‹ La poésie des troubadoursChapitre 29 sur 60 · REMARQUES SI R LES GENRES LYRIQUES · texte numérisé non relu

REMARQUES SI R LES GENRES LYRIQUES

/ Nous partageons les poésies lyriques en trois classes : 1.° la chanson d'amour ; 2.° le surventes; 3.° la tenson. Chaque genre comprend plusieurs sous-espèces ; nous nous croyons fondés à considérer comme lyrique, toutes I les poésies appropriées au débit musical, c'est-à-dire ré- I parties en strophes, et partant la romance.

LA CHANSON d'aMOUR.

Nous l'avons dit : la littérature provençale, prise dans son ensemble, constitue plutôt une poésie d'esprit qu'une poésie de sentiment. Un coup-d'œil sur le caractère intrinsèque, l'esprit, la tendance de la chanson d'amour justifiera celte assertion.

L'amour, tel qu'il se révèle dans la chanson, et simplement envisagé dans ses traits essentiels, n'est en somme qu'une fiction poétique , c'est-à-dire un prétexte à la poésie. Pour sujet de ses chants, le troubadour faisait

choix de la dame qui lui semblait la plus digne (i). Veu importait qu'elle fût ou nou en puissance de mari; car il s'agissait rarement de prétentions sérieuses, et Ton aurait peine à citer un exemple où ces intrigues toutes littéraires aient eu pour dénouement un nœud conjugal , bien que l'idole encensée ait quelquefois rémunéré le fidèle chanteur, en faveurs plus ou moins licites. Il est facile de le reconnaître; ce que l'on convoitait dans ces intimes relations, c'était la renommée. Le poète se décidait le plus souvent pour la fille, l'épouse ou tout au moins la parente du protecteur au château duquel il résidait; Ton peut s'y attendre, l'intérêt personnel avait sa bonne ^ part dans la détermination. De son côté, la protectrice avait à se féliciter d'acquérir un serviteur qui allait glorifier son nom; aussi passait-elle aisément sur la distance de rang; la qualité de poète était déjà un titre de noblesse à ses yeux. L'époque était advenue où l'on pouvait primer sur la foule autrement que par le privilège de la naissance, ou la dignité de chevalier. L'esprit et le talent s'entouraient déconsidération et étaient de puissants véhicules à la fortune. Le preux chevalier lui-même ne se contentait plus de la gloire des armes; il aspirait, si faire se poinait, au renom de poète ou tout au moins de protecteur de la poésie; aussi les vertus domestiques, modestes et silencieuses devenaient au beau sexe un cercle trop étroit. Il fallait que le concert de louanges cessât de

(J) HarcafarOO, apparemment pour se singulariser, jure puerre éleriu-lle au bcau-seic, 0* déclare n'avoir jamais connu l'amour.

Mar. abrtis, lo fllli* Na Druna, Fo ongentlratz en tal luna....

0«e anc non ainet negUM, Ni d'auira uo Ton «mou. V. 251.

h ad.;

se restreindre à la banlieue du manoir, pour retentir bientôt aussi loin que portaient les cent voix de la poésie • occitanienne. Combien Tamour-propre des Aères châtelaines ne devait-il pas être flatté, alors qu'elles s'entendaient nommer avec une timidité respectueuse, par ces mômes poètes qui, dans leurs satires, s'attaquaient sans la moindre révérence aux sommités de l'état et de l'église. Nous pouvons nous fier au biographe de Raimon de Miraval, quand il nous dit que ce troubadour s'était épris d'Alazaïs, dame noble, jeune et belle, avide d'honneurs , de louanges et de renommée; que celle-ci, comprenant que nul autre n'était plus à même de rehausser l'éclat de son nom, s'empressa d'accéder à la prestation d'hommage, et lui accorda ce que femme peut octroyer à son servant (!)• Raimon, reconnaissant, la célébra de son mieux, tant et si bien que nombre de princes et seigneurs, voire Pierre d'Aragon, séduits par ses éloges, lui envoyèrent de riches présents en la priant d'amour. Par le même motif une illustre dame avait agréé Richard de Barbésieux; Bernard de Ventadour n'était pas moins en faveur chez la noble épouse du comte de Ventadour; sa mauvaise étoile l'ayant fait expulserdu caslcl, il ne tarda pas à gagner les bonnes grâces de la duchesse de Normandie. Telle est encore l'histoire d'Arnaut de Marueil, de Gaucelm Faidit, dcFolque de Marseille et d'une foule d'autres ; ou du moins

