‹ La poésie des OttomansChapitre 20 sur 79 · I . Voy. Bible de l'Humanité · texte numérisé non relu

I . Voy. Bible de l'Humanité

a. Voy. la légende égyptienne dans Barthélémy et Méry, Napoléon en Egypte. — Notes.

a8 LA POESIE DES OTTOMANS.

sars qui voyaient à leurs pieds les nations et les princes, comme il est encore aujourd'hui le modèle d'un -padischah, ainsi que l'attestent les vers d'une femme, Zeineb,' adressés à Mohammed II. Au vii° et au viii® siècles de l'ère chrétienne, dans cet empire grec qui était porté à se considérer comme le continuateur de l'œuvre du fils de Philippe dans le monde barbare, un romancier byzantin donna la dernière forme à l'histoire légendaire d'Alexandre, que Julius Valérius traduisit ou plutôt imita en latin. Le Roman d'Alexandre y composé parles trouvères français, Lambert le Court et Alexandre de Bernay, a eu tant de vogue parmi les Occidentaux qu'on peut affirmer que l'épopée alexandrine a été aussi populaire (le vers alexandrin en tire son nom) chez les Chrétiens que chez les Musulmans *. L'imagination des Français ne s'y montre pas inférieure à celle des Ottomans. Le grand Macédonien, en pénétrant dans l'Inde, rivalise avec les héros de cet étrange pays. Emporté par l'aile des vautours, il visite les régions célestes; protégé par une cloche de cristal, il descend jusque dans les profondeurs de l'Océan.

I. Voy. Talbot, la Légende d'Alexandre (Paris, 1850.) — Le Court et Talbot, l'Alexandriade (1863).

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Mais quelle que soit la hardiesse avec laquelle on a défiguré Alexandre en Occident afin de transformer le Macédonien, environné de ses « douze pairs » , en véritable modèle de roi chevalier contemporain des Robert et des Tancréde, on n*a pas poussé le mépris de l'histoire jusqu'à en faire deux personnages. Les Orientaux, qui ont créé tant de Salomons mythiques, ont donné aussi à Iskender un prédécesseur, dont la vie fantastique rappelle assez les tendances et le caractère du redoutable fils d'Olympias. Cet Alexandre aurait construit une muraille gigantesque, le rempart de Jagiouge (Gog), et de Magiouge (Magog), pour défendre l'Asie civilisée contre les .farouches nations du Nord, et il aurait cherché longtemps dans « la région ténébreuse de l'Orient » l'eau de vie que trouva Kheder et qui le rendit immortel. « La fontaine de vie, dit un poëte persan, qu'Alexandre a cherchée en vain, fut trouvée par Kheder qui en but à longs traits. » Grâce à cette fontaine dont l'Ottoman parle de la même façon quand il con-sdlle de ne pas aller la chercher « sur les pas de Khiser » , que plusieurs confondent avec le- compagnon d'Alexandre, le prophète Elie jouit d'une jeunesse éternelle. Cet. Alexandre refoulant le

monde barbare jusqu'aux extrémités de l'univers connu et pénétrant dans le pays de la nuit, y marchant pendant mille ans, pour y chercher l'immortalité, est un digne prédécesseur de celui qui, avec une poignée de héros, s'enfonça dans l'Asie redoutée et qui força la terre à garder le silence devant lui, pour employer les énergiques expressions de la Bible.

Le premier, ainsi que le second Alexandre, est surnommé « aux deux cornes », comme maître de POccident et de l'Orient. Cet empire exercé sur le monde est tellement conforme aux idées musulmanes, — Mourad IV se qualifie lui-même dans une pièce de vers de « maître souverain des deux mondes », — il réalise si bien l'idéal que cette religion se fait du monarque, ombre. d'Allah, que, grâce à elle, les disciples du Prophète oublient que le conquérant hellène n'appartenait ni à leur race, ni au culte monothéiste.

Il existe, il est vrai, des noms qui se perpétuent dans toutes les religions, qui s'imposent à l'imagination de tous les peuples, des personnages que le caractère exceptionnel de leur vie prédestine à prendre place dans le monde des légendes. Les chrétiens, comme Aboulfarage et Ebn Batrik, perdent le sentiment de la réalité quand ils par-

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lent du grand Macédonien. Les Siret Iskender * des Arabes fournissent une riche matière aux conteurs des cafés. '

La Perse n'en a pas une idée moindre. Il suffit pour s*en convaincre d'étudier dans le Schahnameh de Firdousi l'histoire idéale d'Alexandre. Ses successeurs rivalisent d'ardeur à raconter les exploits du vainqueur du grand roi, et Nisâmi, Djami, Hatefi, Ahmedi les ont chantés en vers dans les Iskender-nameh (histoire d'Alexandre) et dans des Aineh Iskenderi (miroir d'Alexandre). Dans la période conquérante, cette légende exerçait déjà une grande action sur l'imagination des Ottomans. L'épopée publiée en vers turcs par Ahmed Daji 2, tandis que son frère Hamsa en faisait un grand roman, fut très-goûtée des sultans qui rêvaient la monarchie universelle. Mohammed II et Sélim I", dit Giovio (P. Jove), faisaient leurs délices de la vie d'Alexandre.

Aux yeux du Musulman, l'idéal dont les monarques célèbres du monde antique ne sont qu'une ébauche, se réalise dans celui qui surpasse Salomon en sagesse et qui, plus heureux que les

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