I. Grand juge des armées
jamais d'Allah, quand il vous donne des magistrats fâcheux : Si vous voulez détourner ces fléaux de vos têtes, changez d'abord vos mœurs, et demandez incessamment dans vos prières que la volonté d'Allah s'accomplise. Il ne faut pas croire qu'en vivant comme vous faites, vous puissiez jamais obtenir d'Allah ce que vous lui demandez : soyez gens de bien et il exaucera vos prières; car il est indiscutable que si vous agissez bien, on vous traitera bien, Allah pour l'ordinaire n'envoyant point d'afflictions aux hommes qu'ils ne les méritent et qu'ils ne se les attirent euxmêmes par leurs dérèglements. »
Il paraît que les cadhis sont assez disposés à se considérer eux-mêmes comme des instruments divins destinés à châtier les peuples et à réveiller dans leur âme des sentiments orthodoxes. En effet, on raconte qu'un cadhi qui allait prendre possession de sa charge logea chez l'habitant de la ville qui devait être son lieutenant. Celui-ci, après l'avoir accueilli avec tous les égards dus à un supérieur, crut pouvoir lui demander son nom : « Dans tous les lieux où j'ai exercé mes fonctions, répondit le juge, j'ai passé pour un homme si redoutable qu'on me connaît sous le nom d'Azraël Cadhi. » L'association du
nom de Tange funèbre qui sépare l'âme du corps avec celui d'un cadhi ne semble nullement surprendre le questionneur. — « Moi, dit-il, on me nomme ici Schéitan (Satan) et nos noms s'accordent admirablement. Le peuple de cette ville est fort méchant et n'a aucune crainte d'Allah. Nous travaillerons d'accord, vous à leur arracher Pâme du corps et moi à les désespérer. Autrement nous n'en viendrions jamais à bout! »
Sous Louis XÏV les gens de lettres, encouragés par leur succès, commencent à devenir moins maniables. De même sous le règne de Souleïman P'' les poètes sont assez disposés à diriger quelque épigramme contre les grands personnages dont ils n'ont pas lieu d'être satisfaits. Roustem-pacha, grand vizir de Souleïman, était fort hostile aux poètes, qui se vengèrent de son dédain par mille traits épigrammatiques. Loufti-pacha , qui fut aussi grand vizir, quoique jurisconsulte et historien distingué, n'avait pas plus de goût pour la. poésie. Lorsque le traducteur d'un livre célèbre, venu de l'Inde, lui fit hommage du travail^ qui lui avait coûté vingt ans de travaux, il manifesta