Voy. Munk, La Palestine
3 . Les Zedis, restés fidèles à l'esprit de l'islamisme primitif, n'admettent pas plus le monachisme que l'invocation des saints, tandis que les Chiites l'exagèrent bien plus que les Sunnites.
ser la vie cénobitique par les éloges que rÉvangile accorde à la pauvreté. Lemonachisme envahit rislam de la même façon, et le mot dervisch (derviche), dont les Turcs se servent pour désigner un religieux, signifie littéralement t un pauvre » . '
Un poëte turc parle de la pauvreté comme aurait pu le faire quelque disciple de François d'Assise :
« Souffre patiemment ta pauvreté, ô mon âme, si tu prétends obtenir d'Allah une récompense sans fin.
ff Demeure incessamment à la porte du bon plaisir d'Allah, et tu verras qu'à la fin on t'ouvrira celle de ses plus riches trésors.
« Pourquoi déplores-tu et méprises-tu si fort ta condition, laquelle est, si tu sais le connaître, plus élevée que le ciel même ?
« Puisque la Providence t'a destiné de toute éternité le bien dont tu dois jouir en ce monde, et l'a tellement fixé que tu n'y peux rien ajouter,
ï Quitte tous les soins inutiles et indignes que tu prends pour en acquérir. »
Cette doctrine s'appuie sur une tradition affirmant que Mohammed mourant dit à son esclave Belal : « Faites de telle manière que vous arriviez pauvre, et non riche, auprès de Dieu;
car les pauvres tiennent les premières places dans sa maison. »
Si certains côtés de la vie monastique plaisent même à quelques rationalistes qui se déclarent comme M. Renan épris de « l'idéal », il est facile de supposer que le monachisme ottoman n'a pas été privé de poètes. Deux dervischs^ Osman et Hassan, comptent parmi les meilleurs poètes mystiques de l'empire des Bayezid II et à^z Mourad IIP. Osman ^, un contemporain de Fénelon et de Malebranche, parle dans ses vers de « la prière du matin » avec la conviction d'un véritable ascète. Le sentiment que nous nommons (( amour divin » est loin d'être étranger aux mystiques musulmans, qui dans leurs prières ou méditations pieuses, nomment Allah, « l'Ami » , le « Bien-Aimé », le « Tout-Bon » . Ils empruntent aussi à l'amour terrestre les expressions qui leur semblent les plus propres à faire comprendre l'intimité qui doit exister entre l'âme et son auteur. Hassan, un dervisch kalveti (solitaire) qui vivait au siècle de Voltaire, a composé des gaiels
1. Ces deux sultans ont composé des poésies mystiques — Voy. mon Histoire des poètes turcs {Rivista europea, février-mars 1877).