(1) Un passage curieux nous apprend qu'il y nrait une sorlc d'hiérarchie amoureux :

Quatre escales a en ainor La premier es de fegnedor El segoiH es de precudor K lo tors es <\',ntcndcdor E 10 quart e> Ihul npcIltZ,

Anonyme. « Domna ro*. » L. R. t'Trad.J

tels sont les diresdes biographies postérieures assez dignes de foi. Au surplus, la discrétion de nos poètes ne va pas jusqu a dissimuler cette soif de célébrité de leurs dames patronesses, bien qu'ils ne s'en expliquent d'ordinaire qu'en termes convenables. Folquet de Marseille dit : « Elle aime que mes chants exaltent son mérite; c'est me faire honneur, car si ûn éloge requiert habile prôneur (t). » Rambaut de Vaqueiras est plus explicite. « Elle veut que dans mes chansons je vante son mérite et sa beauté (2j. » D'autres passages font allusion à ce poétique servage : « A vous, dit Guillaume de St.-Didier à la dame qui l'inspire, à vous qui possédez tant de mérites, siérait-il d'avoir en servage un troubadour qui chanterait vos louanges (3). » Folquet de Marseille: «Qu'elle daigne m'agréer, elle aura la récompense; car je ferai retentir son rare mérite dans maintes nobles réunions (4).»

On ne peut le nier, ces relations de châtelaines à troubadours dégénéraient parfois en véritable commerce amoureux; et déjà le laisser - aller de certaines chansons le donnerait à penser, si les biographes ne s'étaient

(I) Et pueis H plaa, qu'eu enanz «a valor E mon cbnUUr, dei n'aver gran kuuor :

Car sos preiz roi mot savi lausndor.

• Chantan volera. . Ht.

(•1) Qm toi quïeu lau en mas chamos Son pri'ti e sa» bêlas fàisos

« Lcu pot nom preu • M$.

(3) E pois tan es voatro pretj cabalos,

««-s taing, domna, c'aiati en seinpnoratgo I/o trobador, ijuo vo» c «m de plans dos.

• Estât aurai ettat, » Ht.

(*, Et cj inerte», s'il me deim?na ncuHur Qu'en maim bon toc fait son rie preu nuxir.

■ Btn an mort mi. • J/Y

bénévolement chargés de nous en instruire. Mais il n'en reste pas moins constant que chez nos chansonniers l'esprit était plus en jeu que le cœur. Tout aussi bien que la poésie, l'amour était alors une science qui pouvait se réduire en théorie; par exemple, l'expression saber tîamor ou de drudaria, « s'entendre en amour. » Certains troubadours sont invoqués comme versés dans la matière; et selon toute apparence, on aura rédigé un rudiment à l'usage des aspirants , en mettant à contribution les écrits érotiques d'Ovide, comme documents auxiliaires.

Il a été dit plus haut que la poésie artistique possédait un fonds d'idées en communauté, à l'usage de ses adeptes; ceci n'est nulle part plus frappant que dans la chanson d'amour. Essayons de trier les fils de ce tissus précieux et d'en assembler les nuances.

Prenons dans l'erotique. Voici d'abord une allégorie toute simple empruntée à l'antiquité : la personnification de l'amour. Notez qu'en général l'amour est considéré comme une déesse ; ce qui vient sans doute de ce quamor, comme les autres substantifs de cette terminaison, avait cessé d'être masculin. Cette divinité tient une lance ou un dard dont elle blesse les cœurs.

