‹ La poésie des troubadoursChapitre 28 sur 60 · Uanc tuus e Gotico mittit tibi Naso salutem · texte numérisé non relu

Uanc tuus e Gotico mittit tibi Naso salutem

Mittere rem si quis. qua caret ipsa. poMest. Trist. XII. I. Bernard de Yeutadour : En Provenu tramet joy c suluti...

Car ieu li man aiso don non ai gane. III. 74.

venaient Caton, Virgile plus en honneur comme adepte isà de la sagesse occulte que comme poète. Quant aux autres

i«a classiques, ou les connaissait à peine de nom ; et bien

>!tt que quelques troubadours des temps postérieurs aient

t» été plus versés dans l'antiquité, cela ne change rien à la

5 il thèse.

On ne saurait donc attribuer à la poésie romaine la moindre influence sur la naissance, les progrès ou l'entier développement de la littérature provençale. Loin

de là; son indépendante individualité saute aux yeux. L'emploi du butin glané dans le chant classique, loin de donner prise à blâme, fait honneur au bon sens des troubadours. Ils empruntent souvent l'étoffe classique , sans qu'il leur vienne en pensée de s'en approprier l'esprit et le style, se gardant ainsi de la fausse direction si préjudiciable à la poésie moderne. Ne confondons pas toutefois chez cette dernière un rajeunissement plein d'originalité avec une imitation servile; bornons-nous à un parallèle.

Les œuvres des poètes modernes, principalement celles des méridionaux fourmillent de comparaisons empruntées à l'antiquité ou du moins exprimées en slyle classique, mais qui restent fort en arrière de leurs prototypes, par la raison qu'elles trahissent le pénible travail de la copie. Chez les troubadours, résultat immédiat de l'observation, la comparaison vole de ses propres ailes, simple, dénuée d'ornement; mais vraie et parlante, elle ne frappe jamais à côté du but. Quelques exemples vont corroborer notre assertion. Guillaume de Cabestaing dit : « Tel que celui qui dédaigne la feuille et prend la plus

génie des fleurs, j'ai choisi dans le bosquet bien garni la belle des belles (1). »

Pierre Raimond de Toulouse : « La chandelle se consume elle-même pour éclairer autrui; ainsi je chante mon plus grand martyre. » III. 127.

Peirol: « Les yeux de mon cœur sont toujours tournés vers elle, n'importe où je me trouve, je la vois et la contemple; je ressemble donc a cette fleur, dont on raconte quelle est toujours tournée vers le soleil (2). »

Le même : « L'enfant élevé dès son bas âge dans une noble cour; bien qu'honoré de son seigneur, une fois devenu grand , le quitte et se met en quête d'un meilleur sort; mais ne le trouvant pas, il comprend sa déception et n'a plus de repos qu'il ne soit de retour. Ainsi me tardet — il de revenir auprès de celle dont j'ai eu la folie de m'éloigner, ne lui demandant d'autre merci que de me souffrir en sa présence. » V. 326.

Folquet de Marseille : «Ces beaux semblants qu'amour trompeur lui donne séduisent l'amant insensé et l'attirent

(1) Aissi cumselh que laissai fuelh E pren de las flor de la gonsor Ai on chauzit en un aul bnielh Sobre loUu te belbazor. 111. III.

(2) l.i hncill del cor estai!

A leis ves onqutMn rira Si c 'ailes on qu'ill a n La vei e. la remiro :

Tôt per aital somblan tom la f\on c'ora reirai.

Que toia ria rai Conira'l soleill riran.

• V'm sOQft rauc pcn«an • J/< D 3W

vers elle. Ainsi le fol intinct du papillon l'entraîne dans la flamme dont la clarté scintille. » III. 53.

Arnaut de Marueil : « Le poisson ne respire que dans l'onde, et moi je n'ai de vie et n'en aurai jamais que dans l'ivresse qu'amour nTa donnée en me faisant choisir une telle dame. » III. 207.

Pons de Capdueil : « Plus l'avare accumule d'or et d'argent et plus il convoite la richesse. Et moi plusje vois d'autres bellesetplus je sens accroître ma passion; tant ma dame possède de mérite. » III. 177.

Pcirol : « Flamme d'amour me consume et le jour et » la nuit; mon âme s'en épure comme l'or dans la four- » naise. » III. 276. »

Gaucelm Faidit : « Plus le bonheur me fuit, plus j'ai d'espérance, ainsi que le joueur qui s'embrouillant dans son jeu, s'obstine à jouer sans gagner et devient insensible à la faim, à la soif et aux représentations (t). >»

Peire Vidal : « Tel que le pauvre qui se tient au seuil de l'opulent château, et, si grande que soit son angoisse, n'ose faire entendre sa plainte de peur de causer du déplaisir au seigneur, je n'ose exhaler mes mortelles douleurs (2). »

(1) Mas eu o port «i l bon esper, Corn sel qu'ai jogar si conlon.

Que jogae non po(siojoc a»*r F. non sen fam ni set ni son.

. F'oro pogues partir. . .V*.

<1\ Si col paubres que jay rl rie o«u»l Que noca «t planh. «itoi s a gran ilolnr Tan tem que loin a<l eimeg al si-utiur .No maus plauher île ma .lolur mortal. 111. T.l!).

