‹ La poésie des OttomansChapitre 26 sur 79 · V. Laonau, Michel-Ange poëte · texte numérisé non relu

V. Laonau, Michel-Ange poëte

4<î .LA POESIE DES OTTOMANS.

qui se rapproche singulièrement des idées que je viens d'exposer , idées qui avaient le privilège d'exaspérer l'étrange auteur de la Justice dans la Révolution et dans V Eglise.

Les amours de Kaïs, surnommé Medjnoun, et. de Leïla sont aussi considérées par les Orientaux comme un thème mystique, et leurs noms sont devenus aussi populaires en Orient que ceux de Pétrarque et de Laure parmi les Occidentaux, Le nom de Medjnoun, qui signifie en arabe un insensé, un homme possédé par un esprit étranger, bon ou mauvais, fait comprendre qu'il faut, ainsi que le veulent beaucoup de mystiques, se défaire de sa raison pour s'abandonner à la sainte folie de l'amour divin. « Dans le chemin plein de dangers et de peines qui conduit à la maison de Leïla, dit le Persan Djami dans son Divan, il faut, avant que d'y faire le premier pas, devenir Medjnoun. » Pour exprimer le caractère contagieux de cet enthousiasme sans frein, on dit que Medjnoun, n'ayant pas plus soin de sa personne que VOrlando furioso^ ne s'occupait point de sa chevelure, qui devint tellement inculte et touffue que les rossignols, chantres des amours, la prenant pour un buisson, y faisaient leur nid. Les jeunes rossignols qui en sortaient étaient tellement

amoureux que, lorsqu'ils voltigeaient sur la tête de quelqu'un, ils lui communiquaient le feu qui les dévorait.

Comme dans le Platonisme de l'école dantesque l'amour ne peut avoir pour but d'obtenir l'affection d'une créature imparfaite, même quand elle resplendit de tous les attraits, mais cette beauté incréée, cette pulchritudo increata que le fils de Monique se plaignait d'avoir trop tard connue, trop tard aimée. Un poëte ottoman, pour faire entendre à ses amis qu'il en était arrivé au degré où se trouvait l'auteur des Confessions ^ leur adressa ces vers : « Celui qui fixe sa vue sur son Seigneur ne s'amuse plus à considérer Leïla. — Quiconque regarde le soleil ne daigne plus arrêter ses yeux sur la lune : — il en est de même de celui qui possède le souverain bien ; — car, dès qu'il est dans cet état, il n'a que du mépris pour les choses de la terre. — Adieu donc, Leïla, puisque j'ai trouvé aujourd'hui mon Seigneur: — ton amour m'a porté jusqu'à celui du vrai et unique bien. — Adieu donc, créatures misérables, car j'ai trouvé toutes choses dans un seul objet. — Sa présence est si fortement imprimée dans mon' âme, — que je ne sens en moi d'autre désir que d'être uni à lui. — Sa beauté incomparable efface

^toutes les autres de mon esprit. — Adieu donc, Leïla, pour la dernière fois. »

Névaï (Mir AliChir), qui était lié avec Djami, traita en persan le sujet de Medjnoun et Leïla. L'exemple de l'écrivain illustre qui contribua tant à donner aux Turcs orientaux une littérature n'a pas été perdu pour les Ottomans. Nedjati et Bihischti sous Bayezid II, Fouzouliet Djélili, deux des meilleurs poètes du grand siècle littéraire des Ottomans, sous Souleïman P^", Kafzadé et Rizaati sous Moustapha II, chantèrent à leur tour ces deux , amants célèbres. Sous Ahmed III une femme, Ani Aazim, continua Kafzadé.

Tandis que Joseph et Zouleikha, Medjnoun et Leïla, sont des thèmes employés volontiers par les mystiques, Khosrou et Schirin n'ont rien à voir avec l'amour divin. L'époque des Sassanides, si glorieuse pour l'Iran, a laissé de vivaces souvenirs dans l'imagination orientale. Si Roustem est le héros de l'époque antérieure aux conquêtes étrangères, si la légende d'Alexandre termine le cycle de la poésie antique, un nouvel idéal apparaît dans la poésie de la Perse ^ au temps où

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