L.E VERS
Les troubadours appellent le vers mp/(1), terme emprunté vraisemblablement à la poésie populaire, qui attribuait à chaque vers un sens à peu près complet. Mais, vers chez les Provençaux comporte une autre signification.
Le vers provençal et généralement celui des langues romanes diffère essentiellement du vers delà haute poésie latine. La structure de ce dernier reposait sur la loi de quantité ou sur la mesure syllabique : le vers roman est régi par l'accent qui joue un grand rôle dans la formation des langues romanes; et dès-lors il ne saurait plus être question de mètre syllabique ou de pieds. Le principe constitutif : c'est le schême du nombre des syllabes ; l'accent porte sur certaines syllabes et assigne au schéme son caractère rhythmique. Lamarchedu vers est iambique
(!) Att lieu de mol les lejes d'amon emploient bordo.
JaulTre Rudel dit :
No »ap cbanlar qui l so non di.
Ni Tcrs trobax qui ïs mofcnon fa. III. 97.
Notamment Guillaume de l'oilier* :
Qu'els mott son faitz tug per egau.
« l'us vetem. M», t • Taire des vers • se disait artistiquement : lassar mol: (enlacer;. H. V. ÔJ.
ou trochéique, l'accent n'en adhère pas moins, pour ainsi dire, à chaque syllabe; et de l'alternat de l'accent sur le schème dépendent le nombre et la valeur du vers.
Ce nouveau système de versification, aussi éloigné de la prosodie latine que de l'allemande, est commun à l'italien, à l'espagnol et au portugais, et n'exige pas plus ampl explication. Remarquons, toutefois, une disparité entrée langues au sujet de l'apostrophe et de l'hiatus. Ainsi que deux voyelles viennent àse rencontrer: il se présente triple mode d'emploi. I. Toutes deux seront prononcées mais ne compteront que pour une syllabe. II. L'une sera apostrophée. III. Toutes deux seront prononcées et compteront pour deux syllabes, (hiatus).
Le premier procédé, fausse élision parce qu'il ne constitue qu'une manière de scander prosodique et non phonétique, est commun au provençal et aux langues que nous venons de nommer. Ainsi l'a ne sera pas absorbé dans ce vers de huit syllabes,
Qu'elba e« Un ensanhad/i et prot. —
En preuve : la lettre se trouvera écrite dans les ms. mais l' emploi de l'apostrophe, presqu'étranger à l'espagnol et au portugais et peu usuel à l'italien, est des plus fréquents en provençal; les copistes n'en connaissant pas le signe, réunissent le mot qui perd sa voyelle finale au mot suivant ainsi : flors blanquc vermeille groia que nous décomposerons :
Flors blanqu'e vcrmeill'e gruia.
Cette prédilection pour l'apostrophe est un des traits caractérisques du vers provençal; il en acquiert une marche plus uniforme et plus grave; quant à l'hiatus, rejeté
( oi )
par loules les langues modernes du raidi, les meilleurs troubadours se le permettent quelquefois, principalement devant les monosyllabes, qui sont rarement tout-à-fait ineuphoniques, comme dans ce vers de huit syllabes :
Vous me al vos Ire mamlamcn.
Les diverses coupes de vers sont au nombre de neuf; ue si l'on tient compte des féminins et qu'on y ajoute le monosyllabique, le total s'élève à dix-neuf. L'iambique, s'il est permis de le dénommer ainsi, favorisé par la structure même de la langue, prédomine et comporte (style classique) de un à six pieds. Le troebéique se rencontre rarement et ne compte que deux jusqu'à trois pieds (1).
(IJ Le tableau suivant offre les différentes coupes île vers : I arabiques.