‹ La poésie des OttomansChapitre 68 sur 79 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

US qu'a présent nous avons vu les mystiques et les épicuriens se disputer les intelligences qui sont comme la droite et la gauche parmi les moralistes, sans parler de l'extrême droite, les fanatiques, et de Fextréme gauche, les débauchés. Mais il y a dans tous les pays des gens donc la devise est que la vertu est dans le juste milieu, « in medio stat virtus » . Ils n'ont pas manqué de prendre de l'importance en Turquie dès que les circonstances sont devenues favorables. Là comme ailleurs l'ardeur religieuse, en se calmant de plus en plus, esc facilemenc remplacée par une morale donc la

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principale préoccupation semble être d'éviter les extrêmes, une morale que nous nommerions bourgeoise. Ce mot, du reste, convient mieux à l'empire ottoman qu'on ne serait tenté de le croire. Si l'on excepte quelques provinces, par exemple, la rude Bosnie, et la vaillante Albanie, où les conquérants n'ont pu déraciner l'esprit aristocratique, la Turquie jouit de l'égalité la plus complète sous un maître absolu. A mesure que s'éteignaient les familles qui avaient joué un rôle important dans la conquête et que le caprice des sultans appelait aux plus hautes fonctions des hommes sortis de l'obscurité, cette égalité devenait de plus en plus la règle d'une société où tendaient à disparaître, avec les aspirations hardies du mysticisme, les passions belliqueuses des jours de luttes et de batailles.

On serait porté à croire que le mahométisme ne se prêtait nullement au développement d'une morale philosophique, puisqu'il a pour base le fatalisme. Mais, pour ne citer qu'un exemple, nous avons vu en Europe les écoles protestantes du XVI* siècle, qui regardaient le f serf arbitre » et la prédestination absolue comme la vraie doctrine de saint Paul, donner à la morale une importance hors ligne. Il n'est pas nécessaire d'exa-

miner ici les motifs qu'on a mis en avant pour rendre raisoti de théories si difficiles à concilier 1. La foule ne se préoccupe nulle part de ces difficultés. Cantimir déclare que toutes les fois qu'il a essayé d'appeler sur ce sujet l'attention d'un Ottoman, il a pu se convaincre qu'il était aussi attaché au libre arbitre qu'à la prédestination absolue. La liberté morale existe, — disent naïvement les Turcs, « afin que les infidèles et les Mahométans qui ne sont pas de bons musulmans n'aient pas de quoi s'excuser au jugement dernier^, v

Cette idée de jugement dernier exerce autant d'influence sur la manière d'agir des Turcs que sur leurs opinions. Un. ornement du grand règne de Souleïman I""", le plus célèbre de ceux qui ont été chargés des hautes fonctions de scheik-uU islam^ Abou-Sououd, surnommé la Colonne, déclare dans ses vers que le jour de la mort devrait être considéré comme le plus heureux de tous, s'il n'était pas suivi du jugement. Ces vers donnent une idée du peu d'attachement que ce moraliste austère avait pour la vie et pour un monde

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