‹ La poésie des OttomansChapitre 54 sur 79 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

N ne trouve pas dans le mysticisme ottoman les tendances pacifiques du Bouddhisme hindou qui, se propageant parmi les peuples de race jaune, a si profondément transformé les fils des soldats de Djinghis-khan et de Timour-leng, jadis la terreur du monde. Si Misri veut que ses frères, avant d'aller combattre les « polythéistes i» fassent régner la justice et les bonnes mœurs dans les Etats du padischah^ il ne conseille nuUe-

I. C'est ainsi que les historiens ottomans, particulièrement l'auteur de la Couronne des chroniques^ nomment les adorateurs de la Trinité.

ii8 LA POESIE DES OTTOMANS.

ment de transformer les cimeterres en socs Âe charrue. La société musulmane est une société éminemment guerrière, et sa morale est celle de soldats qui se croient, comme les Perses, adorateurs d'Ahoura-Mazda, destinés à propager « la bonne loi » parmi les nations infidèles.

La prière de Mourad II à la bataille de Varna (1444) donne l'idée la plus exacte de pareilles dispositions. Un historien ottoman * rapporte que les « troupes des giaours étant innombrables », l'armée musulmane plia, que le découragement s'empara des soldats et qu'un grand nombre de lâches s'enfuirent avec précipitation du champ de bataille. Mourad seul, entouré des officiers de sa cour et des « beys mûris par l'âge, » resta « ferme et inébranlable comme une montagne » au milieu de la déroute de son armée : « O Allah, s'écria-t-il les yeux

X. En parlant de Mohammed II et de la prise de Constantinople, il s'exprime sur le compte des Chrétiens comme au XVI* et au xvii« siècle on aurait parlé des catholiques parmi les protestants : « Les églises de Constantinople furent dépouillées des idoles qui les souillaient : elles furent purifiées des impuretés chrétiennes... Ce séjour enchanté, qui avait été tant d'années rempli d'insectes et de reptiles, devint, par la grâce du Créateur, la demeure des unitaires. » On croit entendre Cromwell et ses « côtes de fer.»

baignés de larmes, daigne en faveur de tes serviteurs, qui travaillent sans cesse pour la gloire de la religion, de tes guerriers qui, pour la foi, se résignent à la mort, en faveur du prince des prophètes, la plus excellente des créatures, daigne, dis-je, ne pas permettre que les légions de la foi soient foulées aux pieds par l'armée de l'erreur; rallie tes serviteurs, et vérifie aujourd'hui cette sentence qu'on lit dans ta parole : « Je me fais un devoir d'accorder la victoire aux croyants ^. » Ah! ne laisse point triompher l'impie roi de Hongrie, livre-le plutôt en proie au poignard de la vengeance, et que les fidèles séparent sa tête de son corps! Arrête le succès passager des mécréants ; renverse le drapeau de l'irréligion, et que les Musulmans ne soient pas humiliés par une défaite... tu es mon seul refuge et ma seule espérance 2. »

Ces sentiments n'ont pas autant qu'on le croit perdu toute influence sur les soldats ottomans. Un ancien militaire qui a visité le camp d'Osmanpacha pendant la guerre de 1 876, n'a pas tardé à

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