Livre de bons mots
2. On doit à M. Pavet de Courteille une traduction des Conseils àz Nabi (Paris, 1857).
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rants de l'empire byzantin avaient les mêmes idées que les vainqueurs des empereurs d'Occident, restés si longtemps et si honteusement illettrés. Mais dans toute religion où la règle de foi est un livre et non l^autorité d'une église, un certain degré d'instruction est nécessaire. Le nom même des oulémas (savants), qui sont moins une corporation sacerdotale qu'une classe de lettrés, fait assez comprendre que la science n'était point réduite à une tâche trop modeste. Pourquoi aurait-on senti la nécessité de prêcher à l'esprit humain sa faiblesse dans un système religieux qui n'admet point de mystères^ Cette absence de mystères oblige nécessairement à envisager la vie d'une façon particulière. Ainsi Nabi regarde le travail comme l'accomplissement d'une loi d'Allah. Évidemment cette loi ne saurait être un châtiment comme dans la doctrine qui admet la déchéance primitive; elle est, au contraire, une règle salutaire faite pour le bonheur aussi bien que pour le salut de l'homme. Parmi tous les genres de travaux dont l'homme est capable, il n'en est pas de plus noble que l'étude, qui élève l'intelligence, rend la vie honorable, préserve des maux sans nombre qui sont le cortège de l'ennui. Comme un poète romain. Nabi constate
qu'elle adoucit les mœurs ; comme le plus grand orateur de Rome, il affirme qu'elle est la vraie consolation des sombres années de la vieillesse, temps où toutes les satisfactions de la vie semblent, en abandonnant celui qui s'incline vers la tombe, le livrer à l'isolement et à la tristesse. Il oppose au tableau des avantages de Pétude la déplorable condition de Tignorant, que ses grossiers plaisirs ne parviennent pas à soustraire à Tennui, à la satiété et au dégoût même de l'existence.
Un Musulman doit commencer par étudier le Koran et par apprendre l'arabe, langue dans laquelle le saint livre est écrit. Quand on sait combien est riche la littérature arabe, on comprend quelle heureuse influence devait avoir l'étude de cette langue. Les Ottomans studieux apprenaient aussi le persan, langue dans laquelle ont été écrites tant d'oeuvres remarquables *.
Il faut joindre à la connaissance du Koran l'étude de la jurisprudence qui en dérive, comme chez les Juifs elle avait pour base le Pentateuque. Par là Nabi entend sans doute les quatre grands
I. Il suffit pour s'en convaincre de lire les savants ouvrages qu'un érudit autrichien, le baron de Hammer, a fait paraître sur l'histoire des belles-lettres en Perse (Vienne, 1818) et sur la littérature arabe (Vienne, 1850-57).
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commentateurs sunnites, qui ont tiré du livre sacré la législation ottomane. Il semblerait au premier coup d'œil que tant de commentaires ne sont pas nécessaires pour l'explication d'une loi. « Mais la pensée humaine, dit M. Vacherot *, a prise sur les textes les plus précis. » Il suffit de savoir quelle différence existe entre la manière dont un Français, un Anglais et un Hellène expliquent la législation évangélique du divorce pour se rendre compte du peu d'accord qui existe dans l'interprétation de la loi donnée par Mahommed à ses disciples. Quoi qu'il en soit de la valeur des commentaires, Nabi pensant que « qui terre a, guerre a », recommande à son fils l'étude de la jurisprudence; parce qu'elle est le meilleur moyen pour confondre l'audace des fourbes et pour défendre les honnêtes gens. Cepoëte est un moraliste pratique qui peint la vie et les hommes tels qu'ils sont sans essayer de les idéaliser. Si l'étude recommandée par Nabi pouvait rendre des services aux individus, elle devait être fort nuisible à la société ottomane. Toute loi qui a pour principe un texxe regardé comme révélé sera toujours une sorte de droit canonique, inca-