‹ La poésie des troubadoursChapitre 10 sur 60 · TROUBADOURS ET JONGLEURS · texte numérisé non relu

TROUBADOURS ET JONGLEURS

Une autre opinion également accréditée et contre laquelle nous avons à nous inscrire, considère les troubadours comme les véritables poètes, ctles jongleurs comme leurs serviteurs. Il n'est pas rare que les poètes les plus éminents, les plus considérés soient appelés du nom de jongleurs. Raimbau de Vaquciras, troubadour de noble extraction, favori du marquis Boniface de Montferrat qui lui avait conféré la cbevalerie, se donne à lui-même cette dénomination (1). Non moins fréquemment les mots troubadours et jongleurs, sont employés comme synonymes. Peire d'Auvergne, dans l'exorde d'une poésie satyrique, déclare la diriger contre certains troubadours et désigne plusieurs d'entre eux sous le nom de jongleurs (2), ce que le moine de Montaudon fait à son exemple, dans 1'imilaliou de cette même satire (3). Pour éluder la

(1) Et os razos, qu'en mi podetz trobar

TesUmoni, cavalier e jocglar. II. 988.

(î) Cha nttroi d'aquetz Irnbador»

Hus loinlo poète dit.

E'I quartz de Briva 1 Lernozis L's joglarcii pus prezontis. . .

K'I seizes Y Elias Gaiuraars, «Ju'es cawers c-s foijopdiiv. IV. £>7.

PjJ Vojcz la pièce IV. 30K,

contradiction, on insinue que les jongleurs se mêlaient quelquefois eux-mêmes Je poétiser (1). Nous n'avons que faire de cette explication palliative , car la solution du problème se laisse ramener à une régie. On appelait jongleurs tous ceux qui faisaient de la poésie ou de la musique un métier. Cette définition est motivée par la requête de Guiraut Riquier, citée plus haut, et dont l'objet n'est autre que la coutume inconvenante, mais généralement adoptée dans la France méridionale, d'appeler indistinctement jongleur, sans égard au talent, tout poète, chanteur ou musicien faisant de son art une profession lucrative : « Tous ceux-là, dit Guiraut, sont appelés jon- » gleurs, et cela mesembleun grandabus de langage(2).» C'est encore par allusion à cet usage que Sordel s'écrie dans une satire contre Brémon : « Il a grand tort » de m'appeler jongleur; car il va chez les autres et les » autres viennent à moi. Je donne sans cesse et il prend sans » donner. Tout ce qu'il porte sur lui, il le doit à la faveur » des autres; je n'accepte rien dont on puisse me faire » honte ; bien plus, ja donne souvent du mien et ne veux point de récompense (3). » On appelait troubadours

(1) La principale fonction de ceux-ci (de* jongleurs) était do chant«r les pièces d« dours. Mais ils se raèloicnl quelquefois de poésie. H. L. D. T. H. 490. - Voici l'opinion Hajnonard: . Les jongleurs étalent le plu-» ordinairement attachés aux troubadours ; il* les

suivaient dus les châteaux cl participaient aux succès de leurs maîtres Les jongleurs ne

se bornaient pas toujours à chanter ou à déclamer les poésies .les plus célèbres troubadours ; il, composaient eux-mêmes des pièces, do la musimie, et méritaient ainsi de prendre rang îs poètes. 11. 139, 100.

Ci) Pero tug sonj'ootor Apclat en l'rocnsa, E sembla nos falbensa Crans de tôt lo lenguajle.

. l»ub dieu m'a dat sober. • Mi.

Bon a cran loi t car m'appelle /ogtar,

tous ceux qui cultivaient la poésie artistique, quelle que fût leur condition sociale, et soit qu'ils s'y adonnassent en simples amateurs ou dans le but d'en tirer bénéfice.

On comprendra maintenant pourquoi l'on donnait l'un et l'autre nom aux poètes, vivant des bienfaits d'autrui. Ils étaient troubadours parce qu'ils pratiquaient la poésie; jongleurs, parce qu'ils y cherchaient un gagne-pain ou un véhicule à la fortune. Partant, nous proposerons la classification suivante : 1.° Les troubadours qui n'étaient pas jongleurs, c'est-à-dire ceux qui ne poétisaient que pour l'honneur , les grands seigneurs, les poètes indépendants. 2.° Les troubadours jongleur s, ceux qui fesaient de l'art une profession lucrative, à savoir les poètes de cour. 3.° Les jongleurs qui n étaient pas troubadours, c'est-à-dire les musiciens, saltimbanques, etc.

On objectera peut-être qu'au dire des manuscrits, Pistoleta et Aimeric de Sériât, de jongleurs qu'ils étaient, devinrent troubadours. La contradiction n'est qu'apparente (1); jongleur est pris ici dans son ancienne et véritable acception, et le tout se réduit à nous apprendre que nos deux poètes changèrent de profession, montèrent en degré dans la classe chantante, sans changer pour cela de dénomination.

Cal» attire vai cl autre ven al» me, E don ses penrc et cl pren ses donar.

Qu'e son cors met toi quant pren per merce.

Mas ieunon pren ren, donanta m'eschaia, A ru met ma renda cnon voill guicrdon

t Lo reproviers rai avcran. » Ms.

