I . Malgré leur prétention à l'orthodoxie, les Sunnites sont
les Ottomans dés l'origine de l'empire. A mesure que les Turcs, établis loin de leur berceau, perdaient le type primitif de leur race, et que les éléments aryens se mêlaient dans leurs veines au sang touranien, leur intelligence ne pouvait rester fermée à des idées qui étaient fort étrangères aux sauvages nomades dont ils sont sortis. Mais de même qu'en France le génie de la vieille Gaule a été plus d'une fois en lutte avec l'esprit bien différent apporté dans le pays de la théocratie druidique par les invasions germaniques *, ainsi en Turquie l'antique tradition nationale, plus conforme au génie des aïeux, résistait bien mieux que dans les Etats du « roi des rois » aux audacieuses innovations propagées par la poésie des Persans et par ses imitateurs.
Un des poètes les plus estimés du temps de Mouradll, le Turcoman Amadeddin, appelé aussi Nésimi, du lieu de sa naissance, village près de Bagdad, professait les doctrines panthéistes du
fort divisés sur l'interprétation des enseignements du Prophète. L'empire ottoman ne reconnaît pourtant comme orthodoxes que quatre de ces systèmes d'interprétation : l'hannifite, le malékite, ie chaféïte et le hanbalite.
I. Voy. l'ouvrage de l'allemand Gervinus, Histoire du XIX* siècle. Introduction.
pa LA POESIE DES OTTOMANS.
scheikh Schoubli, qui enseignait, plusieurs siècles auparavant, que Tâme absorbée en Dieu se mêlait à la substance divine comme l'eau de pluie à l'eau de mer *. Livré aux légistes il fut pendu. Son frère, Schah-Khounvan, lui avait conseillé de ne pas dévoiler le secret du soufisme. Il lui avait répondu par ces vers : « L'Océan se soulève et se couvre d'écume. — Le temps, le temps s'avance, Pespace flotte, — Mon secret est déjà répandu. — Comment cacher ce qui depuis longtemps est connu de tous } — Dieu est au milieu du centre de la terre, — Le tambour bat, c'est moi qui suis Dieu! »
Kemal Oummi fut aussi pendu pour avoir oublié que les philosophes grecs eux-mêmes avaient une doctrine ésotérique et un enseignement exotérique. Temenayi, qui sous Bayezid II commit la même imprudence, n'échappa point à la vengeance du parti orthodoxe. Ce poète, pensant que chaque âme est une partie de l'être divin, avait été amené par la logique du système à soutenir la transmigration des âmes.
Si les Ottomans cédèrent moins que la Perse à la propagande du panthéisme de l'Inde, ils