Uc Brunei : « Amour nous blesse aisément de sa lance; déesse invisible elle ne se révèle qu'à l'imagination ; s'insinue doucement d'un œil à l'autre, de l'œil au cœur, du cœur dans nos sentiments (1). Ainsi elle poursuit et

(i) Celle pensée Fournit à Aimer ic do Pépuilhain une définition en toutes formes, l'amour est le résultat do l'action des yeut sui le c<eur, et tice reisa.

Car li liueill son dr.i^oinan f)cl cor e l'ueill van» mrr

se, c'al cor piair mener.

dompte celui qui voudrait ne céder qu'à son gré. Mais si elle inflige un cruel martyre, elle veut qu'on se réjouisse de ses souffrances, que l'homme lui rende grâce de sa blessure , et s'humilie devant son orgueil vainqueur. L'amour ne veut ni menace ni dédain, mais gentils féaux serviteurs et bonne foi. » III. 315.

P. Raimon de Toulouse : « Amour sait férir de son dard, je l'ai appris; mais comment guérit-elle la blessure? je l'ignore encore. » Allusion , ce semble , au distique d'Ovide (Remed. am. 43.) V. 325.

Discite sanari per quetn didicislis Una raanus vobis vulnus opemque ferct.

Il est rare que la personnification de l'amour soit prise au masculin comme dans Folquel de Marseille.

E 'I dieu» d'amor m'a uafrat de tal lansa.

Telle était l'allégorie consacrée ; si Guiraul de Calanson en offre une plus recherchée, ce n'est qu'une déviation du type.

E quan ben son aconian E ferm tu? irei d'un semblât!.

Ai loncas prouverais amors nasquenza H'aiso. que l'uciU faim al cor agra.lar (Jn'estiers oo pot naisor ni comensar, Mm per lo grat dels très nais e comensa.

Per lo ernt e p<-'l roman bols 1res e per lur plazer Nais amor, qu'en bon esper Vai sos amies conforta ..

Peripic tng )i Un aman Sapebon, c'nmors es /lna bonvolensa, ijnn nais »Irl cor e dels Imeills ses rfuptar, Oue li htieill la fan flurir e'I cor granar,

Amor, qu'es fiuitz tic la vera MOSCOU

.Ancmais«lejoi..J#«- D- WX (Trait.)

L'amour était aux yeux des poètes le dispensateur de tout ce qui ennoblit le cœur de l'homme , la source première de l'humanité. Nul ne s'en exprime plus chaleureusement que Pons de Capdueil : « Heureux celui qu'amour tient en liesse; car amour est la source de tout bien; c'est lui qui inspire à l'homme l'aménité, la courtoisie, qui le rend loyal et bienveillant , à la fois fier et modeste. Celui qui aime vaut mille fois plus au conseil comme à la guerre où les hauts faits prennent naissance (1). »

Bernard de Ventadour : « Il ne vit pas , il est mort relui qui n'éprouve pas la douce saveur d'amour. Ne pas aimer, c'est n'exister que pour être à charge à autrui. »

Gaucclm Faidit:«Que ceux qui aiment la vertu sachent que c'est de l'amour que nous viennent libéralité, joyeux soulas, loyauté, modestie. Il nous fait aimer le mérite, nous rend esclave de 1 honneur, nous donne gentil maintien, joy et courtoisie. » III. 295.

Les poètes reconnaissent l'amour comme le maître qui les a initiés dans les mystères de l'art.

Peyrol : « Je dois bien chanter, car l'amour m'a servi de maître; il m a révélé l'art de trouver de beaux vers, et s'il ne m'eût instruit, jà ne serais poète. » III. 273.

