CANTIQUE DE MOÏSE
AVANT SA MORT r.ui LEFRANC DE POMPIGNAN
Ce cantique, véritable testament de Moïse, dicté parle Seigneur lui-même, ce cantique est magnifique. Tantôt, c'est Dieu qui parle lui-même par la bouche du prophète ; il annonce ses vengeances ou suspend sa justice. Quelquefois, c'est Israël qui prend la parole et qui, tout infidèle qu'il est, vante son Dieu aux partisans des idoles.
Dans tout le cours de cette paraphrase, la versifi-
cation de Lefranc est facile; par exemple, dans ces deux strophes :
Bientôt ils entreront dans ces riches asiles,
Où parmi les trésors, les champs les plus fertiles,
Ils vivront sous un ciel de cristal et d'azur.
Là, des fleuves de lait arrosent les campagnes,
Des ilôts d'huile et de miel descendent des montagnes,
Et la vigne y répand son nectar le plus pur.
Par les mains du Seigneur, tirés de l'indigence, Ils le méconnaîtront au sein de l'abondance, Et des dieux inconnus ils chercheront l'appui. Qu'ils redoutent du moins ses vengeances terribles. De leur culte nouveau, de leurs fêtes horribles, Le bruit tumultueux montera jusqu'à lui.
Un mouvement tempéré règne dans tout ce cantique. Les trois dernières strophes sont plus animées :
Je suis le Dieu vivant, j'ai juré par moi-même. Les barbares tyrans du seul peuple que j'aime, Sont jugés à leur tour et vont subir leur sort. C'en est fait, ma fureur au comble est parvenue, Plus brillant que l'éclair qui partage la nue, Mon glaive est dans la main de l'ange de la mort.
Ils frappent, et tout meurt. Que de cris, que de larmes ! Mes ennemis troublés jettent au loin leurs armes. Achevons, vengeons-nous, c'est trop les ménager. Je verrai leurs débris couvrir la terre entière, Leurs têtes à mes pieds rouler dans la poussière, Et dans des flots de sang leurs cadavres nager.
Tremblez, prosternez-vous, nations étrangères, Et vous, chefs d'Israël, conducteurs de vos frères, Au Dieu qui vous défend, restez toujours unis. Juste dispensateur des biens et des disgrâces,
Fidèle en ses bienfaits, fidèle en ses menaces, Il venge ses enfants quand il les a punis.