I . Histoire de l'école d'A lexandrie
pable de développement. Si le droit romain est tellement supérieur au droit musulman, il faut l'attribuer à son caractère de « raison écrite » . Lu logique est aussi fort nécessaire, dit notre poëte; car la rectitude des jugements influe sur la droiture des actions, et celui qui apprend à saisir les côtés faibles d'un sophisme est plus capable qu'un autre de trouver la bonne voie dans la confuse mêlée où s'agitent, aveuglées par l'erreur, ou dominées par les passions, les existences humaines. La logique d'Aristote et celle du célèbre médecin arabe Ahou-Ibn-Sina (Avicenne) étaient celles dont se servaient les contemporains de Nabi. On sait que sous Napoléon III la logique était devenue aussi fort à la mode, et un cours de logique avait remplacé dans les collèges les cours de philosophie devenus suspects à l'orthodoxie impériale. Même en Turquie, toute philosophie ne serait pas admise sans difl[iculté, et le poëte Gazali, dans le Préservatif des erreurs y se montre aussi défiant que les ministres chargés par l'empereur des Français de diriger l'opinion publique. Il est facile de dire du mal de la philosophie. Mais les peuples qui ont exercé une influence exceptionnelle sur notre espèce, les Hindous, les Grecs, les Allemands, ont eu au
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plus haut degré le génie philosophique. Privée de ce génie, la famille turque était comme d'autres nécessairement condamnée, malgré ses victoires, à un rôle secondaire.
Pour la physique et l'histoire naturelle n'existent pas les mêmes inquiétudes que pour la philosophie. Elles semblent à Nabi propres à élever l'intelligence, en faisant connaître les lois qui gouvernent notre globe et les êtres qu'il nourrit. Aristote et Pline, qu'ils avaient traduits et donc l'autorité restait subordonnée à celle de la révélation\ étaient alors les guides des Ottomans. Longtemps l'Europe n'a pas eu d'autres maîtres. Mais quand elle a vu naître les créateurs de la science moderne, elle n'a pas tardé à laisser trèsloin derrière elle les nations musulmanes, restées étrangères au mouvement gigantesque qui tend à assurer à l'esprit la domination de la nature. Malgré le double sens du mot vates. Nabi n'est point prophète, et il est clair qu'il n'a nullement deviné le rôle sans égal réservé à la science. Pour lui, comme pour les autres poètes de son
I. Gantimir dit que son professeur de turc, très-savant homme et bon astronome, lui dit qu'il ne tenait nul compte des lois de Tastronomie dans un cas où elles étaient inconciliables avec un miracle attribué à Mohammed.
L'EDUCATION ET L'INSTRUCTION, ipi
pays, la poésie est le sommet des connaissances que l'homme peut atteindre, et à ses yeux rien en ce bas monde ne peut être comparé à Técrivain qui fait des vers, idée qu'il ne serait pas difficile de retrouver chez plus d'un poëte français du XIX* siècle, par exemple, chez Alfred de Vigny, qui n'a pas emporté sa théorie dans la tombe.
Cette illusion a souvent pour point de départ chez les individus, comme chez les peuples, une médiocre aptitude scientifique, tempérament intellectuel dont les inconvénients seront de plus en plus graves pour certaines races à mesure que la science prendra la direction du monde civilisé, de la guerre comme de l'agriculture, de l'industrie comme de l'administration. Don Quichotte quand, furieux, il jette à l'eau les armes à feu, agit comme un vrai chevalier, qui n'entend pas que la vie des braves dépende de pareilles inventions. Mais toutes ces protestations ne sauraient maintenant empêcher la science de décider du sort des batailles et du destin des peuples. Dans une pareille situation, les Ottomans doivent s'effrayer en voyant que dans les études qui exigent la faculté d'abstraction, leur jeunesse se heurte si facilement aux éléments mêmes. S'ils ont quel*
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que goût pour les travaux mécaniques , ils sont incapables de cet effort et de cette suite qui peuvent seuls produire un mécanicien habile et actif. Chez eux la serrurerie, la charpenterie, la menuiserie, la maçonnerie, etc. , sont au plus bas degré. L'indolence et la paresse, mère de tous les vices, l'amour du jeu, la saleté i, la mendicité, engendrent « la débauche de la pire es^pèce ^ » . On sait que nous devons aux poëies satiriques, comme aux auteurs d'épigrammes, les plus curieux détails sur la décadence de l'empire romain. Les détails ne manquent pas non plus dans la poésie ottomane.
1. On sait que dans les villes turques des bandes de chiens semblent chargées de la voirie, au grand détriment de la santé publique.
2. Impressions mêmes du Times de 1876, qui regarde les Ottomans comme incapables de s'initier efficacement aux sciences modernes.