‹ La poésie des troubadoursChapitre 18 sur 60 · IV. No vuelh osscr conoissens · texte numérisé non relu

IV. No vuelh osscr conoissens

Que Tara la vostr' amia.

Ginguené qui a traité dans son ilist. litt. d'Italie, t. 1, la métrique des troubadours, oublie, p. 288, le vers de neuf syllabes. Le troebéique ne se rencontre pas, l'iambiquc est trés-raro dans M poésie lyrique. H. III. «G; donne un exemple. Il est fréquent dans la poésie narrative. U monosyllabique n'est guère employé, sauf par Aroaut Daniel, V. 30. Marcabrun. V. 206, etc.

Ordinairement les iambiquesnc comprennent que de six à dix syllabes, non-seulement dans les chansons, maisencore dans la poésie narrative ou même didactique. Cette dernière adopte de préférence celui de six syllabes; le huit-syllabique est plus particulièrement affecté à la narration et au roman. Le dyssillabique est aussi employé dans le roman, mais ^ plus rarement . L'alexandrin, presqu'inconnu au genre lyri- * ?W que, apparaît dans quelques œuvres didactiques des temps postérieurs.

Ces quatre sortes de vers étaient naturalisés en France longtemps avant les troubadours. Quelle ancienneté , quelle nationalité pourraient-ils revendiquer? c'est une question intéressante mais difficile à résoudre.

LA STROPIIK.

La strophe se nomme cobla, c est-à-dire couplet (1). C'est dans la structure de la strophe que la poésie artistique révèle toute sa docte individualité et tout son éclat. Le trait caractéristique de la poésie populaire c'est de rendre monorimes deux ou plusieurs vers et de compléter avec le vers la pensée, ou du moins un membre de lapensée.Mais sa noble sœur, dédaignant unerègle qui trahissait une grande simplicité d'esprit entremêla les vers inégaux de rhythme et dissonnants de rimes, en se contentant de les enchaîner à son gré par le sens. Telle fut en tout lieu sa méthode; et bien qu'elle semble se présenter d'elle-même , ce n'en est pas moins une importante innovation.

La strophe provençale n'impose pas un cadre déterminé à l'avance , à l'instar du livre de chansons de Pétrarque, ou du Cancionero espagnol. Il règne à cet égard une latitude illimitée. Libre au poète de se créer une combinaison telle qu'elle et d'y faire preuve de talent. Nous le répétons, c'est ici que la muse provençale s'élève

(1) Guy de CaTaillon : Doas cobla* rnrai en amiesl son. IV. 307. Guillaume de St-Didier Vuelh mas cobla* moven totas en belu.lll, 300.

à une haute individualité, et ce qu'elle a moissonné dans ce champ, elle n'en doit compte qu'à elle-même; car la littérature classique lui était presque inconnue et l'hymne d'église se trouvait restreinte à des modes plus simples. Chaque chanson toutefois n'offre pas une nouvelle disposition de strophes. Quelques-unes obtinrent faveur et furent adoptées par divers poètes, surtout lorsqu'il s'y joignait l'analogie du sujet; et ce genre d'imitation n'encourut jamais de blâme. Guillaume de Berguedan dit très-librement : « J'ai commencé une chanson qui sera chantée au » loin sur un air vieil et ancien que composa Notde ltfon- » cada (1). » Hugues de Saint-Cyr annonce un sirventes sur une mélodie d'un autre troubadour, Àrnaut de Plagues. Maintes fois le poète conserve les rimes du modèle, comme on le voit par les nombreuses imitations d'une sixtined' Arnaut Daniel. (R. V. 58.210.)

Le nombre de vers composant une strophe est facultatif : on en trouve qui sont réduites au distique; d'autres comptent jusqu'à quarante-deux vers (2).

(1) Cuil. de Iterpuédan : Chanson ai comensada, Ouc sera loinp chantada En est son veill anlic.

Que foi* Not deMoncada. II.

l't de St-Cyr : IWcssonfret, un sirvente?

M'as quist c donar lo t'ny Al pus tost que yen poyxai El <on ilTCn Arnaut Magne*. W. 288.

(2) La plus lonpue strophe citée par Raynouard est do 22 ter*. La chanson inédite d'Aim-Mic de Wguilatn, qne t on troiucra i l'appendice, conprond des strophes de V2 t«t«.

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