TRAGÉDIE DE M. GUIRAUD
C'est là une belle tragédie dans le genre admiratir, et je ne dirai pas trop en disant : Elle est digne de Corneille. Le supplice des Machabées était une action trop simple et trop uniforme dans sa sublimité même. M. Guiraud l'a varié heureusement par quelques péripéties qu'il a inventées ou empruntées à l'histoire , telles que la feinte du grand-prêtre Ephraïm, qui paraît un instant se prêter aux projets d'Antiochus, pour refuser ensuite, avec plus d'éclat, l'encens à ses faux dieux ; l'hésitation de Salomé, rachetée ensuite par un si beau mouvement dramatique ou plutôt religieux ; et la conversion d'Héliodore, ministre d'Antiochus, animée par l'apparition de l'ange exterminateur.
La poésie de M. Guiraud est ferme et souvent colorée. Pour justifier cet éloge, nous ne citerons que les prédictions de Salomé à Aniiochus, qui terminent la pièce :
C'en est fait de ton règne, et tes purs sont passés, Et les vers du cercueil sous ta pourpre amassés, Y réclament déjà leur pâture vivante.
Tu pâlis, roi timide, et ion cœur s'épouvante; Ecoute jusqu'au bout, je n'ai plus qu'un moment. Mais toi, tu dois mourir longtemps et lentement. Ta puissance finit et la mienne commence. Entends-tu la révolte armer un peuple immense? Le lion de Juda pousse des cris vainqueurs, Ephraïm expiré revit dans tous les cœurs. Ce peuple a recueilli notre exemple supiême, Il se lève, il saisit ton sanglant diadème. Tremble, jeté maudis, et mon dernier adieu Te laisse palpitant entre les mains de Dieu!