‹ La poésie des OttomansChapitre 44 sur 79 · Mort en · texte numérisé non relu

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9(î LA POÉSIE DES OTTOMANS.

mystiques à l'usage de ses confrères, qui attestent assez combien il avait su se préserver d'un scepticisme auquel le clergé catholique de cette époque faisait tant de concessions. Les vers qu'il dirigea contre Charles XII réfugié en Turquie montrent assez, du reste, qu'il était resté fidèle aux vieilles haines des moines ottomans, haines qui ont sans doute tant contribué aux succès de l'empire contre les Chrétiens, le patriotisme des Asiatiques ayant plutôt pour point de départ une idée religieuse qu'une conception philosophique 1.

Dans la crainte que les tendances mystiques, ' idéalisées par la poésie ne fussent pas suffisantes pour préserver de toute attaque une institution aussi contraire à l'esprit de l'islamisme, on a cru utile de donner au monachisme le prestige de l'antiquité. Les Musulmans, qui s'accordent en cela avec les Chrétiens d'Orient, le font remonter jusqu'à l'origine des temps. Les « enfants de Dieu » , c'est-à-dire la postérité de Seth, troisième fils d'Adam, qui vivait sur « la sainte montagne » , auraient donné l'exemple de la vie cénobitique,

1. Voy. pour les autres poctes mystiques mon Histoire des poètes ottomans.

et, après le déluge, un fils ou petit-fils de Sem, Melchisédech, 0 qui n'a point de généalogie », aurait été le premier ermite. Une pareille antiquité est bien de nature à faire oublier la vive répugnance que le monachisme inspirait à l'Islam primitif. Une apparence de pénitence et de misère volontaire achève de compléter l'impression produite par cette généalogie fantastique. Quoique les dervischs se distinguent les uns des autres par la couleur et la forme du vêtement, ils doivent porter une robe déchirée, le khirkhah arabe, l'habit des anciens prophètes, le pauvre costume de Moïse demandant au Pharaon la liberté de son peuple, d'où le proverbe turc ^ : « Qn ne connaît pas le dervisch par le khirkhah^. »

Quelques-uns ajoutent à ce costume un chaperon ou capuchon, ce qui fait dire à un poëte turc fort dévot, Monteki : « Nous autres dervischs qui avons la tête couverte d'un chaperon, nous ne nous soucions pas que Vhoumai^ vole au-dessus

1. Il existe plusieurs collections de proverbes turcs. Dans celle qui a été publiée par les Mékhitaristes de Venise le texte est accompagné d'une traduction anglaise.

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