‹ La poésie des OttomansChapitre 52 sur 79 · Cantimir, Hist, de l'empire ottoman, Soliman I · texte numérisé non relu

Cantimir, Hist, de l'empire ottoman, Soliman I

2. « Ce que j'ai dit ne doit pas m'être attribué, mais à l'inspiration divine qui a formé mes paroles dans ma bou-

iio LA POESIE DES OTTOMANS.

nople à la tête d'une armée de volontaires enthousiastes, cescheikh de Brousse reproche aux grands de l'empire d'avoir les mœurs et la foi des giaours : a Nous serons vainqueurs des infidèles, disait-il, quand nous aurons une foi vive en Allah ; il faut des mains et des cœurs purs ; il faut gouverner les peuples avec justice. » Quand Ahmed II eut réussi par ruse à le renvoyer à Brousse, un orage épouvantable, suivi d'un terrible incendie dans le camp, fut regardé par le peuple et même par le padischah comme un châtiment du Ciel, et Ahmed repentant écrivit au scheikh la lettre la plus humble pour l'engager à revenir; mais ses prières furent inutiles. « Il n'est pas possible, dit Misri, que je retourne à Andrinople ; l'esprit qui m'avait excité à y aller ne me permet pas de faire un second voyage. » Ces faits seuls donnent une idée de l'influence exercée sur les masses par les Ottomans qui unissaient Fexaltation religieuse à l'enthousiasme des poètes. Ils se nommaient eux-mêmes, comme Misri, « des gens revêtus de la force de la Loi et des préceptes du Koran, »

che, » C'est ainsi qu'il s'exprimait à Andrinople. (Cantimir, Achjnet IL)

LA POESIE RELIGIEUSE. m

Il sembleraic qu'un aussi zélé défenseur de rislam ne dût jamais paraître suspect. Cependant il n'en fut pas ainsi. Les vers suivants du chantre élégant de la solitude, qui parurent trop favorables au dogme de l'Incarnation et au Christ, donnent une idée du style de certains poètes mystiques de rislamisme, qu'on dirait emprunté aux Sibylles * :

ff Je suis celui qui connaît les secrets de l'entendement humain. — Je tiens le compte des trésors de justice; je suis la vie du monde. — En moi est renfermé tout ce qui est caché et le mystère des choses cachées. — A moi est confié le mystère et j'en suis le riche possesseur. — J'ai vu la beauté divine plus à découvert que nul autre : — C'est pourquoi, lorsque je contemple ce spectacle, je suis ravi de joie. — Tout ce qui est au ciel et sur la terre m'est , assujetti. — Je suis le sceau très-excellent des choses visibles et invisibles. — J'ai donné ma propre et unique substance pour toutes les créatures 2. — Je suis

1. V. -Delaunay, Moines et Sibylles dans l'antiquité jtidéo^ grecque >

2. Cantimir et ceux qui adoptent son interprétation voient dans ce vers la Rédemption et dans ceux qui précèdent l'Incarnation. Le reste du morceau exprimerait l'union du poëte avec Jésus comme lumière du monde. Dans un autre système de traduction, qui s'attache bien moins à la lettre

toujours avec Jésus ec en perpétuelle union avec lui. — Je suis ce Misri qui a été roi de mon corps à Misri K — Mon oracle, quoique profond, contient dans son interprétation secrète un mystère éternel. — En noms divins ma connaissance est infinie. — Je ne respire que pour avancer dans les sciences célestes. — Dans le ciel de mon cœur il y a des étoiles sans nombre. — Dans chaque zodiaque^ je compte mille soleils et mille lunes. — En comparaison de ces choses-ci, la connaissance du ciel empyrée et des autres orbes doit être méprisée. — Puisque j'ai aussi sur la terre des essences durables, j'ai honte d'être maître de l'alphabet des mondes. — Mais cependant je prise cet alphabet, qui esc très-peu estimé. — Car en lui, existe l'accord de Jésus et de Misri. — C'est pourquoi ma volonté n'a rien et ne manque de rien ^. »

— à tort, à mon avis, — le Verbe incarné parlerait jusqu'à la fin et le vers sur l'Egypte serait une allusion à sa fuite dans ce pays.

1. Misri, élevé au Caire, en avait gardé le nom. Cette ville a donné son nom à l'antique Egypte (Misraïm). Telle est l'interprétation de Cantimir. Il y a peut-être un rapprochement entre ce fait de la vie du poëte, qui prend ici la parole, et l'éducation du fondateur du christianisme en Egypte.

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