TRADUCTION DU PSAUME
par MALLEVILLE, de l'académie française.
Ce psaume, du moins dans son début, célèbre la délivrance d'Israël échappant au cruel Pharaon. Les vers du traducteur, quoiqu'ils portent la date de 1649, sont de la meilleure facture et comparables aux plus beaux vers de Malherbe, sans avoir toutefois l'harmonie imilative de l'original:
Lorsque, par une juste et prompte délivrance, Du Pharaon superbe, abattant là puissance, Dieu mena loin du Nil son peuple épouvanté, Il jura d'adopter sa nation fidèle,
Et de fixer chez elle
Son règne illimité.
Devant le camp sacré, la mer respectueuse, Retenant la fureur de l'onde impétueuse, De son liquide sein fit de solides bras, Et le Jourdain fameux, interrompant sa course,
Remonta vers sa source
Et suspendit ses pas.
Des rochers ébranlés les voûtes retentirent, Leur fondement s'émut, leurs cimes tressaillirent, Comme font les agneaux au milieu des vallons, Et la terre, sous eux, fut légère, fragile,
Gomme un roseau mobile
Devant les aquilons.
Impérieuse mer, qui braves les rivages, Toi, dont le fier courroux excitant les orages, Choque, brise, renverse, abîme les vaisseaux, Qui charma ta fureur? qui la rendit muette?
Quelle force secrète
Mit un frein à tes eaux?
Et vous, appui du ciel, orgueilleuses montagnes, Immobiles fardeaux qui pressez les campagnes, Rochers enracinés dans un ferme élément, Quelle main, sans l'effort des vents et des tempêtes,
Sut ébranler vos faîtes
Jusqu'en leurs fondements?
Le bras du Tout-Puissant, plus fort que le tonnerre, Porta l'étonnement au centre de la terre. Il fit trembler les monts, il agita les mers. Ces éléments troublés ne purent méconnaître
La présence du maître
Qui parle à l'univers.
Sa voix brise la pierre, et l'onde claire et pure S'élance, en écumant, de sa prison obscure. Mais celui qui, du roc, ouvrit les profondeurs, Quand pourra- t-il enfin, pour prix de sa clémence,
Fléchir sans résistance
Le rocher de nos cœurs.
Ce n'est pas la marche rapide du psaume, mais ce sont des vers pleins et majestueux.