(t) Pistoleta si fo oantairc d'En Arnaut de Manioill. . . c pois renc trol.aire e 'Je* ranoos mm aTinenssons. V.3W. — Aimeric dcSarlatfrz sejnçlars. . . e venc troliaire, mas no feiimaMma canson. V. 13.

Au surplus, on ne saurait le méconnaître, attendu la taebc imprimée dès ce temps au nom de jongleur; les poêles voulaient s'arroger exclusivement l'honorable titre de troubadour, distinction qui ne fut pas sanctionnée de par le monde. Nous ferons droit à celte prétention et comprendrons généralement sous le nom de jongleurs ou joueurs d'instruments , toute celte antique tribu de chanteurs et musiciens qui ne voulait avoir à faire à la poésie artistique qu'autant qu'elle servît à leur but mercenaire.

Cette classe de troubadours qui résidait à la cour des grands, et que nous pensons dès-lors appeler convenablement poêles de cour, constituait réellement le noyau de la poésie artistique. Une partie d'entre eux sortait des rangs de la noblesse secondaire: tels Guillaume deCabestaing, Pons de Capdueil, Peyrol, Rambau de Vaqueiras, Pierre Cardinal et autres. C'étaient d'ordinaire de pauvres fils de chevaliers qui, pour subvenir à leur propre existence, embrassaient la condition de poètes servants. Ainsi lisons-nous que Peyrol, n'ayant pu soutenir son rang de chevalier, s'était fait jongleur ; que Guillaume Azemar n'ayant pu maintenir sa chevalerie , était devenu jongleur (8). D'autresappartenaient à la classe bourgeoise, déjà très-considéréeàcette époque dans la France méridionale, tels Folquct de Marseille, Arnaut de Marueil, Gaucelm, Fardit, Pierre Vidal, Aimcric de Peguiluin. Quelquesuns, comme Guiraut de Borneil étaient d'une naissance obscure, etBernarddc Vcntadour, le plus tendre des poètes

(8) l'eirols si fo us paubres cavalier. . . e quan IVirols vi que non se poe mantener percaYalier, cl se le jojjlar et anet per com. V. 281. — Guillein Axeroar.. . gentils bon... non poe mantener caralairia e les séjours |?s.

de cour, était fils de l'homme qui chauffait le four au château de son nohle maître.

Fait singulier ! Des membres du clergé s'enrôlèrent sous la bannière des chantres d'amour. A la vérité l'autorité ecclésiastique voulut extirper l'abus. Gui d'Uisel dut promettre sous serment au légat apostolique qu'il s'abstiendrait dorénavant de poésie: mais il en fut qui échangèrent leur cléricature contre la joyeuse profession; et pour ce faire , Guihert de Picibot s'enfuit de son couvent, tant était attrayante cette liberté, cette vie nomade de nos poètes (t). Enfin, s'il faut en croire les manuscrits, le moine de Montaudon (2) devint chanteur errant avec autorisation de son supérieur, bien entendu que les profits, clause stipulée, seraient appliqués au monastère.

(1) II me semble matons»'-, dit Peire Vidal, do s.-journcr trop longtemps on un lieu-

...E sembla! mal avuw Trop sejornar et ester en un loc.

« Baros do mon dam. • Ms. Ihez. Loben, etc. 150.

(2) Il est facile de déterminer l'époque on vécut ce troubadour (1180-1200). Néanmoins, on s'est trompe de cent an». On a vu «lans son protecteur, Alphonse III d'Aragon. C'est évidemment Alphonse II, car dans sa pièce satirique sur des poêles contemporains, le moine nomme exclusivement des troubadours qui noris.saieni vers 1200. Il Tait IVIope dTlije de Montfort, sœur de Marie de Vcntadonr, qui toutes deux datent du même temps. Diez, Lcben, elc.,333. (Trail).

L ART Dl TROUBADOUR.

Troubadour, c'esl-à-dire trouveur (provençal trobnire, accusatif: trobador), signifie proprement un poète d'art, par opposition, ce semble, au poète populaire. Le mot apparaît pour la première fois dans Rambau d'Orange (1), mais date de plus loin, Guillaume de Poitiers employant déjà irobar dans le sens de poétiser (2). L/inyention s'entend rigoureusement de la forme mise en o?uvrc avec art, c'est-à-dire la forme musicale ou strophique. On ne réputait troubadours que les poètes lyriques, le fait est plus que vraisemblable ; car le roman et la nouvelle, loin d'atteindre à Téminencede la ebanson, se rapprochaient de la poésie populaire par la simplicité de style, par la forme dénuée d'art. Cette lyre plus humble ne devait pas être traitée en sœur jumelle de la poésie lyrique; ceci nous fait comprendre comment les manuscrits ont pu dire d'Elias Fonsada qu'il n'était bon troubadour, mais seulement faiseur de nouvelles (3). L'opposition

(1) E ja trobmre no-s laisse. V. «K (2; Faraiun ver* dp dreit nien...

Qtïenan* Ib trobatt en ditrmen. Aï* 7rtW.

Le Parti, oec. lu fm au Ymi de fb, de sorte que irobair aurai] une aulre sipnillcatiw, mai* le sens île la sirnjilie indique noirr leçon.

