POÉSIE NARRATIVE
Par une singulière fatalité, de tout ce riche avoir en romans, en nouvelles, dont on est en droit de faire honneur à la littérature provençale, il ne nous est parvenu, à peu d'exceptions près, que des spécimen tellement insignifiants qu'on ne saurait asseoir un jugement sur le mérite du genre. Atlribuera-t-on cette pénurie à la prépondérance de la poésie lyrique ensemble , à ce qui en était le résultat : une profonde indifférence pour les productions épiques? N'est-ce qu'un simple jeu du hasard? Il faut bien le reconnaître, c'est à l'attraction exercée sur la majorité des esprits par le genre lyrique que nous sommes redevables de posséder la presque totalité du contingent, c'est-à-dire plusieurs milliers de chansons et de ce nombre l'élite. Mais le dilettantisme de l'époque avait une double cause : le mérite esthétique et l'importance politique. En effet, les recueils de chansons se recommandent tout à la fois par cette diversité qui en fait l'herbier choisi des fleurs intellectuelles d'un vaste territoire linguistique, et par un grand intérêt historique. Maintes chansons ont trait à des sommités contemporaines; quelques-unes même sont leur ouvrage; on s'attachait donc à les mulli-
>lier par la copie, à les conserver avec une (oule autre sollicitude que ces récils fabuleux bien éloignés de se ecoramander aux mômes titres.
La véritable patrie du roman et de la nouvelle, c'est e nord de la France et principalement l'ouest; toutefois 'on ne saurait refuser au midi une riche quote-part com- >renant les importations des états limitrophes et les proluclions spontanées de son propre sol, ainsi que Fa lémontré Raynouard (H, 294. ). Nous avons ici le témoignage concluant des troubadours, qui ne se contentent )as de signaler le talent de débiter les contes comme une ittribution des jongleurs, mais désignent nominativement es poésies dont la connaissance leur est indispensable, et roire même les héros qu'on y fait intervenir. Ces énumé- ■ H ions se rencontrent principalement dans les instructions iux jongleurs (t). Et l'érudition de nos poètes, embrassant
(I) Xotw avons déjà cil»? plusieurs foU l'instruction aux jongleurs de liuiruiu de Calcn>ou:
l'ucys apcnras
B Je Satan
De l'eloa»,
E de Saran,
' 'Oui cl feu Proji dttsiryyr;
Coin Saloinos Mttip pie- tenir :
De Daracus
Del rey Seon
E de Darnus
E île Arnon,
Sel «pie primiet la fcU baslir.
<.<> le Felip etpaorUir,
De Deufrano»
Apren del pont.
E de Genou,
Perque ni coin
U'anci on lu vas conquérir .
Na Discordia 1» les legir:
De l'opcon
Del rcy Flapis
E de nagon,
Sel île Paris,
C'aneron a bonas mûrir ;