‹ La poésie des OttomansChapitre 72 sur 79 · V, Sédillot, Histoire des Arabes · texte numérisé non relu

V, Sédillot, Histoire des Arabes

2. Defter allathatf, livre de bons mots. — Mélange de vers et de prose.

vers qui ne donnent qu'une assez médiocre idée des lettrés. Ces vers affirment que « les gens de, lettres se sont rendus méprisables par leur avarice » et « qu'ils ne s'assemblent jamais que pour se faire valoir ou pour décriei; les autres ». Mais Trissotin et Vadius, si bien peints par Molière, n'étaient-ils pas des portraits de poètes du siècle de Louis XIV x^ Quoi qu'il en soit de la valeur des épigrammes contre ceux qui cultivent la littérature, les travers des individus n'ont joué qu'un rôle secondaire dans la ruine des études. Si l'on en croit l'auteur du Raoudh al akhiar (le jardin des gens dé bien), on est convaincu depuis longtemps parmi les musulmans que Mohammed aurait prédit que son peuple périrait par le triomphe de l'ignorance, par l'avarice, c'est-à-dire par le défaut de lumières et la prédominance des passions égoïstes. Arabes, Persans et Turcs ont cependant redouté longtemps les dangers de l'ignorance, puisqu'ils employaient le ridicule et le raisonnement pour en faire comprendre à leurs compatriotes les inconvénients et les périls. Un Persan dit que le portier d'un ignorant peut répondre à ceux qui demandent son maître : « Il n'y a personne à la maison. » Lamii, dont l'influence a été si grande dans l'empire ottoman, n'épargne

pas davantage les ignorants : « Si un ignorant, dit-il, reconnaît en lui une seule vertu, il croit en avoir cent, et s^il a d'ailleurs mille imperfections, il n'en aperçoit aucune. Lorsqu'il considère quelque excellent homme, s'il remarque en lui quelque défaut, il lui semble qu'il en a mille*. » Ce poète spirituel, parlant des plaintes d'un ignorant qui avait logé chez lui un lettré, s'écrie : « Les rochers attestent par leurs échos que les airs d'une voix agréable les touchent. Les tulipes et les roses se déchirent au gazouillement des oiseaux. Les chameaux eux-mêmes se réjouissent des chansons de leur chamelier. Il faut être plus dur qu'une pierre, et plus abruti qu'un animal pour demeurer insensible à la poésie et à la musique. »

Au XVII* siècle, ces traditions avaient encore conservé une puissance réelle. Nabi a composé alors sur les études de son fils des vers qui contiennent de curieux renseignements sur la manière dont un esprit cultivé de cette époque comprenait le difficile problème de l'instruction ^.

Nous nous figurons volontiers que les conqué-

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