(3) .No l»on (rol»airf, mas noellunc fo. V. Ifi.

entre les deux phalanges rivales devient particulièrement sensible quand on voit à quel point Guiraut de Borneil s'irrite de l'accueil favorable que reçoivent dans les cours, les nouvelles et les romans : « Je suis si stupéfait que je » ne sais à qui me vouer, alors que j'entends à la cour, » au lieu d'agréables entretien*, une criaillerie qui obtient » autant et plus d'applaudissements qu'une noble chanson » sur des choses sublimes, sur le temps ou l'année (1). » Les troubadours cherchent surtout à mettre en honneur leurs savantes combinaisons de forme; c'est là par excellence X aride trobar, terme consacré (2), et non gai saber, comme on se l'est imaginé; car cette locution ne fut émise que par l'académie de Toulouse. Ils le rappellent avec complaisance; leur art doit être pratiqué avec esprit, intelligence et savoir; ils font parade de l'assiduité laborieuse qu'ils apportent 5 la composition de leurs chansons (3) et nous disent faire usage de la lime (4). Au sur-

(I) Esiauc tant esboilz,

Que no-m «ai cosselhar,

Qufaa lucc de solassar.

An.: en la* corti In- criix

Qti aitan leu a*ea graxitz

De lan.«e e de bramar Lo comtes entre lor, cum us l»os chan»

UeU riez afars e dels temps e dels an». IV 292.

(2) Sordcl : Quant vaill en fart de trobar priroamen.

f Mal aia ecl que m'apres » M».

Guiraut Riquier emploie. : saber de trobir. c'est l'équivalent Tant petit tei pretar fir / saber de trobar. Mi.

(T, Arnaut de Marneil ! me donon gmh de chantar e «:'iwa.

« La prans bcutati • Mi.

FoUroct de Marseille Non seschai qu'ai sien manuamen Sia mos tabert flacs ni lens, Ain tain? que N doble mos engnn*

« Tan» mou de corteza nto. • Mi»

(A) Arnaut Uaoïel : Quan o'aurai passât la lima. V. 0. S3t>.

\ plus, les expressions bâtir, forger, élaborer, purifier, raffi- ! ner une pièce, témoignent assez d'une minutieuse élucubralion (1). Souventes fois ils expriment l'inquiétude qu'on ne vienne à tronquer leurs chansons par négligence ou malveillance : « C'est un bonheur pour mes chansons, dit » Jauflre Rude], que je ne me sois trompé en rien et que » tout y soit à sa place. Qui les apprendra de moi prenne » garde d'y changer quoi que ce soit (2).» « Apprenez, dit » un autre, combien ma chanson est arlistement com- » posée. Marcabrun sait combiner, enchaîner de telle » manière une exposition claire, le narré des incidents et » la versiflcation , que nul ne saurait y soustraire un » vers (3). » Et de fait les jongleurs pouvaient bien aisément altérer le texte; d'ordinaire, ils n'en recevaient qu'une communication orale et ne possédaient la pièce que de mémoire. Aussi Perdigon semonce-t-il son jongleur ser-

(1) Gam-elm faidil ; Vuelh un non sirvcntcs baitir. II. 2W. Dennrt dWuriac : En Guiilem Fabre sap furgar. V. «Ji. Unillem Figueiras : C un sirvente* non labor. IV. 307. Marcabrun Qu'eraa vuelh mos chans esmerar. III. 373. Rartolome Zorpi : Sabei un chant pnmamens afinar.

• Puoi* ien mi feitip. » Mt.

(2). Jflufn ftudel E selh que de mi l'apnnra

Guart si, que re* no mi cambi. fU. ÎI9.

(3J Marcabrun Sap la razo cl vers lassar e faire

Si que autr'om no l'en pot un mol (raire. IV. 303. l'eire d'Auvoi&nc : Ab tlna jnia commenssa

Lo vers qui bels mou assona E de ro no i a faillcn^sa; Ma* no m'es bon, que I apmpna Tfth, que moi rhans non coveigna ; Quïeu no» voill avols chantaire, Ce), qui loi chant dessazona,

Mon lions sonet lorn en bram. if$. Diez. 7i. ( Trnd.J

vant en lui recommandant de prendre bien garde de déûgurer son œuvre (1).

Celte virtuosité poétique était généralement considérée comme une noble vocation; des rois même ne dédaignèrent pas la renommée qui en était l'apanage; et quant aux poètes, leur amour-propre s'en est maintes fois expliqué sans détour. « Je dois bien chanter, s'écrie » Peyrol, car l'amour m'a enseigné et m'a donné le talent » de faire de beaux vers; sans cela je ne serais ni chanteur, » ni connu de tant de nobles personnages (2). » Raimon Gaucelm est plus explicite : « A peine suis-je en un lieu » qu'onrae dit: Raimon Gaucelm, m'avez-vous fait quelque » ebose de nouveau ? Alors je réponds à chacun amicale- » ment, car j'aime à entendre dire antour de moi : voilà » celui qui sait faire des strophes et des sirventes (3). » Aussi nos poètes mentionnent-ils avec satisfaction qu'on se plaint de leur silence, et qu on les invite à chanter.

La plupart des troubadours, principalement les poètes de cour, s'entendaient à la fois au chant et au jeu des

(1) KUlol si faiu vosira lor.

At onor

Deo gardatz,

Si gen l'obralz.

Que compliscntt

L'obra e no la dcsfasU.

