‹ La poésie devant la BibleChapitre 39 sur 120 · SUR LES PLAIES D'EGYPTE · texte numérisé non relu

SUR LES PLAIES D'EGYPTE

par COWLEY.

L'auteur, homme d'étude et de recherches, après avoir médité son sujet avec patience, s'en est montré

digue par la grandeur des images, la hauteur des pensées, et par une harmonie qui n'échappe point aux oreilles les moins familiarisées avec la poésie anglaise.

Cette ode, composée de dix-neuf strophes d'une longueur inégale, commence par une apostrophe aux pécheurs , esclaves obstinés et volontaires de leurs passions, et qui restent attachés aux oignons d'Egypte.

« Pécheur, voilà donc ta bravade, voilà donc ton orgueil ! Rebelle envers Dieu , esclave partout ailleurs ! le captif du péché ! tu n'uses de ta liberté que pour chercher la servitude ! Nous vivons dans les ténèbres, dans l'esclavage de l'Egypte ! Nous exécutons, la sueur au front, les vils travaux que nous impose une volonté tyrannique. A notre tyran , nous élevons des trophées et nous bâtissons pour lui, sans ménager nos forces , des monuments destinés à la mort. Nous, la race choisie; nous, les parents de Dieu et des anges ! C'est en vain que les prophètes et les apôtres nous appellent à la terre promise de Chanaan, où nous serions nourris d'un lait abondant, d'un miel délicieux, souteuus sur la route par le pain exquis des anges ! Hélas ! nous nous attachons aux viandes, aux légumes et aux racines de l'Egypte !

a Eu vain nous voyons les châtiments infligés aux coupables ; en vain Dieu envoie des prodiges ; en vain

Dieu lui-même descend des cieux, devenu lui-même son propre ambassadeur, devenu notre Moïse et notre guide, nous ne voulons pas renoncer à nos fautes, et nos cœurs endurcis nous rendent nos propres Pharaons (1). »

Gowley trace le tableau des prodiges opérés par Moïse. La lutte des serpents entre eux est pleine de verve.

o Si vous êtes l'envoyé d'un Dieu, d'un Dieu, chose étrange ! qui serait inconnu à l'Egypte, dit le monarque superbe, avec un sourire mêlé de sévérité, quels signes, quels pouvoirs, quels motifs de croyance nous apportez-vous ?» — « Voici le sceau de Dieu , voici sa main , crie Moïse , et il jette à terre la verge toute-puissante. Un serpent paraît à sa place , sans qu'on ait vu sa naissance : il traîne son corps chatoyant, il dresse sa tête menaçante, il menace de sa queue redoutable. »

Les magiciens d'Egypte font paraître aussi des serpents, ouvrage et transformation de leurs verges ; « car, ditlepoëte, la terre d'Egypte est fertile en serpents et ces magiciens ont toujours de vieux serpents à leurs ordres : ils bavent et sifflent comme le serpent de Moïse ; mais celui-ci se précipite sur eux ; il

(1) Traduction inédite.

brise leur dos aux mouvements agiles et les engloutit en un moment dans son sein. Tant est surpassée par la génération de Dieu la faible génération de la nature. »

La plaie qui s'étend sur les animaux fournit à Cowley des pensées touchantes. On plaint ces bêtes innocentes des maux que leur fait subir l'obstination d'un tyran.

« L'ange secoue sur la terre un mélange mortel, produit des astres empoisonnés ; il tombe sur tous les troupeaux, sur les bêtes de toute espèce. Une mort hideuse couvre les champs d'un horrible spectacle : le bœuf tombe attelé à la charrue ; la victime couronnée meurt et prévient le sacrifice ; le cheval généreux ne se souvient plus des champs et des prairies : la trompette retentissante et le cor guerrier lui sont odieux maintenant ; la brebis bêlante refuse la nourriture : elle exhale son âme innocente ; le chien fidèle vient expirer près du troupeau, et le berger stupéfait brise sa musette aux doux chants. »

Enfin, la catastrophe qui assure la liberté d'Israël a fourni dans cette ode un morceau tout à fait remarquable.

« Pharaon ordonne leur départ, tant la crainte est tendre et bonne ! Mais la bonté produite par la peur

est comme le feu qui jaillit du choc de deux cailloux : il dure à peine aussi longtemps que le choc qui l'a produit. La tristesse et la peur n'occupent plus le cœur de Pharaon ; la rage et la vengeance prennent leur place. Accompagné d'une grande multitude de chariots et de coursiers , armé de toutes les forces puissantes de son royaume, l'Égyptien poursuit la nation voyageuse. Vaincu dix fois déjà, il renouvelle la guerre inégale , rempli de superbes espérances. A la fin, dit-il, les dieux égyptiens, affranchis des arts magiques de la Syrie , me vengeront et se vengeront eux-mêmes. Voyez quels rochers impraticables les enferment des deux côtés, comme une prison sans issue : la mer empêche qu'ils n'échappent, et dans ma juste colère ils vont trouver quelque chose de plus terrible que les rochers et que la mer ; leur sang rouge conviendra bien à la mer Rouge , et leur sang teindra aussi le rivage.

« Il dit, et toute son armée approuve par des acclamations cette malheureuse vanterie : le ventl'emporte et l'ensevelit dans la mer. Cependant les fugitifs ne voyent aucun moyen d'échapper, et, dans leur crainte pusillanime , ils maudissent la liberté qu'ils viennent d'acquérir. Mais leur chef illustre saura les conduire à leur but. Il aperçoit un passage qui échappe à toute vue humaine ; il sépare les vagues mugissantes. Sur son ordre , les vagues rompent leur étroite liaison : elles se retirent de droite et de gauche, comme la

foule admirant un triomphe qu'elle voit passer. Israël s'en étonne; il voit les flots prodigieux se tenant debout comme des rocs de cristal. Les fugitifs d'Egypte marchent au milieu, et ils admirent les secrètes voies du ciel. Ils foulent dans leur marche les vieilles dépouilles de la mer. Les poissons bâillent et désertent leur plaine sablonneuse ; le soleil regarde avec étonnement les chambres intérieures de la mer, ouvertes à ses regards pour la première fois.

« Guidés par une immense colonne de feu, ils arrivent au rivage opposé et voient derrière eux leurs ennemis égarés dans un affreux désordre. Le Prophète, droit sur la rive, étend sa verge qui commande aux eaux. Les eaux, accumulées en masses énormes, obéissent au signe de la verge : à droite, leurs colonnes retombent avec un bruit effroyable ; à gauche, l'escadron des eaux s'empresse et se réjouit de répondre à la voix du maître. Qui pourrait décrire l'effroi et la surprise de l'armée de Pharaon, en voyant la mer mugissante rompre des deux côtés son invisible chaîne ? Elle voit s'approcher la guerre des eaux et la mort monstrueuse qui leur apporte une perte certaine. C'est en vain que quelques-uns cherchent à fuir, d'autres à reculer ; leurs efforts ne sont pas secondés du ciel. Inutilement ils appellent à leur aide leurs dieux, pris parmi les animaux, ou ils accusent leur roi coupable, ou même ils supplient Moïse et le Dieu de Moïse : leur repentir est trop tardif, leur destin

est marqué, et la mer, comme un filet immense, les enveloppe dans Ions ses rets. »

Quelques traces de mauvais goût, quelques antithèses déplacées déparent cette belle ode. On en a vu un trait dans la strophe dix-huitième : il rappelle trop l'image des poissons regardant passer le déluge, dont s'est moqué Boileau.

MOÏSE

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