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I. Ce roi de Perse est un type des monarques puissants

io8 LA POESIE DES OTTOMANS.

s'échappent plus volontiers du cœur dés poètes quand ils s'aperçoivent que tout est le jouet de la volonté, ordinairement aveugle, qui peut à son gré tout briser et tout souiller. C'est alors que la sœur de Mahmoud II, Hébetulla, s'indigne contre ce monde implacable, où le dévouement ne veut jamais servir de compagnon à l'infortune. Délibourader lui-même, un de ces poètes licencieux dont les inspirations ne se retrouvent que trop souvent dans la poésie du peuple, Délibourader, qui semblait vivre uniquement pour la musique, le café, l'opium et toutes les fantaisies de l'égoïsme le plus grossier, sait quand il apprend la mort du prince Korkoud, maudire ce monde, bourreau qui demande constamment des victimes, dont l'atroce plaisir semble être de tremper ses mains dans le sang des plus nobles et des plus purs. Il est vrai que nous sommes au temps de Sélim le Féroce. Mais sous le règne de Souleïman P^ Baki, le poëte lyrique le plus célèbre des Ottomans, Baki comblé de gloire, chanté par le sultan lui-même, Baki recommande de se garder de ce monde, de ne jamais oublier que tout est une pure illusion. Ce voluptueux franchit en courant l'arche jetée d'une vie à l'autre (le monde est, dit-il avec Délibourader, un pont entre les

deux existences), et il compare brutalement la vie à la marche d'une caravane, emportée sur le dos d'un énorme chameau, qui écrase sous ses pieds tous ceux qu'il laisse en route. Ali Vazi ne voit dans le monde, — la mer, aux flots trompeurs de Misri, — qu'un piège, qu'il faut brûler, et dont on doit jeter la cendre au brasier. Les Arabes sont plus durs encore; car un de leurs proverbes dit : a Le monde est une charogne, et ceux qui l'aiment sont des chiens. » Les théories de Misri sur le monde semblent parfaitement convenir à un poëte que quelquesuns de ses coreligionnaires accusaient de pencher vers le Christianisme et qui était ainsi menacé du sort tragique d'un savant Ottoman, Cabizi-Ajmé, décapité sous Souleïman P*" (i 527) pour avoir soutenu la supériorité de l'Evangile sur le Koran *, sort qu'un ouléma^ Ibrahim effendi, évita en allant prendre à Venise l'habit de dominicain (1697). Misri rappelle sous Ahmed II ces prophètes d'Israël accusant au nom de l'Éternel les rois et les chefs de vices capables d'attirer la colère de Dieu sur son peuple ^. Arrivé à Andri-

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