« Contr amor c peiwamen. . M*.

(2) Ni conogutz per tanta bona gcn. DL 273.

(3) A ponas tan en loc qn'om no-m doman nairoon Gauccim aveti fag re noveth î Et imi a tou respon ab bon lalan,

Quar lotos vetz m'es per Ter bon e bclh, E-m play, quand aug dîr de mi : Aquest es i'aU que sap far coblas c su-ventes. V. 575.

instruments (1); qui n'avait pas cet avantage prenait d'ordinaire un jongleur à son service. (2) Bon nombre étaient compositeurs et mettaient eux-mêmes leurs chansons en musique ; ce dont ils ont soin d'avertir au commencement ou à la fin de la pièce (3). « Mes vers sont » tous de longueur égale, dit Guillaume de Poitiers; je » me loue de l'air que j'y ai adapté, il est excellent (4). » Le talent de lire à haute voix des narrations poétiques était aussi en grande faveur à une époque où Ton trouvait partout des oreilles dilatées pour écouter les miracles et les aventures, mais rarement des yeux capables de les lire (5). Il est également avéré qu'un très-petit nombre

(I) Par F.i Pons de Capduelh * troba** e tmlttta e cantata be V. 332.

Pordigos fo joglar e *ab trop ben riolar e irobar e canlar. 278. bartolome Zorgi. . saup ben irobar e cantar. 57. {'2) Peire Cardinal... menan ab si son joglar. que cantaTa sos sirrantes V. 302. Pistolet» «i fo rantaire d'En Arnaut de Manieill. 3». — GuirauU de Bnrneitl.-. menava ab se dos canudor*. que eantaran las soas canaos. IG6, Cuirait Riquier : Que la hon'esperan*a-m pals

Fi m acompainp ab rbantadors.

• A ben chantar . Diei. 130. (Trad | (3) Ain*i FokpMl de Marseille Mas quecs demanda chanso...

C'atressi m>s ops la Tassa

De nnou, cum los mots e'I to.

> Cnantars me lorn . Mt Les biographies en tiennent note. Peire d'Alvernhe. .. . tes li nielhors sons V. 29. — Bnhartz de BerbeMeu... trobava avinemnen mots e son». 453.

(1) Qn'eis mou son fait* tug per egau Cominalmens E'I sonet, quieu meteù m'en lau.

Bos e ralens.

A Narbona, ma* icu no i Tau,

Sial prêtent Moa Ters e ruelb, que dacquest lau Sia guirens.

« Pas vexera » Ms, Dicx. 6. (Trad ) (3i Arnaut de Mantelb... Ugia bc romans. V. 43-

de nos poêles possédait le talent d'écrire. Elias Gairel comptait parmi ces habiles, car la biographie en fait la remarque (1); mais Àrnaut de Cotignac avoue lacitement son impéritie quand il sollicite un gentil clerc de lut écrire sa chanson (2). Guiraut de Calanson cite la chanson d'un autre poète, que ce dernier avait fait écrire. Il fallait donc recourir à la dictée; et voilà pourquoi dictar est synonyme de poétiser et dictât de poésie (21). Nul

(I) Den escnvia mou cl sons. V. iil.

(2) Ben es lo vers e*l chauiador, E volgra bon entendedor, Derdicu belhs clercx tu lo mesciïu. V. 30.

Un illustre chevalier, et l'un des plus aimables poètes allemands du xni.« siècle. Ulrich de Uchtcnstem, raconte naïvement qu'il fui réduit a garder mie lettre de sa dame, pendant six semaines, sur son cœur, sans pouvoir la lire, vu que son secrétaire était absent. Voy. de Schlcgcl. Mélange». (Trad.)

[3) Yeu trobera plaiei E deUeg enritefriru E-ra volgra esforsar Do far bels dictament , . , Troban los bel s dictait.

• Tans petit v«ù pretar. • M*.

Pirhten en ail. — Dut'tre moy. lat. — Dicùcr. du*, on rom. du nord, comportaient la double signiûcalion de poétiser et de réciter voire de chanter recorder en dtsanl, c'e«t-adiie, proférer j>«r voix non pa$ charitable. (Euslache Deschamps.)

Quant aux pièces nommées DU. Ditic ou Dictié, M. Wolf établit : t.° Quelles différaient essentiellement entre elles par le contenu, racontaient des faits véridiques ou ayant prétention de passer pour tels, renfermaient une instruction, le r,H it d'une bonne on mau> « roue action (cawl. de Lavillicre M. P. I. T. 11), et peuvent dès-lors être comparées aux Enscnhamcits et Comtes des troubadours. 2." Qu'elles ne se distinguent en aucune façon, par une forme qui leur soit spécialement alTociée, puisqu'on en trouve avec ou sans division slrophiquc. On sait qu'au XIV.* siècle, les jongleurs décomposèrent les romans des trouvères et les mirent en dU. M. Trébutien adoptant l'opinion de de la Rue, pense que c'était pour les rendre plut facile à chanter. 11 e->l plus juste de leur appliquer ce que Lachmann et M. Koberslein disent des nibclnngcn (Alpharts Tod Kmidrun ) : que même durant la période brillante de la poésie de cour . ils étaient destinés a être lus ou récités plutôt que chantés. Puisque la spécialité de ce tfenre de pièces n« *e révèle ni dans le contenu ni dans la forme, il faut la chercher dans la nature du débit, indiqué «léjà par la deno-

doule que le texte ne fut accompagné du chant noté, lorsque le poète adaptait à ses vers une nouvelle mélodie. Marcabrun déclare vouloir envoyer son œuvre, vers et musique, outre mer(i).

minmion. Le mot «c retrouva chez les Espagnols. Bercco s'intitule dutador et son panégyriste anonyme dit : t Firo drwtos (miraglos) dtiiado» en roman: patadino, » Voy. Voir, uber dio lais, etc. p. MB — 238.

