Épitre aux Romains i
matisés par l'apôtre de la façon la plus solennelle, comme Moïse et le Christianisme l'avaient fait avant lui. Il faut accuser une de ces déplorables tendances qui ont été souvent si funestes à l'Asie*, qui semblent vraiment tenir de la monomanie et qui ont précipité la décadence de cet immense continent, peuplé de plus de huit cents millions d'êtres humains, berceau d'une civilisation si antique et théâtre d'événements dont le souvenir ne s'effacera jamais de la mémoire des hommes. Tant que la jeunesse des deux sexes de l'empire ottoman n'aura pas de meilleur enseignement que le théâtre populaire de Karagheuz^, des soldats dont la bravoure rappelle encore souvent celle de leurs pères, verseront en vain leur sang sur les champs de bataille. Quand un ennemi dont chaque coup est mortel ^, s'installe au cœur de la place, il est assez inutile d'aller en chercher de bien moins redoutables à la frontière. Un grand vizir alba-
1. « La prostitulion sous toutes ses formes marche encore le front levé dans des mêmes cités où elle trônait autrefois. Elle désigne ses victimes dès l'âge le plus tendre, etc. » Matthieu, Les Peuples de la Turquie.
2. V. dans Matthieu l'analyse d'une pièce de cet étrange théâtre.
}. Docteur Virey, Histoire naturelle du genre humain.^— Virey est ici l'écho de tous les physiologistes.
nais, Moustapha Kœprili, le comprenait si bien qu'il commença par chasser de son camp tous ceux qui propageaient le fléau de la débauche parmi ses soldats * et par menacer de mort ceux qui n'obéissaient pas.
Il ne suffit pas de faire la part des vices, les opinions ont aussi leur responsabilité. L'idée si étroite que les Asiatiques se font de la destinée de la femme et de son rôle dans la famille comme dans la société, la polygamie et les désordres sans nombre qui en sont la suite, permettaientils à l'empire ottoman de se développer d'une manière normale et de se constituer solidement } En consultant les poètes nous saurons facilement ce qu'il faut en penser.