Mihri
LES EPOPEES LEGENDAIRES. 25
entreprend un voyage dans cette Arabie que l'auteur des Orientales appelle infranchissable. Il se sert de son empire sur les oiseaux pour correspondre avec la reine de Saba par le moyen de la huppe, lui fait à Jérusalem une réception digne de sa magnificence, enfin il Pépouse.
Les poètes ottomans étaient d'autant plus disposés à s'emparer de la légende de Salomon que l'idée d'un monarque universel (Salomon, Alexandre) est conforme à leurs idées. Aussi le Souleïman-nameh de Firdousi, surnommé le Long, est devenu promptement populaire *. Le sujet parut tellement intéressant au poëte de Brousse, qu'il écrivit sur Salomon trois cent soixante volumes, moitié en prose, moitié en vers. Le sultan auquel il offrit cette encyclopédie choisit quatrevingts volumes et fit brûler le reste ^ . Le
1. Hammer, Geschichte der Osmanischen Dichtkunst bis aufunsere Zeit,mit einer Blûthenlese aus \tveitausend, ■{tveihundert Dichtern (Pest, 1838) CLXVI. Ferdewsi. — Voy. dans Michaud, Biographie universelle, art. Hammer, de judicieuses observations sur le système déf«ictueux de traduction adopté par le savant écrivain dont les travaux ont tant contribué à faire connaître l'empire ottoman à l'Europe.
a. Latifi et Aaschik, p. 251, dans Biographische Nachrichtèn vùn Voriûglichen Turkischen Dichtern, nebst einer Blûthenlese aus ihren Werken. Aus dent Turkischen ûbersetit von Thomas Chabert (Zurich, 1800).
Souleiman-nameh d'Ishak et celui de Saadeddin, précepteur de Mourad III, sont en prose. Ahmed Kisman traita en vers le même sujet.
Alexandre le Grand est, ainsi que Salomon, un de ces « empereurs du globe i, pour parler comme Fourier, dont Inexistence réalise les rêves des Orientaux,
Lorsque les Turcs ont commencé à s'en occuper, la vie du conquérant de l'Asie occidentale avait été profondément transformée par l'imagination populaire. On peut dire que l'élève d'Aristote favorisa lui-même la formation de la légende quand il sembla préférer à la prudence quelque peu sceptique de l'esprit grec les fantaisies du monde asiatique et qu'il aima à présenter ses prodigieux triomphes comme une œuvre extraordinaire, digne d'être attribuée à un personnage d'une nature exceptionnelle. De nos jours, un historien français* disait encore que le grand Macédonien fut « un de ces immenses génies, une de ces puissantes volontés auxquelles il est presque impossible de ne pas attribuer une mission surhumaine ». Si un écrivain du xix* siècle peut céder à un pareil entraînement (en-