(I) Lo Ters e'1 •<> meln ennar

A. Pf. Jaufro Rudel oltra mar 111 374.

LART du jongleur.

Le mot jongleur ( provençal Joglar) vient i\e Jocus, basse latinité (Jeu) et signifie, par conséquent , joueur d'instrument ou musicien.

À dater de l'apparition des troubadours, nous trouvons abondance de renseignements sur la profession de jongleur. Plusieurs troubadours ont élaboré des instructions aux jongleurs; citons comme les plus importantes celles de Guiraut de Cabreira et de Guiraut de Galanson.

Le point capital pour les jongleurs était évidemment la science de l'intonation ou du chant, laquelle n'avait affaire aux exigences de nos jours. Néanmoins, on s'étonne de la multiplicité de leurs instruments de musique. Le plus important était la viole, qui se rapprochait beaucoup de notre violon etse jouait pareillement avec un archet fl); la harpe et le sistre étaient en grande vogue. Guiraut de Calanson en cite encore d'autres dont il n'est pas toujours aisé de déterminer la nature. Ce sont : le tambourin, les

(1) Guiraut de Cabreira dit a son Jonplcur .

Mal saps viuLir Mal t'cnscignct Cel quc-t uinstrrl Los dcli anicnar ni Varson (archet; V, Ifi7.

( vo )

castagnettes, la symphonie, la mandore, le monocorde, la rote à 17 cordes, la gige, le psaltérion, le chalumeau, la lyre , les tymbales ; notez que , selon notre artiste professeur, le jongleur est tenu d'en posséder tout au moins neuf (1). Bcrtran de Born parle de trompettes,

(1) Uuiraut veut qu'on bon Jongleur sacbu .

Taboreiar

La gtgua el sons esclarxir (

E taulciar

Joglar leri

E far la Semfonia b rugir.

Dal salteri

Enfotar

Kara X cordas estrangir.

E mondwrcur . • ,

IX eslurmens

Manicorda

Si bêla aprciw

l'na corda

lion poiras fol cslerezir ;

K sedra, c'om tcI ben au/ir,

El estivas

Sonctt nota .

Ah voU pivas

E fritz la rota

E las lyra» lui retentir.

A XVII cordas garnir (*)

E del tcmjitc

Sapchas arpar

Per isscmple

E bon temprjr

Fai toit los cascavcla ordir.

« Fadet joglar. .

(*) l.a rote n'a pas médiocrement embarrassé les archéologue*. Chrotta ou Crota brilan no tiall. C mit Kymr. Crtrlh angl-s. Crudh nngtais Crord est un uom conmuin à plusieurs instruments celtiques. Selon Oven, un instrument à six cordes dont les deux plus basses se jouaient arec le pouce et le reslo arec un |iectre; le prototype of the vholc fuitànaU •pecics (rrotrdiT devint synonyme de fidhr), fort en renom et partageant avec la harpe l'honneur d'accompagner les chants des bardes de premier rang. On sait que celte caste comprenait : 1.° The Harput- 2.° The Cnethitt. 3.-> The Singer. Walter donne une description analogue du Vrcamthine Cruil : theCrwth of the Weleh... Tho parent of the riolin... L'sod a* a tenor accompanimcnl to tbebarp at feasts... l'helieve ibe ordy honor they (tbo Wclch) canhave, is the invention or plaring on this instrument wilh tbc bowr, etc. Walxer le rftnpe parmi les harpes irlandaises dont il énumére qimlrc espèces. 1. Clar-aeh, 2. Kerninc, 5. Vionart Cnttt. 4. Creamthine truit, la troisième i* dix cordes) est selon lui le Canora cilhara of the latins of the uiiddle âges, and the origines of tho modem tiuitnr. Il faut «•more tenir compte du Crirth Trithant à trois cordes, qui semble identique au retVc et n'était joue que par le menu peuple bardique (car Crwedtt s'est pris en mauvaise part), et s'est maintenu en Bretagne jusqu'à nos jours comme le Rabel en Espagne. Nous dirons maintenant que la Rote Hota des écrivains latins, romans et germaniques, doit être assimile aux Oirln celtique, comme Tout prouvé élymologiqucment Moue et Dieflfenbach. L'incertit ud(i vient de ce que l'acception a varié; sous les noms Crirth, Lyra, Psalterium, Cythara on a désigne tour à tour des instruments se rapprochant qui de la harpe, qui du violon, qui de notre guitare. Il faut écarter seulement la vieille Lyra mendtcorttm,mandolin. ÏÏÊ fé§ gurdy, quoiqu'on eu ait dit depuis Loraralière jusqu'à Walter-Scotl, et en dépit de l'étymologie Rota : toue. Le fait est démontré du moment qu'il conste que dames et seigneurs t'exécutaient sur la rote. Gottfried vou Strashurg distingue déjà Lirr« et m'yea, harpjen et

cornes et grailles (1). On pourrait augmenter rémunération; elle prouve, telle qu'elle est, sinon l'habileté musicale, du moins le dilettantisme de l'époque.

