DRAME DU RÉVÉREND MÏLMANN
Ce drame, qui offre de grandes beautés, manque cependant des conditions et des qualités d'un bon drame. Son vice capital est la duplicité d'action que
(1) Traduction inédite.
Fauteur n'a cherché à dissimuler par aucune transition habile et qui l'a entraîné dans un changement continuel de théâtre. 11 transporte successivement et à plusieurs reprises son lecteur (car je ne crois pas que le drame ait été représenté) dans le palais de Balthasar, dans le temple de Bel, dans les rues de Babylone. En résume, c'est plutôt une œuvre lyrique et descriptive qu'une tragédie; mais la poésie s'y élève haut. Les traits de sentiment y abondent. En voici un exemple :
Babylone est en feu ; la reine Nitocris cherche son fds Balthasar parmi les morts et les mourants; elle rencontre Imla ; c'est le père d'une jeune Juive, Bénina, dont le matin même Nitocris a dédaigné les supplication, lorsqu'on l'entraînait dans le temple de Bel.
NlfOCRTS.
«Mon fils, mon fils! J'entends des cris, je vois des flammes, je marche à travers des palais croulants; nulle part je ne trouve le Roi , et pourtant je le cherche même où il ne doit pas être. Tantôt je m'enfonce dans l'obscurité pour éviter l'ennemi ; tantôt j'espère à la lueur de ces flammes cruelles reconnaître la beauté de mou fils bien-aimé ; je vois en passant des veuves, des mères furieuses de douleur, qui s'arrachent les cheveux sur les cadavres de leurs enfants, et moi, je ne puis rencontrer Bal-
thasar et lui rendre au moins ce dernier devoir. Je ne puis porter son deuil ; je crie à ces hommes que je suis leur Reine; ils ne me jettent qu'un regard de raillerie et de pitié. Les Reines, disent-ils, peuvent donc être aussi malheureuses que les esclaves. Parfoisje me suis arrêtée devant ces visages effrayants avec le cruel espoir de voir mon fils ; je n'ose l'appeler par son nom, de peur qu'on m'entende et qu'il coure au devant du fer meurtrier. Grands Dieux! sa majesté, sa beauté doivent le désiguer à l'épée de l'ennemi, et le Persan orgueilleux, dédaigneux de frapper des tètes moins élevées, voudra s'acquérir une éternelle gloire en faisant tomber sous ses coups celui qui ne peut opposer ni armes,, ni secours, Ballhasar. Mais j'entends quelqu'un. Esclave, l'avez-vous vu ? Je vous donnerai de l'or , des royaumes... Quel or, quels royaumes la reine captive de Babylone peut-elle donner? Mais peut-être avez-vous connu l'affection que des parents portent aux fruits de leurs amours, àla moitié d'eux-mêmes, à ceux dont la vie est liée à la leur si fort qu'il leur vaut mieux mourir que s'en séparer. Avez-vous vu le roi mon fils, l'ornement du trône, mon incomparable fils ?
IMLA.
« J'avais ce matin une fille belle comme la colombe des montagnes, pure comme le cristal du ruisseau qu'elle boit, et quand on l'arrachait du sein
de son père pour la conduire à la mort..,, oh ! non... c'était pis que la mort ! la reine de Babylone a détourné ses regards orgueilleux et ne s'est pas arrêtée un moment devant mon pauvre enfant.
NITOCRIS.
« 0 dieux justes mais cruels dans votre justice ! Et vous ne l'avez plus vue ?