Folquet de Romans : a L'étoile brillante guide le nautonier; celui qui se montre vaillant, loyal et fidèle serviteur est guidé par J'attente d'un noble prix (1). »

Les anciens avaient l'inappréciable avantage, que la mythologie mettait à leur disposition des métaphores, des comparaisons, des allusions sans nombre. Grâce à de tels auxiliaires, ils plaçaient la pensée sous son jour le plus poétique, et rendaient en quelques mots toute une corrélation d'idées, obtenant de grands effets à peu de frais. II tardait aux modernes d'opérer avec un instrument si commode; on se mit donc assidûment à l'école des Grecs et des Romains, on mit tout en œuvre pour s'approprier l'étoffe antique, et qu'advint-il? Tout l'attirail mythologique, gros et menu, retourné de mille manières, ressuscita dans la nouvelle poésie. Elle en contracta de grands airs d'érudition; et le siècle put compter avec orgueil des poètes qui, tout aussi bien que les classiques, requéraient commentaire. Mais en tenant cette voie l'art se rapprochait-il du goût national? C'est ce dont on ne prenait souci, témoin le Camoëns.

Mieux favorisés, les troubadours, les poètes du moyenâge, nantis d'un véritable trésor de traditions et de fictions, en firent le même emploi esthétique que les anciens avaient fait de leur mythologie. Leurs créations poétiques, groupées en plusieurs cycles , étaient une émanation directe de l'esprit du temps. Universellement répandues, universellement intelligibles, partant éminemment nalio-

(l Ais*j cum la rlnra stcln Guida ia naî» c condui.

SI guida bos prêt» «©lut Qu'es valen» franc c servirc... V. ISS.

nalcs, elles offraient, attendu leur caractère mythique, une ample matière d'allusions et de comparaisons. On était loin de dédaigner les fables, les traditions héroïques de l'antiquité, mais d'ordinaire on leur faisait subir une transformation dans le goût de l'époque, qui les ramenait nécessairement dans la sphère nationale. On se gardait seulement de la théogonie proprement dite, anathémalisée comme idolâtrie.

Certains parallèles empruntés aux fables historiques nouvelles ou renouvelées étaient, pour ainsi dire, en permanence, source banale où Ton puisait à Taise. Ainsi : preux comme Rolland et Olivier ; magnanime comme Alexandre; sage comme Caton ; galant comme Ivain; fidèle en amour comme Tristan et Iseult, ou comme Floris et Blancaflor; amant infortuné comme Andrieux; fertile en expédients comme Renaud. Maintes fois le rapprochement est plus circonstancié. On en jugera par quelques exemples. Bernard de Ventadour dit en faisant allusion à Ovide (Met. XII et Remed. amor. I. 47. ): «Je ne cuidais qu'un baiser sur cette bouche sourieuse fût un traître qui me donnerait la mort si un autre doux baiser ne venait me guérir. Aussi je le compare à la lance de Pélée dont la blessure était incurable, si on ne s'en laissait de nouveau férir (1). »

\X) Ja sa bella boca rÏMtu v cugei balzan nie tray«, Mas ab un «Ions baiiar m'aud* :

K s'a!» antre no me* guirens.

AU.-SM nïe< por s.miblaiwa f.tun fo«J« IVIeu* la lansa, Qm« de ion colp non podi'bom guérir Si [ter e»èloc no s'en r««» Ouïr. IU. 13.

Augier : « Je le sais maintenant , j'ai bu à la même coupe que Tristan, un filtre amoureux dont on ne peut guérir. » III. 105.

Arnaut de Marueil : « Rodocosta ni Biblis, Blaneaflors ni Sémiramis, Tibes ni Leyda, ni Hélène, ni Antigone, ni Ismène, ni la belle Iseult à la blonde chevelure n'octroyèrent à leurs amants, ce m'est avis, moitié de joye et de liesse dont vous m'avez guerdonné. » III. 20 i.

Rambaul de Vaqueiras : « Pcrccval lui-même, quand à la cour du roi Arlus, il eut dépouillé le chevalier aux armes rouges , n'éprouvait une exaltation comparable à la mienne. » II. 310.

Guillaume de la Tour : « Les dames qu'Alexandre rencontra, dit-on, dans la forêt, étaient de telle nature qu'elles n auraient pu en dépasser l'ombrage sans trouver la mort; et moi, nourri jusqu'à présent par l'amour, il me faudrait mourir si je quittais son servage ; car ma vie est en son pouvoir. » V. 212.

Pierre de Cols : «Que le feu qui me consume est d'une singulière nature; plus je voudrais le tempérer et plus il a d'ardeur. C'est un bain de délices gomme le bain enflammé de la Salamandre. » V. 310.

Aimeric de Péguillain termine une complainte sur fa mort du roi Manfred, par une allusion au roi Artus dont les Bretons attendaient avec confiance le retour; allusion importante:

« Va-t-en parcourir les montagnes et les mers, ô mon sirventes; et puisse - lu rencontrer un homme qui

nous donne nouvelles d'Artus et nous dise quand il reviendra (1). »

Une attente chimérique se disait : esperansa bretona. Comparaison devenue proverbiale dans la poésie ro m a n - t#1l*-**t" ttqtie, et qui se rencontre même dans la moyenne latinité par ex : dans Pierre de Blois (Epist. 57).

Quitms si croJick-ris, Expeclare poterô Arctarum eu m Bretonibus.

Nous ne pousserons pas plus loin ces considérations sur l'esprit et le mérite de la poésie provençale en géné-* • ral; et nous aborderons l'examen détaillé des différentes spécialités de la chanson, en nous occupant exclusivement du contenu.

(1) Par loti los mom voill qu'an mon sirvemes E pari totas las mars, si ja popucs

Homo trobar que il saubcs noras dlr / Del roi Artus, ot quan dea revenir. V. 13.

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