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à leurs contemporains. L'illustration des chansons historiques exige donc une connaissance approfondie de l'histoire locale et des généalogies des maisons de France et d'Italie (1). Etablir l'ordre chronologique parmi les chansons d'amour, assigner chacune d'elles à la dame dont le poète célèbre les perfections ou conjure les rigueurs, est une énigme parfois insoluble, mais toujours une œuvre de patience, attendu l'invariable coutume des mutations de service, l'inconstance naturelle ou forcée des troubadours. Ajoutez encore l'intelligence des textes entravée par la multiplicité d'homonymes , par la présence de mots, qui, tout en conservant leur signification primitive, se plient avec le temps à des acceptions fort diverses, inconnues aux dialectes néo-latins postérieurs, par uneétrangetéde constructions et de tournures qui va jusqu'à se faire un jeu de toute règle. Réellement la langue provençale est, sous la plume d'un poète, Tune des plus ardues à comprendre.
Les sources véritablement utiles au biographe sont :
I. Les notices manuscrites. Qu'il faille se garder de leur accorder confiance entière, c'est ce que M. Diez démontre à chaque page; leur dénier une valeur historique réelle et résultant de leur origine, serait un autre travers. Il en est d'elles comme de ces chroniques tant de fois sujettes à rectification. L'essentiel, c'est que bon nombre portent le caractère de documents. Ainsi lisons-nous dans la notice sur notregentil Bernard : « Le comte Ebles de Ventadour, fils de la vicomtesse qui fut » aimée de Bernard, m'a conté à moi, Uc deSt-Cyr, ce que » j'ai fait écrire sur ce troubadour. » — Dans la vie de Savaric de Mauléon : « Et sachez que moi, Uc de St-Cyr, qui
0) UHiiloire générale de Languedoc et VArt de ténfi^ les Dates «on» ici d'un grand
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» ai écrit cette histoire , j'ai été le messager, » Le reste des notices, hors une seule que s'attribue un certain Nîmois, Miquel de la Tour (R. V. 302), garde l'anonyme; plusieurs appartiennent vraisemblablement à (Je de St-Cyr, d'autres s'autorisent d'un contemporain du poète. « Peire d'Auvergne, est-il dit, « vécut longtemps dans le monde avec honneur, » comme me le disait le dauphin d'Auvergne, né de son » temps. » — Ou bien encore le biographe se déclare témoin oculaire . « J'ai vu et entendu tout ce que je vous raconte de » lui (Cadenet). » La notice sur Bertrand de Bom remonte tout au moins à la seconde moitié du XIW siècle, car Dante s'en sert presque textuellement dans son Enfer. Les biographies ne doivent dater que de l'ère des recueils de chansons; ce qui nous reporte, cela s'entend de soi, aux meilleurs temps de la poésie provençale. Folquct de Luncl parle d'un recueil de chansons entre les mains du comte de Rhodez (Hist. litt. des Troub., T. II, 4 45). Mais nous en avons d'antérieurs, selon Tiraboschi (Storia III. 362. IV. 350.) ; l'un de l'année * 254 , l'autre de \ 268. Il est digne de remarque qu'à peu d'exceptions près , les notices, annexées aux recueils de chansons indépendants les uns des autres, concordent entre elles ; tout nous indique donc une source primitive dont les ànthologues d'alors reconnaissaient l'authenticité, mais à dater du commencement du XIV e siècle, l'intérêt de l'auditoire n'allait plus jusqu'à s'enquérir des destinées du poète, car les productions des troubadours postérieurs, trouvent place dans les recueils , sans être accompagnées de notices. Les biographes puisaient dans les chansons, dans les commentaires des auteurs, commentaires propagés par les jongleurs et parfois altérés ou mêmes inventés parées derniers. On nous apprend de Guillaume de la Tour, que ses prologues
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en manière d'introduction étaient plus longs que les chansons ellc-mômcs (V. 244). Richard de Barbzieux, au contraire, s'entendait mieux à poétiser qu'à réciter ou faire entendre (V. 433). Rambaut d'Orange commente une de ses propres chansons, et Guiraut Riquier, celle d'un de ses confrères.
