CARACTÈRE DE LA POÉSIE OTTOMANE
A poésie turque, née parmi les nomades, a changé nécessairement de caractère avec le développement de la civilisation. Dans le Turkestan, la vie errante et la vie agricole se font encore équilibre, et le bandit des steppes a une autre manière d'envisager l'existence et l'univers que les habitants de Khiva, amie des poètes, de « la noble Bokhara » , de Samarkand « qui ressemble
au paradis* », cités qui ont été pour ces contrées le foyer d'une vie intellectuelle et politique qui tend chaque jour à décroître dans l'Asie centrale. Chez les Ottomans, quoique les sultans n'aient pu transformer" les habitudes des Turcomans qui errent dans leur vaste empire, la vie nomade devait être enfin subordonnée à la vie sédentaire, et la poésie ne pouvait éviter de subir une dernière transformation, tr.ansformation qui était en voie de s'accomplir dans les États seldjoucides et qui aurait produit tous ses résultats s'ils avaient réussi à se consolider.
Dans la nouvelle situation que les conquêtes des Ottomans leur ont faite, les poètes turcs ont été exposés au danger que d'autres ont courus dans des situations analogues, l'imitation des grandes littératures étrangères. Les Touraniens n'ayant point créé de système religieux digne de ce nom, ont emprunté leur théologie à la race sémitique ou à la race aryenne. Comment les lecteurs assidus duKoran auraient-ils pu ignorer la littérature arabe et la connaître sans être tentés de l'imiter? O^ sait quelle action d'autres Sémites, les Juifs, ont exercée par leurs livres sacrés sur les Aryens