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celui de chans mesclatz (canson mêlé), attendu qu'ils y mêlent l'amourà la politique; et défait, nombrede ces gra. ves chansons se rapprochaient du langage de l'amant (1). Voulait-on répondre à un sirventes? il fallait en conserver le rhythme elles rimes; c'est un principe dont on s'est rarement écarté (IV. 3).
La complainte, planh, déplore le trépas d'un ami t d'un héros, d'une amante, voire de plusieurs personnes; ainsi que le sirventes, elle n'est exclusivement asservie à aucune forme métrique; mais se comptait au solennel endécasyllabe, et devant être chantée, se partage en strophes. Consacrée àdes sujets politiques, elle tolère la dénomination de sirventes (2).
La tenson tensôs, c'est-à-dire dispute, occupe une place importante dans la littérature provençale. On l'appelle également conienciôs, conlentiou ou joex pattilZy jeux partis, c'est-à-dire jeu partagé, parce que les concurrents se partageaient la question ; par la même raison partimens ou partia (pour partidn); s agissait-il d'amour? jocs darnor ou jocs enamoraiz : enfin la lutte s'cngageait-elle entre plusieurs personnes ? torneinrnens (3j, tournoi. Voici ce qu'il y a à noter sur l'ordonnance et le contenu de cette chanson de défi. Dans la
(I) l'na chantnn sinrnL* A ma dona tramoirai. Ms.
Yai c cor Chant mcMciots.
• Contraamor. ■ Ms.
(2) Voyez le rnol planh ou fUuuh III. Ni). IV. 76. Dans une complainte d'Aimeric de l'égmlain, on lit :
l'art totzlos raonz voill qu'an mon sirwut s. V. 13.
(3) Ces diverseï il, nominations se rencontrent IV. 13 r>l 2."). II 1*.*3. V. liC. II. 190
première strophe, le poète soumet à son confrère, en l'interpellant par son nom, deux propositions ordinairement contradictoires, et le somme de défendre à son gré l'une ou l'autre. L'adversaire fait son choix dans la seconde strophe et s'attache dès-lors à le justifier; l'autre s'efforce à lui démontrer dans la troisième qu'il se fourvoie, et la discussion alterne ainsi durant plusieurs strophes. Souvent, les parties belligérantes conviennent à la fin de la pièce d'un ou plusieurs arbitres, en promettant d'obtempérer à la décision.
La forme a cela de particulier que le défendeur est tenu de conserver les rimes employées par le demandeur et qu'elles se reproduisent ainsi dans tout le cours du plaidoyer, ou tout au moins dans les deux premières strophes.
Rappelons encore qu'on rangeait parmi les tensons les débats entre un troubadour et un être incorporel, ou encore une simple discussion sur l'amour, sur les intérêts personnels, sans position ou thèse préalable.
/ La pastourelle, pastoreta ou pastorella, nous expose un entretien entre un troubadour et un berger ou une bergère. On ne la rencontre que chez les troubadours postérieurs, mais dès-lors elle parait très-fréquemment. Elle affectionne les longues strophes à petits vers. Si le poète introduit une nymphe qui garde des vaches au lieu de blancs moutons, la pièce prend le nom de çaqueira, vachère (1).
(1) l'astor^ta.V. 112. Pastorella. V. 171. exemples m. 105.381. V. 179. 198. 241. P. 0, 43. 127. 175. £01 262. 338. 341. 314. 34U. On lit éRalemenl 351 : une taquoira de Jean
d'EâlCTC.
L'aubade, alba (1), met en scène deux amants qui, au sein deleurbonheur, maudissent le lever de l'aube diligente.
Dans la sérénade, serena, de sers, l'amant invoque en soupirant l'heure du soir. Le refrain, accompagnement ordinaire de ces deux genres de pièces, doit ramener, suivant la circonstance, les mots alba ou ser. L'aubade ne reculepas devant les sujets religieux, revient dans les Ms. plus souvent que la sérénade, et date des meilleurs temps de la poésie provençale.