Un office essentiel des jongleurs, c'était de voyager à la suite des poètes de cour, inexperts en musique, pour les seconder en qualité de chanteurs ou d'accompagnateurs (2) , ou bien encore de produire dans les cours les compositions émanées d'illustres troubadours , lesquels ne pouvaient aller mendier largesse. Cette remarquable solidarité entre le poète et le musicien, constitue un des traits caractéristiques de la poésie provençale; car elle ne se retrouve nulle part ailleurs dans la même extension. Chaque poète, selon les exigences et les ressources de sa position, prenait à son service un ou plusieurs jongleurs; et l'on trouve de fréquentes allusions à cette espèce de servage, soit à la fin des chansons,' soit dans les refrains, alors que l'auteur, comme nous l'avons

roliïn, — ailleur* videln ot êymphonien. llarpfm et ratien; la «imphonie était un instrument a trois cordes; devenu truand, on l'abandonna aux joueurs de profession. Rottas en moy , toi. a été synonùne de cythara, trianuvium (voyez du Cangej in eylhara quani nos appellainus roita. (Bonifacius epist. 80). l'Itis tard on désigna par Ort/t et Rotta une sono de harpe vraisemblablement plus petite et peut-être à cordes de boyaux; on lit déjà au in • Méde ;UeinrieiSummarium)t>tftar« herjihe et Citlutreda, roddnre. Harpe et Rote se produisent MM cesse conjointement dans la moyen-âge romano-germanique. Remarquez qu'on trouve la forme romane Croath. Coruth. Mais la rote a dix-sept cordes ? M. Wolf, auquel nous empruntons en l'abrégeant, ne nous vient point en aide. Il cite en regard un M*, de Munich piauplum (nablumj.rott, ebordas habens exutraqus parte ligni cavati et affirme ne connaître autre texte donnant quelques détail* sur l'instrument. Nous léguons donc l'énigme à M. Bottée de Toulemont. (Trad.)

(**) Le Ms. 2701 lit : l'arguimela per esclarzir.

(1) E il sonct que fan li joglar.

Que viulan de trapep tenta Trompas ecoms e graiUc* clar IV. |t>7.

(2, Giùraut Riquier Que la bon' e«prransa-m pacs

Et m'accompuin^ ab rhautadors.

. A boacbantor» M*. Diez 150.

vu précédemment, donne des conseil à son mandataire. « Sans lettres de parchemin, dit Jauffre Kudel, j'envoie » mes vers et le chant en vraie langue romane, à Hugues » Brun, parFilhol (i).» Maintes fois les troubadours ont fait allusion à cette dépendance des jongleurs, en partie redevables de leurs moyens d'existence au don précieux de leurs productions. Garin d'Âpchien dit au sujet de son jongleur : « Si je voulais le ruiner, je n'aurais qu'à » lui refuser mes vers, et il ne trouverait personne qui » voulût le nourrir ou l'héberger pour une nuit (2). » Hugues de St.-Cyr répond au sien : « Tu m'as demandé » un sirvente, tu l'auras le plus tôt que je pourrai (3). » Raimon de Miraval le prend plus haut : « Je le sais, » Rayonna; tu viens me trouver pour avoir un sirvente; » c'est le troisième, tu en as déjà eu deux qui t'ont valu » de l'or et de l'argent, des équipements portés, de bons » et de mauvais vêtements (4). » — « Dieu me pardonne»

(i) Scrw's breii 1)0 pargOMBfaM Ti aiiM i mon vers en chautan, Kn plana leriçiia roman j , A N npo Drun per FUboI. III. IUO.

('2) E s'ira lo ruelh ben deebazer.

Quel ruelha tolro mon dianlar.

Ja non cr qu'iUi don à tnanjar.

.Ni l Tudha albergar un ter. IV. SRI, '."V Mps«onjret un sirvente?

M'as quul c donar l'ot t'ay Al pus uni «pjc jeu poyrnî. IV. 288.

(I) Bayona p<>r sirrenics

Sa» bc, qulest vençutz most nos,

Et ab aquest seran très,

Qu'ieu non a via faits dos.

l»onl mant aur c manl ar::on

Avhj gmarihat, Bayona,

F.t maint mat ç-arnimon

K d'avol raob'fl de bona Hs

m Bayonna, s'écrie-t-il autre part ! Que tu as l'air pau- » vre, que tu es misérablement nippé ! Mais je vais te tirer d'affaire avec un sirvente (1).

