‹ La poésie devant la BibleChapitre 44 sur 120 · MOÏSE SUR LE NIL · texte numérisé non relu

MOÏSE SUR LE NIL

vak VICTOR HUGO

Rendons hommage à l'ensemble de cette pièce de vers, où quelques défauts, un peu d'emphase, un peu de redondance sont bien effacés par la beauté d'une poésie qui trace de riants tableaux et passe avec succès du ton gracieux au ton sublime.

Nous citerons surtout avec admiration les dernières strophes qui nous paraissent belles et presque exemptes de tout reproche :

Sous ses pieds délicats, déjà le flot frémit. Tremblante, la pitié vers l'enfant qui gémit,

La guide en sa marche craintive; Elle a saisi l'esquif! Fière de ce doux poids, L'orgueil, sur son beau front, pour la première fois,

Se mêle à la pudeur naïve.

Bientôt divisant l'onde et brisant les roseaux, Elle apporte à pas lents l'enfant sauvé des eaux

Sur le bord de l'arène humide ; Et ses sœurs, tour à tour, au front du nouveau-né, Offrant leur doux sourire à son œil étonné, Déposaient un baiser timide !

Alors, tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant, La vierge, orgueil du trône, amenait l'humble enfant

Baigné des larmes maternelles, On entendait en chœur, dans les cieux étoiles, Des anges devant Dieu, de leurs ailes voilés,

Chanter les lyres éternelles.

Ne gémis plus, Jacoh, sur la terre d'exil !

Ne môle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil !

Le Jourdain va t'ouvrir ses rives.

Le jour enfin approche où, vers les champs promis, Gessen verra s'enfuir, malgré leurs ennemis,

Les tribus si longtemps captives.

Sous les traits d'un enfant délaissé sur les flots, C'est l'élu du Sina, c'est le roi des fléaux,

Qu'une vierge sauve de l'onde.

Mortels, vous dont l'orgueil méconnaît l'Éternel, Fléchissez : un berceau va sauver Israël ;

Un berceau doit sauver le monde 1

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