Les troubadours désignaient par descort, discordance, une chanson dont les strophes se composaient de vers différant de mesure ou inégaux en nombre. Il n'y a point de discort sans strophes. Dans ceux môme que les copistes, et partant les éditeurs, reproduisent indivis, la rime indique des divisions que l'on peut considérer comme des slrophes (2). En somme, le contenu de ce genre de poésie devait être aussi discordant que la forme; le discort servait à dépeindre les tortures d'un amour non payé de retour. Aussi Guiraut de Salignac déclare-t-il ne vouloir rimer de discort, attendu qu'il s'entend fort bien avec sa dame (3). Par la même raison, un poète anonyme, Cher- Ci) Voyez le mot UI. 542. exemples d'alba. IU. 251 313. 401. V. 08. 74. une serena HV
(2) Voyez des discorls de ce genre. Hl. 133 et 300. Le cemprend 3 strophes ;
1) vers 1 — 8; 2) vers 9 — 24; 3) tera 23 — 33. Le second cinq strophes:
I) Ter* 1-12; 2) vers 13-20; 3) vers 24 - 28. 4) v. 29-40. 6) t. 41 - 52.
Nous publions à rappcmlhe, comme spécimen de poésie artistique renforcée, un discort de 94 vers en partie monosyH.il i ; Raynouard (L. R. p. 513) donue un quatrième spéci. mon sur deux strophes, la première contient huit vers égaux, la seconde reproduit d'abord le système de la première et po-irsuit en modifiant le mètre et les rimes, et Tiennent eutln deux envois.
(3) E ja no feira descort, S'ieu acort E hon'acordarua Trolies ab lif»«. qu'am plus fort III. 39<«.
(liant sans doute à innover, dénomme son oeuvre acori. parce que , dit-il , étant parfaitement d'accord avec l'amour, le nom descorlne convient nullement à sa position (1). Quant à Kambaut de Vaqueiras, il met en désaccord vers, forme et langage; car dans la première strophe il débute en provençal, et emploie dans chacune des quatre strophes suivantes un dialecte différent (2). L'inventeur, au dire des Ms. 9 serait Guérin d'Apchier; en tout cas, il n'a guère fait de prosélytes.
Voici quelques autres spécialités qui, pour la plupart, appartiennent aux temps postérieurs.
' Breu doble est le nom d'une forme traitée par Guiraut Riquier (II, 333.) — Elle consiste en trois strophes de cinq vers. La signification du nom est obscure et d autant plus difficile à éclaircir que les exemples font défaut.
Rotruengc, relroensn, possède le refrain commun à plusieurs genres de poésies, ce qui pourrait lui avoir
(7) Po« am fln'amort ra'acort, Que ara forl Fiaient douma gaia, Ben dei far plazent acort,
Que descort Non lanh qu'teu retraia. I». 0. 388.
(2) Cette pièce, souvent réimprimée mtfmo en Allemagne , est sans valeur pour la linguistique, attendu <|»c l'on possède des spécimens plus anciens et plus corrects des idiomes qui s'y présentent. Au surplus il n'eM pas aisé de préciser quels dialectes notre polyglotte a voulu reproduire. Cresctmbini qui a voulu les déterminer pourrait bien s'être fourvoyé. Ainsi la troisième strophe n'est certainement pas du pur français. La cinquième est du mauvai* Castillan, et le dernier vers :
Mais que faillir non cuideyo, doit être restitue
Mais q-jc faillir n«n cuide yo.
( «io )
valu son nom; nous n'en saurions dire autre chose (1).
La ballade, balada, et la chanson de danse [dansa), étaient destinées, ce semble, à accompagner la danse. Ce sont chansons légères, assez frivoles, où l'air passe avant les paroles. Elles ne sont astreintes à aucune forme déterminée, mais employent toujours le refrain, lequel revenant à plusieurs reprises dans la même strophe, fait pressentir la destination de ces poésies (2).
La ronde, canson redonda, offre cette particularité que le dernier vers de chaque strophe recommence la suivante : on la dit enchaînée, encadenada, alors que les rimes de la première strophe sont reproduites en sens inverse dans la seconde, de sorte que la première rime de la première strophe correspond avec la dernière de la seconde, tour de force auquel la ronde est peut-être redevable de sa dénomination (3).
(1) Les noms retroensa et rr troencha. V. 40. 171. Exemples II. 238. F. 0. 317. Selon RaynooanL Us strophe* doivent offrir des rimes dissonantes mais outre l'exception qu'il indique lui même, le P. 0. en oITro une autre, où toutes les rimes correspondent, nous ne pouvons donc
accepter la règle.
(4) Exemples. II. 212. ail. V. 40. On y trouve les noms balada cl datisa. Les levés d'amor cherchent à établir une distinction : baU es divers de dansa. Bals a x coblas o mays, etc.
(5) Le M*, de Taris 7396, 1 vol. 300, contient une pièce de ce genre do Guiraut Riquior,
et encadenada de molz e de son. •
Clamans