Gaucelm Faidit fait à sa dame tout l'honneur de ses talents : « Mon cœur , mes belles chansons, tout ce que

(1 Aslrucx es «clli i'ui ainors ton jnvos, Ou'amors es caps île trosloz autre* lies, E |>«t ainor es bom truajs e cortoa, Francs, e geulil.sliumiU et oi g ilhos A <]>ii on tnnh, cri îai hum mit-Il* mil tans Gncrra> <• t<»rt/ «loi» nais-mn faitr prezans III. 173,

je puis bien dire ou bien faire, je reconnais, gentedame, que je le tiens de vous (1). »

Bernard de Ventadour s'exprime avec plus de poésie et de passion : « Un chant a bien peu de mérite, s'il ne part du cœur; et le cœur n'inspire que lorsque fin amour vient l'émouvoir , de là vient cette perfection de mes chants ; car ma bouche mon cœur, mes yeux, mon esprit, tout est en moi amoureuse ivresse. » III . 5G.

Les beautés de la nature ne sauraient déterminer le troubadour à chanter. Que lui importent les frimais, les ardeurs de l'été. Il n'est qu'une belle saison, celle qui ramène les félicités des amants.

(1) Mon cor e mi c mns bonus cansos Elot can sai d'arinen ilir ni lar Conosc, qu'eu tene, l>ona dornnn, de vos. .V*. Si Aimeric «Je l'éjriulain a servi M dame, il en a été bien dédommagé. A cause d'elle, il a gagn- honneurqu'il n'eût conquis, s'est abstenu de vilainie dont il ne se fût gardé. Il a pense, «t dit maint beau vers. — Sens et savoir, corps et cewir, poésie et ebant, il doit tout a sa dame et a l'amour. A eus l'éloge. Que s'il n'en relire autre bien, c'est qu'on le rémunère selon ses mérites, cat-il fait pins? Sa dame saurait le mieux guerdonner.

S'ieti l'ai servit, pro n'ai carabi damor,

Ab que ja puois non allies mais aiian

Qu'en mains luocs m'a raidi tant aut e tant pran,

Donja ses lieis nonpo^ra overbonor ;

E mtitttfts retx m'engart de vilania,

<„hi« *e< amor pardar no m'en sabria ;

B mains Los mou mi fai pensar • -tir,

Que ses amor non sabria im dir.

Ilona dotnpna, do vos teing e d'amor

Seu e saber, cor e cors, motz e . Iian,

E «ïeu ren dic.que sia benesiau,

DcveUn'aver lo gral e la lauzor Vos et ainors, que-m datz la maestria, E si ia plus de ben no m'en renia, l'rn n'ai cambi segon lo mieu servir, E silos plus, ben satibra'f plus grazir.

. f>l, qui slrals. . Mt 0. 4». (Tr**-)

Lambflrli de Bonanel : « Ni les fleurs, ni les roses, ni le vert gazon, ni la tendre feuilléc n'obtiendront le tribut de mes chants; l'amour seul, l'amour qui tient les cœurs enivrés. » V. 2&3.

Peire Raimon de Toulouse : « Ni les vergers fleuris , ni les riantes prairies, ne m'ont rendu chanteur, mais vous que j'adore, vous seule, ô ma dame, avez mis la joie dans mon cœur. » V. 328.

Pons de Capdueil ; « Les joies de l'amour, la vue des amants fidèles et sans duplicité, voilà ce qui m'inspire une chanson ; mais le printemps , l'été , ne trouvent en moi qu'une muette indifférence. » III. 181.

Bérenger de Palasol : « L'amour me fait chanter au milieu des ardeurs de l'été ou des glaces de l'hiver, comme si Ton se trouvait dans la belle saison priutanière (t). » HL 238.

Ce que le poète a produit, il en est donc redevable à sa dame; aussi lui en fait-il hommage. Guillaume de Magret s'exprime à ce sujet avec une gracieuse naïveté. « Le pécheur n'oserait vendre sa prise ou s'en nourrir, avant que de l'avoir montrée à son seigneur : et moi je suis eu servage d'une dame si digne d'amour que lorsque j'ai composé

(1) Comme lerme de comparaison, voi« i un eanson dArnaul Daniel, le seul où ce troubadour

ai rtY-ropé à sa manière.

Canchaihrurilla Toi es jrelaf fit).

Dois ausors eniresims Mas ieu non puesc frezir,

E'I rroitz sVrtîueilla. Camors novela

ponsocha-lvims; Mi fa l correvcrd.r :

pcl ilous refrim* Non dei Iremir,

Vei sorderir la brueilla. f/amnrs mi cuebr* e-m cela.

