Koran, Surate, XXX, v
2. Saadeddin, La Couronne des chroniques, trad. Garcin de Tassy.
lao LA POESIE DES OTTOMANS.
constater que la masse de l'armée est restée fidèle aux vieilles traditions. « Les troupes régulières sont bonnes, excellentes *, écrivait-il à la Correspondance autrichienne ^j le soldat est animé d'un véritable enthousiasme, l'enthousiasme religieux 3; car c'est pour l'Islam qu'il se bat, non pour la patrie », idée nouvelle pour laquelle il a fallu forger un mot afin de se conformer aux opinions occidentales. « Le soldat va au feu comme au moyen âge, en criant : Allah! Allah! » C'est ainsi que cet observateur exact * explique la bravoure, la résignation, la persévérance de soldats qui manquent de tout, de vivres, de tentes,
I. « Les Turcs, dit le Times de 1876, après avoir parlé de tous leurs défauts, sont bons soldats, ils sont braves ; leur indifférence pour les privations et le mépris de la inort les élèvent fort au-dessus de leurs sujets levantins. » Cette assertion est bien loin d'être vraie pour tous les sujets de l'empire. Les Albanais, par exemple, sont les premiers soldats de l'Orient.
a. On trouvera la traduction de cette curieuse lettre dans le Journal des Débats d'août 1Q76.
3. « L'armée turque, dit le principal des journaux anglais, quoique formée dans un milieu social en décadence, est animée d'un enthousiasme religieux qui a résisté aux idées du monde moderne. » {Times du 10 août 1876.)
4. Au temps de la Révolution on voit encore la noblesse française, les Vendéens, etc., se battre pour le pape et le roi contre leur pays.
LA POESIE GUERRIERE. lai
d'ambulances, tant les gouvernements despotiques ont souvent peu de souci des gens qu'ils envoient à la mort ! L'officier, dont l'esprit est plus ouvert aux influences étrangères, est, il est vrai, « sans enthousiasme ». Inutile de dire qu'il ne s'agit pas ici des bachi-hoiouks ^ hordes à l'aspect sauvage, qui songent plutôt à piller qu'à défendre l'Islam et la dynastie d'Osman.
Les Tyrtées ne sauraient manquer à des hommes qui font de l'existence une vraie bataille et qui n'ont le droit de se reposer que dans les délices du paradis, conquis par leur vaillance. Mourad II, Mohammed II, Bayezid II, Souleïmau I*', Mourad IV, aussi lettrés que braves, auraient pu chanter les exploits des vaillants soldats qu'ils conduisaient à la victoire, car au temps des triomphes de l'empire et des succès des meilleurs poètes, le padischah,^ chef de guerre comme ses rudes aïeux^ était bien loin d'être une sorte d'idole,, vénérée au fond d'un palais par un vil troupeau d'eunuques et d'odalisques. Il apprenait dans la vie des camps à rendre justice à ceux dont ses indignes héritiers sont devenus impuissants à contenir la turbulence, et dans lesquels ils ne devaient voir qu'un obstacle. Le despotisme même de Sélim I**" se résignait à supporter les défauts et
laa LA POESIE DES OTTOMANS.
les prétentions de compagnons d'armes indispensables à la défense de l'empire.
Mohammed Thalii, secrétaire des janissaires sous Sélim, est un type assez complet de ces poètes, épris de la franchise militaire, dont les vers ne produisaient pas toujours un agréable murmure aux oreilles des sultans. Thalii était un ardent admirateur des janissaires *, corps institué par Ourkhan I", fortifié par Mourad I^ et par Bayezid I*', béni par le célèbre thaumaturge, le dervisch Hadji Bektach, fondateur d'un ordre de moines mariés, voyageurs et poètes qui doivent un gaiel et Vesma^ à tous ceux qu'ils rencontrent et dont la manche devint la bizarre coiffure de ces troupes redoutées. L'infanterie des janissaires, formée principalement de jeunes gens pris à la guerre ou arrachés aux familles chrétiennes de l'empire ^, tout en devenant la terreur des voisins de la Turquie, conserva sous le drapeau