‹ La poésie des OttomansChapitre 36 sur 79 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LUS d'un critique appartenant au monde latin s'est étonné en lisant le Paradis perdu d'y trouver des discussions sur la prédestination et le libre arbitre.

En général ces questions, qui passionnent la race germanique, n'ont pas plus d'attraits pour les Latins que pour les Slaves, et leur poésie n'aborde pas volontiers des sujets aussi peu populaires. Il n'en est pas de même en Orient, où le sentiment religieux * se révèle

I. Un recueil de poésies mystiques morales ou épiques se nomme khamsé.

8a LA POÉSIE DES OTTOMANS.

volontiers par l'étude de pareils problèmes. Des poèmes comme ceux d'Aaschik et d'Ibn Katib * sont une véritable Somme théologique 2.

L'esprit humain a toujours trouvé une grande difficulté à concilier l'idée qu'il se faisait de la divinité avec le libre arbitre. Dans le poly-' théisme gréco-romain, la sombre image de rÀvâ^xYi^ du Fatunij plane sur le trône des dieux comme sur l'humble demeure des mortels. En Asie, l'idée de la fatalité est encore plus menaçante. Dans le Mazdéisme de la Perse l'homme semble un jouet entre les deux principes qui se disputent le monde, comme cette cavale de Luther dont s'emparent tour à tour TEternel et Satan. Le panthéisme brahmanique ne dissimule jamais le peu de cas qu'il fait de la liberté humaine. Le Bouddhisme^ qui compte d'innombrables sectateurs, n'est au fond qu'un colossal athéisme fataliste ^. On pouvait croire que le jour où l'Islam s'imposa par le glaive à une partie de l'Asie, la nouvelle religion rendrait à

1. Ibn Katib ne parle pas seulement de l'histoire de l'Islam, mais aussi de ses dogmes, de sa morale, etc.

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