Masieusniprims E m lai tenir

D amer, qui q»c sVi. tueilla. Ma valor c m cabdela. . . M* D. ^

(T>adJ

chanson ,sirven les ou toute autre pièce qui me paraît bonne; je lui transmets mon œuvre afin qu'elle en prenne ce qui lui conviendra , et garde aussi souvenance de moi. Ce qu'elle dédaigne, j'en fais part à la gent courtoise (1). »

Des chansons entières sont consacrées à des considérations sur le caractère de l'amour, aux préceptes théoriques sur la manière de traiter cette passion volontaire et quinteuse. Nous nous bornons à quelques fragments.

Bernard de Ventadour : « En amour l'homme cesse d'être un maître, qui veut agircomme tel agit vilainement; l'amour ne veut que ce qui doit être. Pauvre et riche, il les replace au même niveau (2). »

Le même : « Dieu n'a pas voulu que l'amour fût un être dont on put tirer vengeance avec la lance ou l'épée. » III. 71.

Peire Rogicr : « Le digne amant n'en croit ni les médisants, ni le témoignage de ses yeux, quand ils lui rapportent une trahison de sa dame. Il se contente de ce qu'elle veut

(J) En aii*i in prrn cuin l'ai al pp«mlnr <)nr non ania «on p**ts manne ni rcn.lro fcnlroqm» Ta moslrai à son senhor, Qn'en tal dnmpna mi lai amors «*niewlr«s Uucqiianl ion Ta* mvent* ni rhamo .Ni nulha rr quiym p#s qin*1 «ia lut, l.ai lo y tramei per so qu'îfh on rWenlia Sn quoi plaira, t> que de mil sovenha, E pimysab lo sien remanen Déport m'ab la cortew gm

{'.' Vas on amor non ha hom^injoinralire, E qui li mticr, rilanamon «lompneia.

i: am.»r non roj rrn. que esser non ileia. • I

l'aiibr?* e ru-s lai ain<J<>* d'un parafe.

« Qnan rci la flor. ■ .V*.

bien lui dire, sans exiger de serment, et cesse, dès-lors, de croire à ce qu'il a vu. »

« Eo tout temps j'ai vu les mieux avisés faire d'insignes folies, s'opiniâtrer au maintien de leurs droits, jusqu'à pousser à bout la patience de leur dame. Alors ris se changent en pleurs, et les insensés se trouvent avoir provoqué le méchef qu'ils ont à déplorer (1).

Daudes de Prades: « Je sais bien qu'une dame dissimule ses favorables dispositions pour son amant, parce qu elle tient à sa réputation; que plus elle a désirde céder et plus elle se laisse presser; mais certains beaux semblants servent d'interprètes à cette réserve.

» Quiconque se connaît en amour peut facilement juger et croire qu'un regard agréable , qu'un doux soupir ne sont pas des messagers de refus. C'est extravagance que de perdre son temps à solliciter ce que l'on tient ; aussi je conseille aux amants habiles de ne demander une faveur qu'en la dérobant (2). »

(i) Dos Drutz non deu creire auctors Ni »o que vciran sey huelb De ncguna forfaitura Don sap que sa dorana I trars ; So que dia qu'a lait alhors Crraa, sitôt non lo jura, Eso qu'en ri dezacttelha.

(2) Ara die so que m plazeria E sai que no s pot avenir,

Que domna nonditzson dezir,

Ans cela plus so que volria De son amie, si yol onrar ; E lai s'ades plus apreyar,

On plus la destrcrihsos lalens; Mas be val dir lo bvlh semblait*.

Patience ( 1 ) ! Ancre de salât , mot magique des amants, talisman qui doit dévérouiller le cœur de la bienaimée. C'est ce qu'enseignent les grands maîtres de l'art, et maint poète assure que sa soumission au bon plaisir de sa dame égale celle du vassal envers son suzerain, de l'esclave à son maître. Il est né, il a été élevé pour elle; et malgré ses rigueurs il veut la servir à toujours. Aussi Bernard de Ventadour s'écrie : « O chère dame, je suis

et serai toujours à vous; esclave dévoué à vos commandements, je suis votre serviteur et votre homme lige. » III. 87.

