P0EME ANGLAIS, PAR DRAYTON
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Ce poëme est supérieur daus sa composition au Déluge, du même auteur, dont nous avons parlé plus haut. Drayton nous apprend, dans le cours de son œuvre, en quelle année il l'entreprit : « Londres, malheureuse cité, c'est en 1G03, quand Dieu te frappa si gravement pour tes péchés, quand le poison qui infestait l'île spacieuse de l'Angleterre, lui faisait souffrir les mêmes maux que je viens de retracer, c'est à cette triste époque que j'entrepris ce poëme ; ton affliction était le livre ouvert où je trouvais le modèle de la misère égyptienne. »
Drayton n'a pas toujours puisé son Moïse dans les sources les plus pures. 11 a mêlé aux récits de la Bible les fables romanesques de Comestor (1) ; il a supposé que Moïse faisait la guerre aux Éthiopiens, à la tête des troupes égyptiennes , qu'une princesse d'Ethiopie tombait amoureuse de lui et offrait de lui livrer la ville assiégée. Moïse refuse, il se sent appelé
(1) Auteur de VUistoire scolastique, où il a défiguré l'Écriture parles légendes. Il vivait au douzième siècle.
à d'autres destins, au salut d'Israël. Drayton retrace les miracles de Moïse, les plaies d'Egypte ; ce récit pouvait amener la monotonie. L'auteur y remédie tantôt par des apostrophes à sa muse , tantôt par des allusions à l'histoire moderne. Le passage de la mer Rouge et le puissant appareil de l'armée de Pharaon noyé dans les flots, lui rappelle l'inutile tentative de Y Armada contre l'Angleterre.
« En 1588, on put voir à Douvres une flotte, semblable à une vaste foret, dont les voiles touchaient le ciel. Par son exemple, elle montra comment la puissance de Pharaon périt dans les ondes. La conquête que nos ennemis croyaient déjà tenir fut engloutie avec eux dans le canal. Les richesses des Castilles jonchaient la mer où venaient de s'abîmer les longues espérances de l'Espagne. Déjà les Anglais affligés parcouraient les côtes avec inquiétude et redoutaient ces menaces effrayantes, lorsque le Seigneur, dans sa justice éternelle, châtia d'une main victorieuse l'arrogance de l'Ibérie (1). »
C'est ainsi que le poëte ramène sa composition à la gloire nationale, moyen certain de plaire à la reine Elisabeth et au peuple qu'elle gouvernait.
11 y a des images terribles dans les vers de Drayton ; on y trouve des sentiments profonds. Eu parlant de
(1) Traduction inédite»
la plaie qui mit à mort tous les premiers nés d' Egypte, il dit : « La plus grande jouissance que le cœur puisse concevoir, celle de voir des enfants, fruits du mariage, les parents ne vivent que pour la voir se changer en malédiction et ne peuvent trouver le bonheur que dans le malheur même. »
11 y a aussi des images gracieuses, comme celle des jeux de Termuth, fdle de Pharaon, avec Moïse enfant. Elle intéresse son père à ces jeux ; il détache en se jouant la couronne de sa tête et la place sur celle de Moïse qui, avec l'insouciance de son âge, secoue et fait tomber par terre le diadème. Les Mages en conçoivent un mauvais augure ; mais Termuth rassure Pharaon, en lui faisant observer l'ignorance de l'enfant : elle lui présente des charbons ardents, et l'enfant approche sans crainte sa bouche de ce feu, d'où est venu, selon Gomestor et Drayton, le bégaiement que Moïse a toujours conservé.
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