‹ La poésie devant la BibleChapitre 112 sur 120 · LE SOLDAT · texte numérisé non relu

LE SOLDAT

« Il demande un siège , comme étant frère des Machabées.

LYSIAS

« Restez, Cloriquée. Ne trouvant pas de siège inoccupé, il fondra qu'il parle debout.

JONATHAN

« Que le ciel vous garde, vous et les vôtres.

LYSIAS

« Que le ciel vous garde ! Hébreu ; dites brièvement pourquoi vous venez ?

JONATHAN

« Je serai plus bref, si vous me donnez un siège.

LYSIAS

« Je n'en donne à aucun ambassadeur, parce que je considère mes nobles ancêtres comme les maîtres des vôtres.

JONATHAN

<r Cependant, j'ai coutume de m'asseoir, et, comme je ne vois pas de siège et que je ne veux pas vous céder, je me ferai un siège de mon manteau. Me voilà assis.

LYSIAS

a Poursuivez votre discours.

JONATHAN

« D'abord, je veux dissiper votre erreur. Écoutez-moi avec attention. Cette antique cité, assise sur de superbes monts, celte cité triomphante serait une charge suffisante pour trois Atlas. Elle s'appelait d'abord Salem, du nom de Salem, le premier qui, dans les montagnes, trouva des matériaux pour ses édifices. Salem offrit de justes sacrifices à notre vrai Dieu, brûlant sur ses autels un encens parfumé. Depuis, les Jébuséens la possédèrent longtemps, et, confondant ensemble le nom de ses deux fondateurs, elle prit le nom de Jérusalem ; car Jéra est, en hébreu, le nom d'une herbe excellente. Elle a toujours, depuis, étalé sa grandeur, et nous y voyons, près de l'autel de David, le temple de Salomon. Si

vous me demandez pourquoi je vous tais une si longue narration, écoutez et vous le saurez.

LYSIAS

a Continuez.

JONATHAN

« Restez attentif. Si ce Dieu juste, ce Dieu éternel, a toujours été l'appui de Jérusalem, s'il a toujours été son Seigneur, pourquoi profaner ces lieux sacrés avec des sacrifices aux faux dieux? Écoutezmoi ; ceux que vous adorez sont vils et aveugles : Moloch, ce n'est que du bronze; Astaroth, que du plomb; Belzébuth, que du fer; Dacon, que de l'or; Bremod, que du bois; Baal, que delà boue. J'omets ces dieux pervers, de petite stature, que vous croyez les prolecteurs de vos maisons. Comment pouvezvous croire que ce sont là des dieux ?

LYSIAS

a Machabée, vous avez promis d'en dire peu.

JONATHAN

« Je n'ai pas dit encore l'objet de mon ambassade. Judas, que vos Assyriens mêmes appellent Judas sans peur, vous dit qu'il faut lui abandonner cette cité, ou qu'il viendra, dans sa fureur, venger le ciel de tant d'offenses. J'ai fini.

LYSIAS

« Attendez.

JONATHAN

« Je n'ai pas besoin de réponse. Je sais ce que vous répondrez.

LYSIAS

« Je n'ai qu'une chose à vous dire : quand tomberont ces murs superbes qui assurent la défense de celle ville, Judas trouvera plus de résistance encore dans mon cœur. Voilà ce que j'ai voulu vous dire. Eh quoi ! troublé par la peur, vous laissez là votre manteau.

JONATUAN.

u Je le laisse exprès.

LYSIAS

o Pourquoi ne pas l'enlever ?

JONATIIAN.

« Quand je vais en ambassade, je n'enlève jamais le siège où je me suis assis.

CLORIQUÉE.

o Noble réponse.

LYSIAS

« Soit ; j'interprète ainsi cet abaudon: en hissant votre manteau dans mes mains, vous prenez la fuite (1). »

On le voit, Caldéron fait de ses personnages des hommes modernes; il leur prête les mœurs du jour; il écrit pour son spectateur, il n'écrit pas pour luimême ; il ne cherche ni la couleur ni la vérité locales.

(1) Traduction inédite.

Quant au style, il est redondant. Voyez combien d'injures Caldéron entasse contre les faux dieux : c'est de l'or, c'est du bronze, c'est du bois, c'est de la boue, etc.

Racine, d'un seul trait, magnifique dans son énergie, flétrit l'idole de Baal :

Ami, peux-tu penser que d'un zèle frivole Je me laisse aveugler pour une vaine idole, Pour un fragile bois que, malgré mon secours, Les vers, sur son autel, consument tous les jours?

■Quel usage Lysias va-t-il faire de ce manteau d'un Machabée? Très-peu exclusif dans ses amours, en même temps qu'il donnait le plaisir d'un concert à Cloriquée, il se sentait embrasé de curiosité et d'amour pour les charmes de Zarès, qu'il entendait célébrer dans une chanson.

Dans la seconde journée, il s'introduit dans le camp hébreu sous le manteau de Jonathan. Entrevue entre Lysias et Zarès, qui s'est armée et veut combattre pour toucher le cœur de Judas. Effroi de Zarès, que Lysias ne soit rencontré et tué par Judas. Lysias ne consent à se retirer que s'il obtient un morceau de l'écharpe de la belle guerrière. Ils sont surpris par Siuiéon et Jonathan. Grand dépit, grand combat pour l'écharpe ; Lysias conserve ce qu'il a eu, Siméon en saisit un autre fragment; Jonathan seul reste dépourvu.

Mais il a un conseiller, Tolomie, qui l'engage à se présenter dans la tente de Zarès, avec le bouclier et la bannière de Judas, pour tromper l'amour de la jeune fille.

Dans la troisième journée, Jonathan suit ce mauvais conseil. Il va pénétrer chez Zarès. Tout à coup, la trompette du combat sonne; Jonathan hésite quelques instants entre la gloire et l'amour. Bientôt, il se le reproche et marche où le devoir l'appelle. C'est Tolomie qui tourne à son profit la supercherie; c'est lui qui va jouer le rôle de Judas.

Le résultat du combat est la prise de Jérusalem par les Machabées. Gorgias est tué , Lysias est vaincu. On éclaircit ce qui s'est passé dans le camp ; la ruse de Tolomie est découverte. Ses rivaux veulent le massacrer, mais Zarès l'accepte pour époux ; car, dit-elle, le plus mauvais des homtnes vivants vaut mieux que le plus brillant des hommes morts. Cloriquée se convertit à la religion des Hébreux, et Zarès demande grâce au public pour ce drame, qui ne présente guère que du faux, de l'outré, de l'invraisemblable, et dont tous les acteurs semblent avoir perdu la raison.

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