Peire Vidal : « Je puis bien dire que je lui appartiens sans réserve; elle peut me donner ou me vendre. » NI. 313 .

Augier : « Je suis vôtre, sans feintise; et si telle était votre envie vous pourriez m'occire. » III. 105.

Gaucelm Faidit : « Dieu m'a créé pour accomplir les commandements de ma dame. Je me suis donné à elle, je ne veux cesser de l'honorer loyalement et de la servir, et veux être plus humble encore que le lion , alors qu'on l'avait délivré du piège (2).

(l)Peire Vidal n'entend se rebuter et fera, dii-il, comme l'ennuyeux mendiant qui demande et demande. Car la neige Onitparproduire le cristal (curie U aiiO.nJ d*huioirc naturelle), dont on peut tirer un feu déTorant.

Tcnrai m'a Tua de l'cnoio* romieu.

Que quor e quer, e de la freida neu

JVais lo crwtals; don nom irai fuoe arden,

E per «forti venson li bon sufren.

• Ancnomoriperamor. • M». D. UV.

{% Que dieua mi tes per far son raandamen, Et ieu li m'autrei ni mai* no-in vueill partir De lei onrar francamen e servir, K mais en vueill arer d'umelitatz.

Non ac lo leo. quan fon issifz del latz.

• Tropmalaroenm'anet. , Ms.

La discrétion était une qualité non moins indispensable chez le troubadour, la condition sine quâ non du loyal amour. Aussi n'est-il pas de recommandation sur laquelle on revienne si souvent (1).

Peire Raimon de Toulouse : « Le véritable amant se garde d'ébruiter son bonheur; il doit taire son cœur, le dérober à tous les yeux, et rendre grâce à l'amour du bien et du mal qu'il lui octroie. » V. 329.

(1) Certains troubadour* à bonne* fortunes n'avaient soucis de modestes et amours. Peire Vidal déclare que les maris le craignent comme l'eau et le feu. De qu'ion soi plus temsuU Que fu<TX ni fers IgUtS.

• [liens en sia grazilz. . M». D. 155.

Cent dantts désireraient l'avoir pour chevalier, il est loin de s'en faire accroire, mais il «t celui qui sait» propos ravir un baiser oudésarçonner un chevalier.

Cent donas sai, que cascuna-m volria Tener ab se, si aver me podia :

Mas ieu soi tel. qu'anc no*m gabei ni-m fois, Ni vol|?ui trop parlarde mi mezeis ; Mas donas bais c cavaliers desroc.

Sordel chandail souvent :

PoiEfl Sonlel n'ahencamjadasfcn Ben puesc camjar una, si no m'es bona. Bertran. II». Il ne. s'élorne pas qu'on le redoute, car il est irrésistible. Que l'on ne blâme donc pas (rens qui se lamentent quand leurs femmes lui font accueil: peu lui chaut de leurs douloirs on de leur colère; que maris ne s'en plaignent, car il arrive immanquablement A ses fins. Au surplus, qu'on jase ou qu'on s'irrite, il ne cessera pas d'owïr des femmes.

No-m meraveill. si mant son gllos De mi. tan sui mdreg d'amorsaben*.

Qu'el mon non es dompna, tan sia pros, Que-s défendes de mos dolz precs plmsenz.

Donc non blasmon negun, que de m-s plaigna, Qu'usquecs adol. quant sa mortiers ro'acoill.

l'auc pretzsondol.emenzplan sai

Januls marritz de mon joi non se plaiçna ,

Qu'en aissi sui fadalz, que tôt quant voill

S'eschai, qu'aia d'amor, perqu'icu no-m tueill

D'aucir domnas pet bruit nipo mesclaigr». Ut. D. 472. (Trad)

Page 1