‹ La poésie des OttomansChapitre 9 sur 79 · I. Samarkand Firdousi manend · texte numérisé non relu

I. Samarkand Firdousi manend

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de notre Europe. Mais la race aryenne avait aussi son prestige aux yeux des Ottomans. La Perse a été pour eux ce que l'antiquité gréco-romaine est pour nous. Malgré leur haine contre les Chiites hérétiques, malgré leurs luttes acharnées contre les sujets du « roi des rois » , la Perse s'impose aux Ottomans par la supériorité du génie créateur des Aryens. Il leur était aussi impossible de ne pas subir cette influence, qu'il serait impossible à un écrivain magyar d'oublier l'Italie, la France et l'Allemagne. Si les farouches troubadours des Turkomans ne peuvent échapper au charme exercé par la poésie persane, comment Brousse et Stamboul auraient-ils pu parvenir à s'y soustraire?

Une étude de la poésie ottomane offre donc des difficultés de toute espècfe. Il est fort difficile de séparer ce qui appartient à une inspiration vraiment nationale de ce qui revient aux Sémites et aux Aryens, à l'Arabie et à la Perse. En outre, l'idée que les Ottomans se font d'une conception ou d'une expression poétique diffère tellement de notre manière de voir et de sentir qu'il nous est ordinairement malaisé de comprendre les beautés de leurs poètes. Des peuples bien plus éloignés de nous, les Aryens de l'Inde, par exemple, se rapprochent beaucoup mieux de notre esthétique.

Mais cette poésie était certainement en rapport avec la constitution morale de ceux auxquels elle s'adressait, car il est peu de nations qui aient montré autant de goût pour cette façon de traduire ses sentiments. Une pareille affirmation a l'air d'un paradoxe, TOttoman se présentant à notre imagination comme le personnage prosaïque par excellence. Un Ottoman du bon vieux temps qui, grâce à l'esclavage et à la domination qu'il exerçait sur les populations chrétiennes, avait tous les loisirs et une partie des goûts d'un aristocrate, aurait, il faut l'avouer, trouvé tout aussi prosaïque un Européen de nos jours, obligé de songer perpétuellement aux affaires et au gain, et s'intéressant à l'art, à la poésie à peu près autant qu'à la Critique de la raison pure^ de Kant, ou au Système du monde^ de Laplace. La vie moderne, telle que l'égalité la suppose, est naturellement prosaïque, et telle société organisée d'après les principes qui tendent à prévaloir de plus en plus fait à l'idéal une part moins large qu'un Ottoman du temps de Souleïman le Magnifique.

Pour montrer l'immense influence des poètes dans l'empire des Sultans, il n'est point nécessaire de passer en revue toute une littérature dont on a pu dire c qu'elle est d'une richesse

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infinie dans le domaine de la poésie » . Il suffit de montrer que le sentiment poétique n'est jamais resté le privilège des lettrés et que la poésie épique elle-même s'est constamment inspirée d'idées éminemment populaires et qui remontent aux origines mêmes de la puissance ottomane.

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