‹ La poésie des OttomansChapitre 34 sur 79 · V. Bousquet, De Yeddo à Paris^ dans \si Revue des Deux · texte numérisé non relu

V. Bousquet, De Yeddo à Paris^ dans \si Revue des Deux

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L'ÉPOPÉE ALLEGORIQUE. 67

nombre des Musulmans n'était que 96 à 120 millions, on convient maintenant qu'il est difficile de le mettre au-dessous de 200 millions. Assurément il est encore bien loin du chiffre énorme des sectateurs du Bouddhisme (400 millions) ; mais il n'est pas aussi éloigné qu'on le croit du nombre des chrétiens (270 millions). Le caractère remarquable de cette propagande est qu'elle ne se fait plus comme autrefois par le glaive. Cependant le jour où les missionnaires infatigables qui travaillent pour la foi du Prophète auraient triomphé dans quelque puissant empire, en Chine, par exemple, il est à peu près certain que la force viendrait à leur aide et que le monothéisme sémitique recommencerait contre l'Europe et le Christianisme les luttes du moyen âge, et cela sur un terrain où les mœurs, les tendances, les idées travaillent en sa faveur.

L'esprit qui a inspiré Fasli, semble subsister encore dans l'empire ottoman, au siècle même de Voltaire. La Beauté et l'Amour de Galib est, il est vrai, un poëme allégorique dont l'auteur a choisi le mysticisme pour Muse. Cependant, que tout est changé depuis le siècle des Souleïman P*" et des Sélim P"" ! Le temps de Sélim III n'est plus une de ces époques où les religions trouvent des

cœurs enthousiastes pour défendre contre l'ennemi de la patrie et de la foi nationale ces cropnces chantées par les poètes. Sous Louis XV, aussi, Le Franc de Pompignan balbutiait encore des poésies « sacrées » comme on l'avait fait dans les siècles catholiques, pendant que la nation n'écoutait plus que les poètes qui comme Voltaire tournaient en dérision les idées et les paladins du moyen âge. Sélim, prince éclairé et patriote, essaya comme le bienveillant héritier de l'égoïste Louis XV, de rendre quelque vie à une vieille monarchie ruinée et dépravée par de longs siècles de despotisme, endormie par la voix caressante des poètes courtisans *. Les réformes de Sélim ne devaient pas plus que les vers de Galib ranimer des cadavres. Quand Louis XVI monta sur l'échafaud, quand Sélim fut étranglé dans sa prison, il devint évident pour tous les esprits sagaces que l'ère des souverains réformateurs et des poètes mystiques était passée à rOrient comme à l'Occident de l'Europe, et que l'heure était arrivée de ces redoutables tempêtes

I. Sous Ahmed III (1703-1730), lepoëte Vehbi consacrait déjà un volume entier à chanter la circoncision des quatre fils du padischah !

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