‹ La poésie devant la BibleChapitre 105 sur 120 · TOBIE · texte numérisé non relu

TOBIE

POEME IMITE DE l'ÉCKITURE-SAINTE, PAU FI.ORIAN.

Ce sujet a été bien choisi par Florian; il convenait à son talent poétique. Florian l'a rendu avec bonheur ; il ne l'a déparé que par quelques taches, quelques additions iuutiles qui nuisent à la beauté de l'ensemble et ne sont pas autant que le reste dans l'esprit de l'Écriture.

Son portrait du jeune Tobie est gracieux :

Le vieillard se croyant au bout de sa carrière, Fait appeler son fils, son fils qui, jeune encor, De l'aimable innocence a gardé le trésor; Comme un autre Joseph nourri dans l'esclavage, Et semblable à Joseph de mœurs et de visage. Possédant sa beauté, sa grâce et sa pudeur.

Le jeune Tobie, accompagné de l'ange caché sous la forme mortelle, arrive chez Raguel qui l'accueille en ami tendre de son père. Mais pourquoi Florian lui fait-il dire :

Ton père soixante ans fut notre unique appui, Viens jouir, ô mon fils, de notre amour pour lui.

Ce n'est pas dans la Bible. Raguel dit simplement :

— li7S — « Que Dieu le bénisse, car tu es le fils d'un homme bon, d'un homme très-verl .ueux. »

Quelques autres traits ne sont pas du même ton que le texte sacré ; par exemple, la prière des jeunes époux :

Dieu puissant, disent-ils, qui daignas de les mains

Former une compagne au premier des humains,

Afin de consoler sa profonde misère

Par le doux nom d'époux et par celui de frère,

Nous ne prétendons pas à ce bonheur parfait

Qui pour le cœur de l'homme, hélas I ne fut point fait ;

Mais donne-nous l'amour des devoirs qu'il faut suivre :

La vertu pour souffrir, la tendresse pour vivre,

Des héritiers nombreux dignes de te ebérir,

Et des jours innocents passés à te servir.

Un pareil style est philosophique, mais il n'est pas biblique. La prière de la Bible a un grand caractère de simplicité : « Vous avez formé Adam du limon de la terre et vous lui avez donné Eve pour compagne. Et maintenant, Seigneur, vous savez que ce n'est point par un mauvais désir que je prends ma sœur pour épouse, mais dans le seul espoir d'une postérité par laquelle votre nom sera béni dans tous les siècles. »

Au contraire, l'anxiété des parents de Tobie est admirablement rendue :

Depuis qu'il est parti, ce vieillard désolé, Comptant de son retour le moment écoulé,

Se traînait chaque jour aux portes de Ninive ; Sou épouse guidait sa démarche tardive.

Le vieillard restait seul assis sur le chemin, Vers chaque voyageur il étendait la main, Le voyageur passait et Tobie en silence Pour la reperdre encore attendait Vespérance. Sa femme, gravissant sur les monts d'alentour, Cherchait au loin des yeux l'objet de son amour, Pleurait de ne point voir cet entant qu'elle adore, Et suspendait ses pleurs pour le chercher encore.

Je regrette que Florian n'ait pas imité le chapitre XIV du livre de Tobie, où il est rendu compte des longues années et du sort heureux des deux Tobie. L'auteur a négligé aussi les conseils du père au fils dont l'effet eût été touchant. En général, Florian a trop accommodé cette histoire pour l'enfance et pas assez pour la jeunesse et l'âge mûr.

Page 1