‹ La poésie devant la BibleChapitre 27 sur 120 · POEME BIBLIQUE ESPAGNOL, DE ZORRILLA · texte numérisé non relu

POEME BIBLIQUE ESPAGNOL, DE ZORRILLA

Ce poëme a pour sujet l'embrasement de Sodome et des villes réprouvées. L'auteur a amplifié ce sujet. 11 a manqué de goût quand il a supposé que cette catastrophe troublait la terre et le ciel, et suspendait jusqu'aux hymnes chantés par les anges à la gloire de Dieu. C'est de l'exagération espagnole.

On doit reprocher aussi au poëte une surabondance de descriptions. C'est ainsi qu'il a rempli sept chants. Mais la poésie de Zorrilla offre de grandes magnificences. Le style ne se rabaisse jamais à au-

cunc trivialité. Au contraire, il serait plutôt tendu. En voici un exemple dans ces strophes sur Dieu :

« En voyant la gravité de l'offense, Dieu se retire dans le sanctuaire du ciel le plus caché; il tire entre lui et les humains le voile de l'espace infini. Quand il songe à punir d'un châtiment mérité cette race impie, son esprit est assailli d'une sainte tristesse, mais sa pitié cède à sa justice.

« Notre Dieu n'est pas un Dieu qui résiste a la prière et qui détruit capricieusement le bel ouvrage que ses mains ont formé.

« Notre Dieu n'est pas un Dieu tyran qui triomphe du courage par la force ; c'est un Dieu ami de l'innocence ; il écoute celui qui prie et pardonne à celui qui croit.

« Notre Dieu n'est pas le Dieu de la vengeance. Le malheur, le deuil des hommes ne font pas sa joie ; il n'éteint pas le flambeau de l'espérance; le baume qu'elle répand, il ne le change pas en poison. Ce n'est pas un Dieu que puisse intéresser l'homme ivre de son pouvoir ou plein de sa colère, c'est le Dieu qui détourne la foudre à la prière de l'homme juste.

« Notre Dieu, c'est le Dieu de la bonté, de la consolation et de l'indulgence ; le Dieu qui voit avec pitié les malheurs et que désarme l'humaine pénitence ; c'est le Dieu qui pardonne aux cités s'il y a dix

justes; mais il punit le crime qui ne se repent pas, et même en punissant il instruit et fait du bien.

« C'est le Dieu souverain, juste et sévère, qui laisse entrevoir d'abord au criminel le rayon de la roudre dont il menace son immense malice; c'est le Dieu qui excite le repentir du pécheur dont il désire le pardon, et celui qui s'abaisse devant sa toute-puissance le désarme par ses prières.

o C'est le Dieu qui fit ce grand œuvre de la création et qui bientôt, voyant la méchanceté des hommes, les maudit et voulut en anéantir la race ; mais il écouta la parole suppliante de son fils et, sur le point de détruire le monde, il dit, en montrant combien il était irrité : Au prix de ton sang, je leur pardonne (1). »

Zorrilla introduit dans son poëme l'ange exterminateur, qu'il appelle Abdalon. Cette figure tient plutôt du démon que de l'ange; car Abdalon se plaît dans l'extermination. Nous avons déjà dit notre pensée sur ce genre de conception.

Voici le portrait d'Àbdalon, qui contraste avec l'image du Dieu bon.

.( C'est dans ces bois cachés et solitaires, c'est dans ce palais noir et obscur, c'est dans ces lieux où jamais téméraire n'a mis le pied, où jamais aucun œil ne fut assez hardi pour pénétrer, et qui ne sont

(1) Traduction inédite.

éclairés que d'un fanal suspendu à leurs tours, c'est là que le Seigneur tient renfermés les trésors de sa colère et les fournaises de ses rayons brûlants.

« Là, vit un esprit terrible qui s'endort au bruit des eaux mugissantes. Il est visible pour Dieu seul et n'obéit qu'à sa voix. Archange vengeur, quand il quitte le lieu de sa retraite, il parait devant Dieu la foudre et le carquois sur l'épaule.

« Esprit sans commencement ni fin , l'éternité existe dans sa mémoire. Seul il sait l'histoire infinie du sacré firmament. Au bruit seul de ses ailes noires, à son seul passage dans les deux, sont suspendus les cantiques de gloire.

« Enfant redoutable d'une colère toute-puissante, cet archange, qui compte les jours de notre vie, veille sur l'arsenal embrasé de Dieu et venge les outrages du Seigneur. Il garde le char dont l'attelage pousse le hennissement des supplices, et il y monte avec sa lance, sa cuirasse et sa coupe où fermente sa colère.

« Dans cette coupe, bout avec un bruit horrible la liqueur incorruptible de la colère divine ; elle remplit le vase jusqu'aux bords, et dans son sein profond fermente la grêle homicide; la peste aux poisons infernaux, l'éclair pâle et le tonnerre bruyant y ont déposé leurs germes.

« De là sort l'air qui propage la contagion, le suc de la ciguë, la soif du tigre qui demande du sang et la férocité de la hyène à l'œil oblique. Dans le fond

— \>-2 — de ce vase empoisonné, bouillonne aussi l'unique larme de fureur dont Lucifer désespéré pleure son éternité perdue.

t De son séjour, avec un horrible bruit, s'élance pour exécuter la volonté divine, l'esprit mystérieux et redoutable qui règne dans ce temple funéraire. Fier de sa mission, portant avec lui la terreur, il saisit la coupe, et partout où il passe, ses yeux irrités enflamment l'air et ses pieds calcinent les étoiles (1). »

(1) Traduction inédite.

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