Outre les chansons des troubabours, les jongleurs débitaient des récits versifiés dont une incroyable quantité était devenue populaire en Provence. Les instructions aux jongleurs contiennent une longue énumération du répertoire obligé. « Tu ne counais pas, » dit Bertrand de Paris de Rouergne, au jongleur qu'il instruit, « tu ne » connais pas les nouvelles de Tristan, du roi Marc, ni » du bel Absalon. Tu ne sais pourquoi Pola m ides, en » son château, taisait son nom au premier appel; tu ne » sais rien de la chute de Tyr : tu ignores comment » Argile, le bon magicien, pour trahir son roi, bâtit » palais et tour devant Laon ; avec quelle force le do- » minateur de Paris envahit l'Espagne et la réduisit en » son pouvoir. Tu ne sais rien, je crois, d'Ivan, le pre- » mier qui dressa des oiseaux, ni de l'empereur Constan- » tin ; comment insulté dans son palais, par sa propre » femme, il quitta Rome et bâtit la superbe Constanti- » nople à laquelle on travailla 120 ans (V. — 102). » Comtairei conteur, devenait le surnom spécial d'un habile narrateur (2) ; celui de Conirafazcdor (3), qu'on

(I) A dieu me roman Bayona .

Tans paupre-t (paupretr) tci l sobrier Mal Testiu ab «to! pona.

Mas ic-t trairai de paupricr Ab un Sirvcntosc quant protier. Us.

Ci) Cantairc fo mcraYiluos,

E C omtatrcs arautz e rkx. V. 3iT>.

(Ti) So son tragitador , E contrafatedor

• Lus dieu» m'a dut . Mi.

appliquait également aux jongleurs, donne lieu de croire que la mimique et les parades burlesques faisaient partie du bagage artistique; car les écrivains latins de l'époque emploient l'épithète de mimi. Enfin un jongleur accompli était encore acrobate et prestidigitateur. Il dansait, exécutait le tomblet, passait en un cerceau, faisait voltiger de petites pommes sur la pointe de deux couteaux, imitait le chant des oiseaux, produisait des singes et des chiens savants, courait et bondissait sur la corde tendue et par-dessus tout jouait le facétieux. (1).

Apren mestier De simier, Et fay los avoU escat uir .

De tor eu lor Sauta e cor, E ifarda que la corda tu Ta rudela Sia bela Mas lay la ramba lortcnr

. Fadcl Joglar • K*<

(I) Guiraut de

E paucx pomeU

Ab II coteU Sapcbas gitar e retenir,

E chana d'auzeW.

E bavastds E Tay los oastcls assaillir...

E per IV, Selcles salhir.

Tout de KOsso Sobr'un basto E lay l'en 11 pes soslcnn ;

ENTRETIENS POETIttUES.

Les châteaux des rois et des princes, les manoirs des nobles, tels étaient les points de ralliement des poètes de cour et des jongleurs, l'arène ouverte à leurs talents. L'esprit chevaleresque tenait à devoir de ne jamais fermer au voyageur le seuil hospitalier, d'offrir bel et bon accueil aux chevaliers errants et à l'ordre entier des chanteurs. Pour entretenir ces excellentes dispositions , les poètes n'épargnaient aux Crésusdu siècle, ni louanges ni exhortations. Aussi le proverbe : « donner est plus noble que » recevoir, » revient-il à tous propos dans leurs œuvres. Daudes de Prades dit de lui-même : « Ma profession est » de faire du bien aux braves, d'honorer les jongleurs , » d'aimer la jeunesse et de donner avant qu'on me » demande ( 1 » Ârnaut de Marsan conseille à un jeune noble de résider dans un beau château, sans portes ni verrous, et de fermer l'oreille aux malveillants qui l'exhorteraient d'y placer des portiers et des valets, pour

(1) Joios soi eu cl ai mestier, De far plazer a bona (ren, D'onrar joplars, d'amar joven.

De dar wians qu'om n roi quler. P. 0, W.

chasser, à coups de bâtons, voyageurs et jongleurs (1). Celte magnifique hospitalité absorbait rapidement tout un avoir. Au dire des manuscrits, il en coûta au dauphin d'Auvergne la moitié de son comté (2). Pour y subvenir, quelques seigneurs recouraient aux exactions et môme à la violence. Albert, marquis de Malaspine, s'en explique sans détour à Hambaut de Vaqueiras, qui l'accusait de détrousser les gens : « Je n'en disconviens pas ; si je l'ai » fait maintes fois, ce n'était pour m'enrichir ou thésauri- » ser, mais pour avoir de quoi donner (3). »

De quelle nature pouvaient être les jouissances de la vie de château? Le lecteur en jugera par ce que nous avons rapporté du savoir-faire des poètes de cour et des jongleurs. Les dénominations de certains genres de poésie jettent également quelque lumière sur ce point. La noblesse consacrait volontiers à des réunions les jours ou les heures qui n'étaient pas absorbés par la chasse et

(I) Lare* siatt en despendre.

Et aiau gent o*tau Ses pori.t e se* clau.

Non creratï laurentriers, yuoja mciau portiers , Que foira «Je ba-«io Escudlcrs ni parso .Ni arlot ni joplar.

Que lay vuelha intrar. V. iô.

Les barons tenaient table ouverte. En signe do bonne réception, on plaçait un casque sur la porte <lu château. Le premier dit mois on festoyait, c'était île règle, et la preuve en ont que le moine île Motuaudon reproche à Raimon do Mimral de ne pa« habiter son château un mois par an et d'en être toujours absent aux calandes. (Trwl .)

(1) E per Larsucsa son perdet la mcital c plus de lot lo sieu comtat. V.

