GRANDS TABLEAUX ET A SPECTACLE
LA CRÉATION, en un acte, LE DÉLUGE, en trois actes, parZORRILLA, 1848(1).
La Création serait mieux nommée la Tentation ; c'est la chute de l'homme qui en est le sujet.
Lucifer, que l'auteur nomme Luzbel, a une fille qu'il a appelée la Tentation, tant il l'a trouvée belle ! C'est elle qui, dans le ciel, a semé la révolte.
Lucifer sait, par une tradition qui existait déjà lorsqu'il habitait le ciel, que Dieu doit former un
(1) L'espagnol m'était inconnu lorsque j'ai entrepris cette œuvre. Je veux en croire notre regrettable Ozanam, lorsque, dans son Pèlerinage au pays du Cid, il dit que le langage de Caldéron est étincelant et musical, qu'il est intraduisible pour nous, éternellement enchanteur pour l'oreille des Espagnols. Je ne serais pas compétent pour le contredire ; mais dans ce que j'ai vu des plans de Caldéron et de leur exécution, il m'a paru, à la fois, un Corneille et un Tabarin.
Zorrilla, auteur moderne qui vit encore, je crois, et dont les œuvres ne sont pas traduites dans notre langue, m'a paru quelquefois s'élever et sa maintenir à une'grande hauteur; mais quand il descend, c'est si bas, qu'il inspire le dégoût. En se conformant au mauvais goût du peuple, au lieu de travailler à le réformer, il a commis un crime de lèse-littérature.
nouveau monde pour une nouvelle créature, à laquelle il destine une félicité parfaite. Accompagné de la Tentation, il s'adresse au Chaos, dont l'empire est troublé, et il lui demande le chemin du séjour de l'homme. Sur ses indications, il s'y rend, et ne peut être arrêté dans ses projets par l'archange Michel, qui a le pouvoir de prier pour Adam,, mais non celui de le sauver.
Lucifer recommande à la Tentation de ne rien épargner pour le succès.
« Puissant roi de l'enfer, lui répond celle-ci, sois tranquille. Mon regard satanique a su démêler ici les atomes du mal obscurément dispersés par le créateur dans son ouvrage. Je vais les féconder de mon haleine, je vais m'incorporer aux aliments de l'homme et contrarier dans ses chastes pensées le souvenir salutaire de Dieu. »
Elle emploie le serpent, qui murmure à l'oreille d'Eve; le serpent cueille le fruit, le porte à sa bouche, puis à celle d'Eve. Enfin Adam, qui avait d'abord résisté, accepte aussi l'aliment défendu ; tout cela se passe en présence de l'ange Gabriel, qui s'afflige. Lucifer se réjouit, au contraire. « Allez, dit-il à nos premiers parents, vivez et croissez pour le péché jusqu'à ce que votre créateur ordonne au monde de finir et au soleil de convertir en une vile poussière
la terre que vous fécondiez, et qu'un déluge qui fondra sur elle la raye du livre de la vie (1). »
Voilà comment la Création, dans l'intention de l'auteur, sert d'introduction fantastique au Déluge.