuple subissant fortement les puissants instincts qui poussent en avant les nations jeunes. Les Perses, . ces puritains du paganisme, avaient autrefois trouvé dans leur zèle pour Ahoura- Mazda (Orzmud) un puissant encouragement à la conquête. Osman partageait les croyances ardentes de son peuple, porté à s'imaginer que les propagateurs de l'Islam étaient les soldats d'Allah, le dieu jaloux, ennemi des idoles et des superstitions . La puissante impulsion religieuse qui avait précipité les Arabes sur le monde chrétien, après, avoir perdu son action parmj les Sémites, poussait en avant la nombreuse et guerrière famille turque, et les Ottomans étaient, comme leur chef, animés de la ferveur qui posr-

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