T> .Mania- tetz per talen de donnr Ai nver toi e non per manentia >i per thesaor. ipt'icu Yolgues ama«sar. IV. B«

autres exercices, images de la guerre. On aimait, durant les repas, une musique entremêlée de chant; et pendant ou après le festin, souvent arrivait-il qu'un poète de cour, un jongleur, entrât pour débiter ses chansons et ses contes, ou que l'un des convives fît montre de son talent d'artiste ou d'amateur (1). Parfois devaient s'y joindre des luttes poétiques; nous en trouvons un exemple dans la vie d'Arnaut Daniel. On avait déterminé le sujet do la chanson, accordé dix jours aux concurrents; et le juge n'était rien moins que Richard-Cceur-de-Lion (2); mais nul passage ne donne à entendre qu'on fît assaut impromptu. Ces défis de chant devaient être lort rares; car la poésie provençale n'y fait point allusion; les tensons même étaient traités par écrit.

La gravité, -la causticité folâtre de la poésie étaient assaisonnées par les merveilleux récits des chevaliers revenus de lointains pays (3), et par maint autre passeci) Bcrtran dcBorn : Matyar nb majan, Dr viul' e de eban- Roman de Jaufrc ; Au sujet de la cour d'Anus ; Q'el rei en so palais eslava Ab sos baros après mnnjar, On so déporta us joglar E l s ravalera parlon d'amor. 3/«.

Haimon Monlaner, dans sa chro. d'Aarugon. p. a» : Et corn loren tuyt a->sepits, En Homaset Jntglar canta ail veux un serventech davant lo senyor rey novcll, quYI senyor iiifanl En Pere haeh Ifcfl I honor de! dit senyor rey. Du Cange. v. iiiinistclli. — Hoiuau do Girart de Roussi/Ion.

Quan un manjat, s'empredon a issir, El plan détail la sala s "en van burdir; Qui clianso ni fabla, enquel '?) la dir.

Cite par St. Pnlaye. mm. t. I. p. tO.

\y>; Par la eresso Dieu, « écriait r.unKde Sni*«nn< vas la champ dr bataille <le Man*

temps; les femmes jouaient un rôle important, ne fût-ce que parleur présence, et prenaient d'ailleurs une part active aux poétiques déduits Cl). Les poètes en contractaient une manière plus courtoise, plus mesurée, coriesia et mesura, une sorte de bon ton de société sans lequel les talents les plus éminents eussent été froidement accueillis.

Une description empruntée à une nouvelle de Ramon Vidal donnera le spécimen de ces fêtes de cour (2). « Sir Hugues de Mataplan traitait dans la grande salle de son château nombre de riches barons. Aux tables somptueusement servies ce n'était que rire et folle joie. Partie des convives allaient et venaient dans la salle; d'autres jouaient aux dés, aux échecs, sur tapis et coussins verls, bleus, vermeils ou violets. Il y avait céans de gracieuses dames devisant avec gentillesse et amabilité; je m'y trouvais moi-même, et Dieu sauve l'âme de mes pères, comme il est vrai que je vis entrer un jongleur de bonne mine, bien vêtu, lequel après avoir requis convenablement la permission de sir Hugues , nous chanta

sourah en Egypte, nous parlerons encore tic celte journée en chambrée, devant les dames. • Joinvtllo. 11. Sl.-l.oui-.

In \og\um quod bene et procèdent* ratione nomen acquisivit : ibi enim sedero in deli. iit solcbanl ad colloquendum, a hyos quod e*i »ermo derivalum. Hûrter. geseb. Innon'iu d.r 111. T. V. p. MO. (TroW.)

(\) Cet» rentrait de plein droit dans les attributions du beau-sexe. Mais voici bien autre* passe-temps. Un écrivain italien rapporte qu'en 1214. on érigea à Trévise une forteresse en bois, recouverte de fourrures et d'étoffes précieuses. 300 dames de haute distinction formaient la garnison ; au heu de casques et cuirasses, ces guerrières portaient gracieuses couronnes et riches falbalas. De jeunes chevaliers non moins gentiment adoubés assiégeaient ta place, lançant en guise de projectiles des fruits, des tartelettes, des fleurs, et des flacons de senteur. Qu'on juge de l'affluence. Voy. allg. Wcll Hitlorie. in-4.° th. XL!!, p. 240. — Mural. Anttq. Uni. t. II. p. Kî. Diei. 290. (Trarf.)

(2) Sons avons traduit celle charmante nouvelle dans le* court d'amour rt plusieurs j«urnau\ l'ont reproduite dans leurs feuilletons. [Trad.j

mainte chanson et nous fabula maint conte. Arnaut de Marsan décrit une fête de cour : « Nous entrâmes dans » un appartement pour nous y récréer à notre gré , » jouer aux échecs ou aux dames, ouïr des chansons ou » des contes; il en fut récité tant et plus que Ton écou- » ta attentivement. Nous demeurâmes ainsi jusqu'au cou- » cher du soleil, alors on nous appela pour le souper, » dans la grande salle où se trouvait le reste de la » société (1). »

(1) Ara nosenintrem

Abdos, si co-ns Toiguem, Als cscacx et a taulas.

A chansos et a (feulas ; M n'i aria tais :

Que nonpessavo dais.

Tro al solelh colcan, Desse que per manjar Nos manda nom lcrar En la sala major, On eran li pluior.

. Qui comte toi aprcndre. • M:

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