II. Les chansons, attendu la complaisance des poètes à nous entretenir de leurs intérêts publics et privés, fourmillent d'indications qui confirment, complètent ou rectifient les dires des notices; et, on le reconnaîtra, c'est ici que M. Diez a fait preuve de cette finesse, de cette sagacité, de cette sûrclé de critique qui lui assurent un des premiers rangs parmi les médiévistes de nos jours ( I ) .
III. Enfin les écrivains des XII e etXIlT siècles, tels que le prieur de Vigcois, Vincent de Bcauvais, Dante, Pétrarque, Denvenuto d'Imola, disséminent les indications sur la route du biographe; évidemment ils puisaient à des sources perdues pour nous. Les Novellc antichc en particulier trahissent leur origine provençale. Quant à Jehan de Nostrc-Damc, nul doute qu'il n'y ait du vrai dans ses assertions. Mais qui séparera l'ivraie du bon grain ? Ses autorités sont des plus sujettes à caution Qu'est-ce en effet que ce Mongc des îles d'or, bibliothécaire au monastère de St-Honorat de Lérins, supposé
(1) F.u éjard aux dissidences d'opinion entre M. Diei et ses devanciers, nmis transcrivons I indication suivante, mais qui n'a trait qu'aux sirventes. Chansons rapportées à d'autres événements ou à une autre date. Hnyn. II. 210. IV. 50. «3. 85. 96. 101. 102. 129. 131 143. 153. 184. 220. m 203. 303. 313 373. V. II. 291. (Salvau). 421. v Ou'ann. Ms. I na chanson de F. d« Roman*, eu - . — Chansons interprétées différemment on plus correct* ment : IV. 07. 87. 121. 133. 113. 170. 180. 199. 805. 21(7. 209. 210. 214. 230. 273. 3<R 338. 308. V. 111. Mas). 331». 340. 424. 423. 420. Ms Uon'A v-nlura de I'. Vidal. Tant es •le B.'lenot. En amor d'Albcriet, etc. Sirvenies qui ne se trouvent pas dans Millot III 101. IV. 01. 76. 94. 100. 141. 147 149. 151. 171. 177 181. 195. 244. 216. 260. 201. 2X8. 399. SSD. 353. 300. 362. 376. 380. V. 12. (Totas). 109. (I n?. 245. (Jérusalem*}. 303. I'. 0. 187. 190. 192. Ms. bel m es de V d'Auvergne. Lo doutt cl Si per mon de Boraeil. Uiautar» me torn de F. de Marseille.
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mort en S 408, el qui lui arrive par l'intermédiaire de Hugo de S t -César i, corrigé et amplifie? Certes Noslradamus aussi ne se sera fait faute d'embellissements et d'amplifications. Quand ces respectables narrateurs s'éloignent des notices, comptez qu'ils composent et nous débitent des fables. Le moine de Montmajour lui-même ne doit être autre que celui de Montaudon, dont la satire parait , dans la suite des temps , avoir reçu quelques additions.
Nos lecteurs ont pu suivre M. Diez dans l'exécution de son œuvre. Abuserons-nous de leur patience en laissant ce juge si compétent résumer ici son opinion sur le mérite littéraire de la poésie provençale? Il avait édifié ce monument de saine critique; il y pose la dernière pierre.
Quelque jugement que l'on porte sur les poésies des troubadours, quelle que soit la part des suffrages et du blâme, on tombera d'accord qu'au point de vue des exigences absolues de l'art, la critique y trouve à reprendre. Toute composition poétique exprime une idée, l'expose, la développe et tend dans toutes ses parties à produire un ensemble harmonieux; principe qui découle de l'essence même de la poésie et reste indépendant des lieux et des époques. Les troubadours, à part l'addition de l'envoi, suggestion de mode, l'observent d'ordinaire, ou plutôt, ils s'y conforment à leur insu. Nombre de chansons présentent une ordonnance, un agencement qui ne saurait être mieux combiné, ni plus digne d'éloges. Néanmoins il leur arrive fréquemment de contrevenir à cette unité , sans motif avoué et d'une façon tout-à-fait arbitraire. Peire Vidal interrompt d erotiques considérations pour appeler les rois d'Espagne à la croisade contre les Maures. D'autres fois cette unité est complètement mise de côté, et notre Vidal coupe court à son