‹ La poésie des OttomansChapitre 27 sur 79 · I. V. Firdousi, le Schah-natneh, trad. Mohl · texte numérisé non relu

I. V. Firdousi, le Schah-natneh, trad. Mohl

les vaillants Sassanides délivrenc Tlran de la domination des Parthes, ancêtres des Turcs selon Hammer. Behramgour remplace Roustem dans les imaginations, Behramgour qui ne saurait être surpassé comme cavalier intrépide, chasseur ardent, amant aux sentiments délicats. Schirin est alors l'idéal de la femme.

Les amours du roi de Perse , Khosrou II, surnommé Parviz, avec une chrétienne, rappellent le mariage du terrible Ali-pacha avec Vasiliki. Il n'est pas étonnant que la poésie se soit emparée de la vie de ce -souverain ; car elle est si naturellement dramatique que l'imagination n'a pas beaucoup de frais à faire pour y trouver tous les éléments d'un intérêt très-vif. Un prince qui succède à un père détrôné et qui est bientôt lui-même obligé de s'enfuir de son pays ; un banni qui trouve, dit-on, dans l'exil un amour dévoué; un adorateur d'Ahoura-Mazda auquel l'empereur orthodoxe rend la couronne ; un soldat qui connaît les enivrements du triomphe et les angoisses des revers ; un monarque puissant, un « roi des rois » qui meurt de faim dans une prison comme un vil criminel, un époux auquel sa compagne ne veut point survivre: tel est le sujet que présente le règne dramatique de Khosrou. .

So LA POESIE DES OTTOMANS.

Il est certain que peu de temps après son rétablissement sur le trône de l'Iran, Khosrou avait épousé une chrétienne, nommée Sira ou Schirin, dont il était éperdument amoureux. La loi de Zoroastre et la coutume des Perses interdisaient de pareilles. unions. Cette Schirin était-elle véritablement la fille de Maurice, empereur d'Orient > Irène (Irini), que d'autres nomment Marie, estelle devenue la Schirin des poètes } Comme les rois de Perse pratiquaient la polygamie (l'héroïne Gourdieh « généralissime » était une des femmes de Khosrou), l'identité des deux personnages n'est point établie . L'historien Mirkhond dit que Schirin était esclave d'un seigneur persan, et que Khosrou, qui ne régnait pas encore, en devint fort épris. Il lui donna son anneau qui devint pour elle un arrêt de mort, car son maître ordonna qu'on la précipitât dans l'Euphrate. L'exécuteur de ces ordres impitoyables, attendri par les larmes et la beauté de la jeune esclave, se contenta de la pousser sur le bord du fleuve et elle put se sauver facilement. Après avoir vécu plusieurs années cachée chez un solitaire, un jour que des soldats passaient près de sa retraite elle chargea un de ces hommes de porter au prince l'anneau qui lui avait été si fatal.

Or Khosrou était maintenant assis sur le trône du « roi des rois » . On lui mit, dit un des poètes ottomans qui ont chanté ses amours avec Schirin, la couronne royale de Perse sur la tête et on lui donna le surnom de Parviz^, parce qu'il « ravissait les esprits et les cœurs de tous ceux qui le regardaient ^ » . Khosrou récompensa le messager avec une munificence digne du grand roi et envoya une nonibreuse escorte pour lui amener celle dont le souvenir ne s'était jamais effacé de son âme.

Quoi qu'il en soit de la vérité de l'histoire racontée par l'écrivain persan, il est certain que Khosrou voulut éterniser par de nombreux monuments l'amour que Schirin lui avait inspiré. Ferhad, un de ses généraux, chargé de cettejtâche, y. mit une telle ardeur que les Perses, reconnaissant l'amour dans un zèle pareil, ont regardé Ferhad comme le rival de son souverain. Les poètes ne pouvaient manquer d'adopter cette

- I, II existe tant'd'étymologies du surnom de Parviz qu'il est difficile de dire quelle est la meilleure.

a. Charmant, jeune et traînant tous les coeurs après soi.

• On sait que la cour de Louis XIV lui appliquait ce vers de Racine. .

sa LA POÉSIE DES OTTOMANS.

supposicion qui permettait d'opposer l'amour d'un simple mortel à la passion du « roi des rois». Aussi Mir Ali Schir, le poëce célèbre de Hérat, dit que, quoique Khosrou ait été un des princes les plus heureux de son pays, qu'il ait surpassé tous ses prédécesseurs enpuissance et en richesses, il éprouva néanmoins les deux plus grands malheurs qui puissent arriver à un homme sur la terre. Le premier est qu'étant éperdument amoureux de Schirin, elle n'eut jamais pour lui d'inclination et qu'elle lui préféra Ferhad, assez heureux pour être aimé de la plus belle personne qui fût alors sous le ciel. Le second est qu'étant sommé par Mohammed d'embrasser la religion du vrai Dieu, il préféra le culte du feu et des astres, manière d'agir qui fut la cause de tous ses malheurs.

En effet, les épreuves subies par Khosrou au commencement de son règne devaient se renouveler. Les chrétiens allaient sortir de leur torpeur pour faire un puissant effort contre la Perse, et une religion nouvelle, l'Islamisme, se préparait à adresser aux disciples de Zoroastre des menaces qui ne devaient se réaliser que trop tôt. L'empereur d'Orient, Hé radius, dont M. Drapeyron a publié il y a quelques années une savante his-

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toire', se réveilla comme d'un rêve quand les Perses s'emparèrent de Jérusalem et de la vraie croix. Il attaqua Khosrou avec tant de vigueur que celui-ci fut forcé de s'enfuir dans la Susiane avec Schirin, le fils chéri qu'il en avait eu, Merdan-schah, et ses autres enfants. Pour ajouter à ses humiliations, Abdallah vint de la part du Prophète lui donner Tordre de renoncer à cette religion de Zoroastre qui inspirait tant de respect à l'Iran. Accablé par les revers et les affronts, le vaillant roi de Perse tomba malade et voulut abdiquer en faveur de Merdan-schah. Mais un de ses fils, Kobad, surnommé Shirouieh (le Siroès des Grecs), leva l'étendard de la révolte. La hauteur et l'obstination du roi, les dépenses énormes qu'exigeaient les monuments qu'il faisait bâtir (la légende célèbre son palais aux quarante mille colonnes d'argent et aux mille globes d'or qui représentaient les mouvements des astres), sa passion pour Schirin les avaient rendus aussi impopulaires l'un que l'autre. L'insurrection ayant triomphé, Khosrou fut assassiné par ordre de son fils et ses amis périrent dans les supplices. Schi

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